La XXVème heure

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Cher visiteur,

La XXVème heure est ce moment de grâce, où tout est naturel, où le présent se veut indicatif sans être conditionnel... et cet instant révèle des terres fertiles, entre le jour et la nuit, au rythme des mots, des phrases... du livre qui nous accompagne. Déjà hier s'est fondu parmi les ombres du passé, demain n'a pas encore surgi du futur. Vous avez découvert un espace intermédiaire où les affaires de la vie ne font pas intrusion; où l'instant fugitif daigne s'attarder pour devenir un vrai présent; un  lieu où le temps, lorsqu'il se croit à l'abri des regards, s'assied au bord du chemin pour reprendre son souffle.

C'est vrai, lire est un acte égoïste, une délectation solitaire. Mais on lit par amour! On tombe amoureux d'une histoire, des personnages, de l'auteur et enfin... de la littérature. Cette altesse à laquelle on donne rendez-vous chaque fois que l'on s'abandonne à un nouvel ouvrage. C'est là que se trouvent mes parfums d'enfance, mes joies, mes plaisirs, mes surprises... Plus que les Hommes, les livres m'ont construit. Je leur dois ma vision du monde et ce que j'en comprends. Les écrivains sont mes amis, leurs héros mes compagnons, leurs héroïnes mes secrètes maîtresses. 

Ces quelques chroniques disent ma gratitude. Je suis leur enfant tout à la fois rebelle et soumis. J'ai vécu leurs œuvres. Je me suis baigné sur une plage à Corfou avec Ulysse, j'ai marché dans Rome et au Lac de Côme avec Stendhal, navigué en mer et fait la guerre d'Espagne avec Hemingway, passé des matinées à Manosque avec Jean Giono, j'ai été Bel-ami et Rastignac, J'ai plongé dans le cœur des femmes avec Zweig et dans celui des Hommes avec Hugo... Quelques-uns aussi m'ont suivi partout, tandis que de nouveaux interpellent ma curiosité.

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Les enfants de choeur de l'Amérique, Héloïse Guay de Bellissen

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C'est l'histoire de deux personnages qui vont se faire une promesse sans se connaître, autour d'un livre "L'attrape-coeurs" de Salinger. C'est un portrait de l'Amérique avec ses fantômes en filigrane. Roman choral, construit en quatre mouvements, tels les quatre composantes de notre coeur. C'est donc une tragédie versus antica qui annonce le pire, qui se révèle une prophétie...

Nous sommes en 1980, à quatre mois d’intervalle, Mark David Chapman assassine John Lennon et John Hinckley tire à bout portant sur Ronald Reagan. Chapman et Hinckley, rien à voir en apparence, si ce n’est leur âge (25 ans) et leurs origines middle-class. Rien, sauf leur passion dévorante pour L’Attrape-cœurs et son héros, Holden Caufield. Sauf qu’ils aiment tous les deux les mômes, rien que les mômes. Qu’ils se méfient des pères qui picolent. Et des mères, hystériques. À moins que Chapman et Hinckley soient seulement les rejetons paumés d’une Amérique affamée de chair fraîche, de fric et de célébrité. Avec leurs airs d’enfant de chœur, ces deux-là racontent leur jeunesse. Chapman, le petit gros qui s’inventait des amis imaginaires. Hinckley, l’étudiant solitaire, fou amoureux de Jodie Foster, la gamine de Taxi Driver, qui le sauverait de son existence médiocre. De son côté, Caufield en a marre d’être bloqué dans la tête de ces tarés qui se sont emparés de sa vie en lisant L’Attrape- cœurs ; il en a marre que Salinger, ce génie mutique et égoïste, le maintienne dans son éternelle jeunesse et dans sa rage. Il voudrait que Salinger écrive la suite. Il voudrait grandir. Pas Hinckley, ni Chapman. Ces deux-là prétendront avoir dégainé leur arme par amour. Trop d’amour c’est sûr, un amour maladif pour eux-mêmes.

Voilà L'Oncle Sam et ses âmes délaissées. La ségrégation, la violence, les rêves fracassés sur l'autel de la jeunesse. De sa plume tranchante, Héloïse Guay de Belissen livre un roman puissant, fort, brut, musclé... un portrait ultra-réaliste de cette mère indigne que peut être l'Amérique, l'exploration de son versant sombre. L'auteure dompte ses envolées, sa structure et réussit un roman audacieux parfaitement construit, maîtrisé. Bref, un régal! 

La chronique de Pascal: Romain Gary s'en va-t-en guerre

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Avant d’inventer Émile Ajar, Romain Gary s’est inventé un père. Bâtissant sa légende, l’écrivain a laissé entendre que ce père imaginaire était Ivan Mosjoukine, l’acteur russe le plus célèbre de son temps. La réalité n’a rien de ce conte de fées. Drame familial balayé par l’Histoire et fable onirique, Romain Gary s’en va-t-en guerre restitue l’enfance de Gary et la figure du père absent. Avec une émotion poignante, le roman retrace vingt-quatre heures de la vie du jeune Romain, une journée où bascule son existence. Après Les derniers jours de Stefan Zweig et Le cas Eduard Einstein, Laurent Seksik poursuit magistralement cette quête de vérité des personnages pour éclairer le mystère d’un écrivain, zones d’ombre et genèse d’un créateur, dans une histoire de génie, de ténèbres et d’amour. 

Entre l'ombre du père et les (l)armes d'une mère, Romain Gary dévoile son jeu d'enfant : père, impair et manque... Et fait l'école buissonnière pour notre plus grand plaisir de lecteur...

Roman émouvant des mères et pères:

"Il n'y a pas de mauvaise mère, il y a surtout des pères absents."

"Les secrets de l'existence ne se cachent pas dans les livres, mais brillent depuis toujours dans le regard des pères."

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Pascal Laurent

Filigranes Corner

Avenue Louis Lepoutre 21

1050 Bruxelles

Les grands romans, Sandor Marai

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Reconnu comme l'un des plus grands auteurs de la littérature hongroise et comme un maître du roman moderne, Sándor Márai (1900-1989) s'inscrit dans la lignée de Stefan Zweig. Observant avec nostalgie une civilisation européenne sur le point de s'éteindre, il n’a eu de cesse de témoigner d'un monde finissant. Pendant ses années d’exil (1948-1989), son œuvre tomba dans l’oubli. Elle fut redécouverte dans les années 1990, notamment avec Les Braises, et connaît depuis un succès considérable dans le monde entier. Le présent volume rassemble, classés par ordre chronologique, cinq grands romans qui offrent un large échantillon de son talent. On y retrouve les trois problématiques essentielles qui ont accompagné l’écrivain hongrois sa vie durant : la nécessité de la révolte, qui met en scène la lutte entre l’instinct et la raison ; l’utilité de la création, qui nourrit la confrontation entre l’ordre et l’aventure ; enfin, l’amertume de l’exil, qui montre l’aliénation de l’individu dans un univers massifié. Bref, un régal!

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Le séducteur, Jan KJÆRSTAD

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Attention, chef-d'oeuvre! Un régal. Un ovni venu de Norvège... Le séducteur se révèle une incroyable plongée dans l'existence d'un homme et de tous hommes. Indispensable!

Qu'est-ce qui relie les grands et les petits événements d'une existence ? Sommes-nous définis par les milliers d'histoires qui composent notre vie ou par un instant crucial où tout se décide presque malgré nous ?

Jonas Wergeland, lui, a connu une destinée éblouissante, entre excentricités, curiosités et dangers. De son enfance aux abords des fjords glacés au soir où sa femme est assassinée, éclat après éclat, émerge dans un kaléidoscope fascinant, chaque pensée, chaque sentiment, chaque échec, chaque petit instantané de gloire de Jonas. Homme de télévision novateur et charismatique, qui aura tenu bon malgré les tempêtes et l’adversité, le tumulte de ses conquêtes, les défis impossibles, ou cette créature sensuelle aux lèvres rouges, jalouse, prête à tout pour mettre fin à son règne, au règne d’une vie jamais vécue à moitié.

Mille et Une Nuits de notre temps, roman tout en spirales, en échos et myriades d’histoires, comme autant de pièces d’un puzzle obsédant, Le Séducteur nous plonge dans la vie excessive d’un héros improbable.

Et tout y est vrai. Et si rien ne l’est, alors Jonas Wergeland sera vraiment devenu l’homme qu’il voulait être : un conteur fabuleux, un personnage de cette comédie qu’est l’existence, un charmeur dont l’unique but est d’inspirer les autres.

Il y a des Versets sataniques et de Tom Jones, du Mahabharata et de Peer Gynt, dans la narration ondoyante de Jan Kjærstad, « l’un des plus extraordinaires écrivains contemporains de Scandinavie ». Il réussit à faire de l’histoire souterraine d’un homme une œuvre fascinante, qui parle de la manière dont l’amour, l’art et l’imagination peuvent radicalement changer une vie et comment celle-ci est irréductible aux théories et aux statistiques, tout entière mue par les lois implacables de l’intuition et de la fantaisie. Bref, un régal!

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La Petite Librairie, Tome VII

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Nouveau chapitre de La petite Librairie, la meilleure émission littéraire du PAF et de la toile... Comment parler des livres sans se prendre la tête ou la littérature dans tous ses états. Retrouvez les chroniques de Gérard Collard, Fred, Marie, Jean.... et... votre serviteur.

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L'affaire des corps sans tête, l'affaire de l'homme à l'escarpin - Jean-Christophe Portes

Enoooooorme coup de coeur! Tout à la fois polars et romans historiques, les enquêtes de Victor Dautrive, artistocrate qui a fait sauter sa particule, combinent avec jubilation le meilleur de ces deux mondes. Une plongée dans les arcanes de l'après révolution, là où les conspirations, la corruption et les trahisons forgent le futur de la France...     

L'affaire des corps sans tête

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1791. On découvre des cadavres dans la Seine, nus et la tête coupée. Malgré l’émoi que cela provoque, Victor Dauterive, jeune officier de la nouvelle Gendarmerie nationale n’a guère le temps de s'en préoccuper : Lafayette, son mentor, l’a chargé d’arrêter Marat, ce dangereux agitateur qui en appelle au meurtre des aristocrates. Une mission qui tourne vite au cauchemar pour l’enquêteur qui joue sa vie en posant trop de questions. Les vainqueurs de la Bastille sont-ils de vrais patriotes ou des activistes corrompus ? Existe-il vraiment un Comité secret aux Tuileries, dans l'ombre de la Cour ? Et n’y aurait-il pas un lien entre Marat et ces corps flottant dans la Seine ? Peu à peu, Victor Dauterive lève le voile sur un effrayant complot.

Une conspiration qui pourrait changer le cours de la Révolution…

L'affaire de l'homme à l'escarpin

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Depuis l'arrestation de  Louis XVI à Varennes, la France flirte avec la guerre civile. Convoqué par Lafayette, le gendarme Victor Dautrive se voit confier une mission délicate: sauver la Révolution. Une semaine pour empêcher un coup d'état. Nous sommes donc à Paris, en 1791 et un jeune homme est découvert assassiné dans un quartier populaire. Il est nu, à l'exception d'une paire d'escarpins vernis et cela ressemble à un vol qui a mal tourné. Mais quand on apprend que le jeune homme travaillait pour un journal politique, l'affaire prend une tout autre tournure. Dauterive découvre que cet assassinat est lié aux intrigues se jouant dans les hautes sphères du pouvoir. Dans l'ombre, le parti du duc d'Orléans fait tout pour s’emparer du pouvoir. Dans les bas-fonds de la capitale, entre aristocrates et révolutionnaires, le jeune officier ne sait plus à qui se fier. Le danger est à chaque coin de rue. Surtout quand on s'approche un peu trop près de la vérité... 

Passionnants, intelligents, haletants, les romans de Jean-Christophe Porte révèlent un auteur surdoué, conteur magistral, qui éclaire l'Histoire par le détail. Il réalise un subtil portrait de l'espèce humaine toujours prête à détruire ce qu'elle a acclamé la veille, ne reculant ni devant une flagornerie, ni devant une trahison pour une distinction...  La plume est vive, enivrante, ciselée. Bref, un régal!

Rencontre avec Jean-Christophe Portes - L'affaire des corps sans tête

La Baleine Thébaïde, Pierre Raufast

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Troisième roman. Et vlan, une nouvelle réussite! L'auteur de La Variante Chilienne réalise un nouveau coup de force avec cette fable tourbillonante qui entraîne le lecteur sur les berges de la grande aventure. Pierre Raufast confirme son talent d'incroyable conteur conjuguant récit, uchronie, romanesque... où planent les ombres de Melville, Orwell, Wells.  

L'histoire? Celle de Richeville, jeune homme timide et idéaliste, fraîchement diplômé d'une grande école de commerce. Mais lui, ne partage pas les ambitions de ses condisciples, ceux qui se voient déjà en futurs maîtres du monde dans les arcanes de la finance ou de la politique. En perte de repères, il se laisse tenter par une petite annonce discrète qui semble lui ouvrir les portes d'une odyssée. Le voilà donc au nord de l'Alaska où il embarque sur un étrange bateau. Objectif : retrouver la fameuse « baleine 52 », qui chante à une fréquence unique au monde. Malheureusement, l’équipage affrété par le sinistre Samaritano Institute a d’autres desseins. Se confrontent alors, l’inquiétant Dr Alvarez, un hacker moscovite, une start-up californienne, une jolie libraire et des cétacés solitaires, mutants ou électroniques qui emmènent Richeville au-delà de l'improbable.

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On se laisse emporter par la plume de l'auteur tout à la fois nerveuse, humoristique, ciselée, sur les rivages de la folie des hommes. Et Pierre Raufast de plaider pour une réflexion sur les limites de la science, l'écologie et... le sens de nos vies. Bref, un régal!

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Panier garni rentrée hiver 2017

Au jour le jour, Paul Vacca, Belfond

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Avec Brio, Paul Vacca entraîne le lecteur dans la fascinante épopée littéraire que fut "Les Mystères de Paris". Dans un subtil mélange de faits réels et de fiction, Eugène Sue se voit mis en abyme par une ville envoutante... L'histoire? Espérant trouver un nouveau souffle, Eugène Sue, feuilletoniste à succès, décide de s'aventurer dans les bas-fonds de la capitale, travesti en ouvrier. À quelques encablures seulement des beaux quartiers, il découvre, ébahi, la réalité poisseuse des faubourgs. Un monde nouveau s'ouvre à lui, baroque et hanté : celui de la pauvreté et du crime. De cette immersion naissent Les Mystères de Paris. Un succès miraculeux qui hypnotise la France entière, de l'ouvrier au ministre, et dont la rédaction quotidienne devient une aventure virevoltante mêlant dans un délicieux vertige la réalité à la fiction... Au Jour le Jour rend un hommage complice à ce genre populaire et addictif qui s'inventait alors, plus d'un siècle avant les séries télévisées ! Il souligne aussi l'étonnante puissance de la littérature à changer nos vies et à réinventer le monde... même quand elle s'écrit au jour le jour. Un best seller qui se révèlera un témoignage unique et passionnant sur la condition du peuple. Paul Vacca livre un véritable "page turner" où humour et profondeur se conjuguent pour célébrer un homme, une ville, et... la littérature. Bref, un régal!

Debout sur mes paupières, Jessica L. Nelson, Belfond

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Véritable exercice littéraire que ce roman choral, aux multiples entrées, qui explore les arcanes de la création artisitique. Elisabeth, l'aube de la quarantaine, a tout pour être heureuse: une vie bourgeoise, un mari, un enfant, fréquente les "beautuful people"... Et pourtant son existence millimétrée demeure un grand vide. Elle sculpte pour oublier qu'elle a renoncé à ses rêves d'enfance. La rencontre, lors d'une exposition, avec une artiste oubliée, Lee Miller, qui fut entre autre, photographe, muse des surréaliste, mannequin, et qui incarne à elle seule la liberté, va résonner en écho chez Elisabeth au point de la conduire aux berges de la folie. Voici donc l'histoire de deux femmes, en jeu de miroirs, contée par une troisième, la narratrice, qui mène l'enquète sur le basculement d'Elisabeth et se trouve elle-même envahie par la question obsessionnelle de la création sous tous ses aspects. Entrelaçant l'art et la maternité, Jessica L. Nelson livre un incroyable roman construit tel un labyrinthe autour de ces questions qui font la vie et... la littérature. Bref, un régal!

Les parapluies d'Erik Satie, Stéphanie Kalfon, Joëlle Losfeld Editions

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Nous sommes en 1901, Erik Satie a trente-quatre ans. Sans ressources et sans avenir professionnel, il délaisse Montmartre et l’auberge du Chat Noir pour une chambre de banlieue sordide où il boit plus qu’il ne compose. Observateur critique de ses contemporains, l’homme dépeint par Stéphanie Kalfon est aussi un créateur brillant et fantaisiste : il condamne l’absence d’originalité de la société musicale de l’époque, et son refus des règles lui vaut l’incompréhension et le rejet de ses professeurs au Conservatoire. Ni biographie ni hagiographie, le premier roman de Stéphanie Kalfon se révèle surtout un hommage et un témoignage sur la vie du musicien. Lors de son décès, l'inventaire de son gourbi, révéla la présence de quatorze parapluies identiques. Un mystère qui suffit à lui seul le déclenchement d'une enquète musicale et la tentation de résoudre l'énigme que demeure, aujoud'hui encore, le compositeur des "gymnopédies".

La naissance du sentiment, Jean-François Kervéan, Robert Laffont

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Nous sommes avant Socrate, Platon, Aristote et dans la Grèce du Vesiècle avant J.-C. À Sparte, la citoyenne Carthas, veuve de grand guerrier, met au monde un fils, Aphranax. L'enfant présente une malformation invisible, dans une société qui élimine les faibles. Victime d'un sentiment maternel interdit chez les siens, la veuve Carthas va dissimuler cette faille. Sa conduite hors la loi provoque le Destin. Le vieux monde vacille : Athènes poursuit son envol démocratique, les cités doivent s'unir face à l'envahisseur perse, les Dieux semblent lâcher les Grecs. Les rois, les peuples, les Pythies, la pensée basculent vers les temps nouveaux... Un roman érudit qui évite l'écueil de l'ennui, passionnant donc! Une subtile mise en perspective des civilisations occidentales, orientales. Des profondeurs de Sparte résonnent, aujourd'hui encore, les cris de la liberté. Un écho aux temps modernes... Bref, un régal!

Pour que rien ne s'efface, Catherine Locandro

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Si, souvent, elle prend la plume pour lutter contre la solitude, Catherine Locandro s'entoure, dans ce septième roman, de douze personnages. Douze voix et autant d'existences pour conter un destin, celui de Lila.

"Nous aurons le destin que nous aurons mérité" souligne Einstein. Et l'auteure de "Pour que rien ne s'efface" d'apostropher cette certitude. De son écriture cristalline, elle tisse, en parfaite Ariane, le fil d'une vie, en explore les invisibles chemins, en exhume les arcanes, en écosse les blessures... révélant une femme qui aura moins tenté d'exister que de subsister. Un portrait tout en intelligence guidé par la grâce de comprendre et de ne point juger.

C'est donc l'histoire de Liliane Garcia, alias Lila Beaulieu, comédienne éphémère, égérie de la "Nouvelle Vague" dont la foudroyante beauté enflamma les coeurs cinéphiles. Nous sommes quelque part en 2014 et le corps en putréfaction d'une sexagénaire, retrouvé dans une mansarde du 9ème arrondissement, laisse imaginer qu'elle est décédée, dans une indifférence totale, depuis quelques semaines déjà. Qui est-elle cette femme, vêtue d'un tailleur Chanel, qui ne semble avoir eu comme derniers confidents que la solitude, l'alcool et les médicaments?

Sous forme d'un requiem en douze mouvements, les témoins se succèdent pour égrener les souvenirs et raconter Lila: de son enfance méditerranéenne aux projecteurs cannois et hollywoodiens, de la gloire à l'oubli, de maris en amants, de femme à mère, de hasards en désillusions. Surtout, ce sont les douleurs d'une famille qui se ravivent, les culpabilités, les secrets tus, l'impossibilité de pardonner. Dans ce portrait kaleidoscope s'esquissent les contours de l'existence, les carrefours qu'on emprunte, les raisons de la colère, l'enfance que l'on fuit et à laquelle on ne peut échapper...

Un sublime roman mille-feuille, parfaitement maîtrisé, où s'entrelacent les particules individuelles pour révéler l'universel. Une véritable pépite dans cette rentrée 2017. Bref, un régal!

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