La XXVème heure

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Cher visiteur,

La XXVème heure est ce moment de grâce, où tout est naturel, où le présent se veut indicatif sans être conditionnel... et cet instant révèle des terres fertiles, entre le jour et la nuit, au rythme des mots, des phrases... du livre qui nous accompagne. Déjà hier s'est fondu parmi les ombres du passé, demain n'a pas encore surgi du futur. Vous avez découvert un espace intermédiaire où les affaires de la vie ne font pas intrusion; où l'instant fugitif daigne s'attarder pour devenir un vrai présent; un  lieu où le temps, lorsqu'il se croit à l'abri des regards, s'assied au bord du chemin pour reprendre son souffle.

C'est vrai, lire est un acte égoïste, une délectation solitaire. Mais on lit par amour! On tombe amoureux d'une histoire, des personnages, de l'auteur et enfin... de la littérature. Cette altesse à laquelle on donne rendez-vous chaque fois que l'on s'abandonne à un nouvel ouvrage. C'est là que se trouvent mes parfums d'enfance, mes joies, mes plaisirs, mes surprises... Plus que les Hommes, les livres m'ont construit. Je leur dois ma vision du monde et ce que j'en comprends. Les écrivains sont mes amis, leurs héros mes compagnons, leurs héroïnes mes secrètes maîtresses. 

Ces quelques chroniques disent ma gratitude. Je suis leur enfant tout à la fois rebelle et soumis. J'ai vécu leurs œuvres. Je me suis baigné sur une plage à Corfou avec Ulysse, j'ai marché dans Rome et au Lac de Côme avec Stendhal, navigué en mer et fait la guerre d'Espagne avec Hemingway, passé des matinées à Manosque avec Jean Giono, j'ai été Bel-ami et Rastignac, J'ai plongé dans le cœur des femmes avec Zweig et dans celui des Hommes avec Hugo... Quelques-uns aussi m'ont suivi partout, tandis que de nouveaux interpellent ma curiosité.

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Rencontre avec Grégoire Polet, SMEP 2017

SMEP 2017 : En tête à tête avec Grégoire Polet: une rencontre pleine d'intelligence et d'humanité

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Rencontre avec Catherine Locandro, SMEP 2017

SMEP 2017 : Rencontre avec Catherine Locandro

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Le panier garni 2, rentrée littéraire 2017

Cox ou la course du temps, Christoph Ransmayr, Albin Mihel

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Fabuleux roman que celui de Christoph Ransmayr, sans doute le plus grand auteur autrichien contemporain. Avec "Cox ou la course du temps", il nous entraîne, au XVIIe siècle, sur les traces d'un horloger. Pas n'importe lequel, Cox, le meilleur orfèvre de son temps. Un homme enfui dans la tristesse après la perte de sa fille et une épouse emprisonnée dans le souvenir et le chagrin. Il réside à Londres, cité de violence, où l'on rend gorge et boyaux dans les quartiers infâmes. Une vie sans horizon. C'est lui qui sera sollicité par Quianlong, empereur de Chine, desposte sanguinaire, pour satisfaire un caprice: maîtriser le temps. Quianlong lui propose de venir à Pékin afin de concevoir une série d’horloges mesurant les variations du temps : le temps fuyant, rampant ou suspendu d’une vie humaine, selon qu’il est ressenti par un enfant, un condamné à mort ou des amants. La notion temporelle est variable et propre à chacun. Comment la mesurer, la dompter? Dans la cité interdite, sous le joug de l'horreur d'une dictature de naissance, Cox va déployer son talent, son génie. Et l'auteur d'apporter une poésie sublime au coeur d'une mécanique horlogère aux rouages complexes, métaphore d'un monde toujours d'actualité. Un roman hypnotique, passionnant, précis, qui emprunte à la fable l'allégorie du genre humain. Bref, un régal!

Gabriële, Anne et Claire Berest, Stock

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Sublime portrait de femme que livrent les soeurs Berest. Il fallait bien une écriture à quatres mains pour célébrer Gabriële, leur arrière-grand-mère. Car qu'elle femme! Libre, indépendante, hallucinante et hallucinée, Gabriële aura vécu cent ans, milles vies multiples et plurielles... Nous sommes en septembre 1908. Gabriële Buffet, femme de 27 ans, indépendante, musicienne, féministe avant l’heure, rencontre Francis Picabia, jeune peintre à succès et à la réputation sulfureuse. Il avait besoin d’un renouveau dans son œuvre, elle est prête à briser les carcans : insuffler, faire réfléchir, théoriser. Elle devient «  la femme au cerveau érotique  » qui met tous les hommes à genoux, dont Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire. Entre Paris, New York, Berlin, Zürich, Barcelone, Étival et Saint-Tropez, Gabriële guide les précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, toujours à la pointe des avancées artistiques.

Une plongée dans le XXè siècle et cette époque de bohème où la beauté et le monde se réinventent avant de plonger dans les ténèbres. La plume est fluide, légère, cristalline, pour rendre hommage à une femme oubliée de l'Histoire et qui, pourtant, en concentre toutes les arcanes. Passionnant!

Leur séparation, Sophie Lemp, Allary Editions

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Bon voilà, c'est l'histoire d'une adulte qui revient sur le divorce de ses parents lorsqu'elle avait dix ans et tente de comprendre ses blessures. Dit comme ça, on s'en passerait bien, tant le sujet a été éculé. Et pourtant, ce serait sans compter sur l'écriture délicate de Sophie Lemp qui égrène avec une rare subtilité les souvenirs et les déchirements. Elle s'immisce dans le récit, entremêle réminiscences et présent pour tisser, en dentelière, un roman d'une grande sensibilité qui évite l'écueil de la sensiblerie. 

La chronique de Pascal: La petite danseuse de quatorze ans, Camille Laurens

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Elle est célèbre dans le monde entier mais combien  connaissent son nom ? On peut admirer sa silhouette  à Washington, Paris, Londres, New York, Dresde ou Copenhague, mais où est sa tombe ? On ne sait que son  âge, quatorze ans, et le travail qu’elle faisait, car c’était déjà  un travail, à cet âge où nos enfants vont à l’école. Dans les  années 1880, elle dansait comme petit rat à l’Opéra de Paris, et ce qui fait souvent rêver nos petites filles n’était pas un  rêve pour elle, pas l’âge heureux de notre jeunesse. Elle a  été renvoyée après quelques années de labeur, le directeur  en a eu assez de ses absences à répétition. C’est qu’elle avait  un autre métier, et même deux, parce que les quelques sous  gagnés à l’Opéra ne suffisaient pas à la nourrir, elle ni sa  famille. Elle était modèle, elle posait pour des peintres ou  des sculpteurs. Parmi eux il y avait Edgar Degas.

Passer son après-midi avec une petite danseuse de quatorze ans... Merci Camille Laurens. En apparence, il est illustre (Edgar Degas, le peintre des danseuses) et elle est inconnue (Marie Van Goethem, son modèle belge). En réalité, ils sont tous les deux à la fois morts et éternels... Entre apparence et réalité, Camille Laurens autopsie avec ses mots leur histoire et leur époque sous la forme de la non-fiction avec la volonté de ne pas séparer le modèle de l'artiste afin si possible, d'attraper un peu de leurs liens, d'où est née une des grandes œuvres modernes, Petite Danseuse... Lu et approuvé!

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Pascal Laurent

Filigranes Corner

Avenue Lepoutre 21

1050 Bruxelles

 


Anthologie essentielle, Le pélerin, Fernando Pessoa

"La veille de ne jamais partir...". Tout Pessoa est dans cette phrase. S'il ressent l'appel du voyage, le poète reste sur le quai ; il sait que les continents qui l'attendent se trouvent en lui-même. L'homme a entrepris mille choses sans en achever aucune, à l'exception de son oeuvre littéraire. "Car la langue est ma patrie...", dit-il. Hors le domaine littéraire, il n'a pas d'ambition. D'action, il ne s'engagera que dans la rêverie et l'introspection. L'amour, il ne s'en préoccupera guère que dans sa poésie où "...Ma bouche a reçu les baisers de toutes les rencontres,... ", "J'ai couché avec tous les sentiments...",. Entrer dans l'oeuvre du maître de Lisbonne c'est ouvrir la porte d'un continent infini, où l'on se perd, où l'on conjugue l'ombre et la lumière. "...Je me suis créé écho et abîme. Je me suis multiplié en m'approfondissant..." De son universalité, il fait un compagnon éternel qui jamais ne vous abandonne!

Anthologie Essentielle, éditions Chandeigne

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Donc l’œuvre de Fernando Pessoa (1888-1935), en grande partie posthume, est considérée aujourd’hui comme l’une des plus importantes du XXème siècle, la découverte de sa poésie et du Livre de l’Intranquillité ayant été une révélation dans le monde entier. Le projet complexe de Pessoa consiste, par l’écriture, à « tout sentir de toutes manières », ce qui l’a conduit à éclater son « moi » en plusieurs écrivains fictifs, les « hétéronymes », dotés chacun d’un nom (Alberto Caeiros Álvaro de Campos, Ricardo Reis, Fernando Pessoa lui-même, Bernardo Soares, etc.) d’un style propre et d’une vision du monde singulière. Cette anthologie, très concise, est une introduction à cette œuvre multiforme et inclassable. Elle permet de découvrir ce précurseur génial de notre modernité, en appréhendant l’essentiel de son « dispositif hétéronymique », pour en saisir, dans une présentation bilingue, la force et la beauté, la variété et l’unité. (Quatrième de couverture)

Extrait

"J'ai enlevé le masque et me suis vu dans le miroir...

J'étais l'enfant d'il y a tant d'années...Je n'avais pas du tout changé...

Voila l'intérêt qu'il y a à savoir ôter le masque.
On est toujours l'enfant,
Le passé qui demeure,
L'enfant.
J'ai enlevé le masque, et puis je l'ai remis.
Comme ça c'est mieux.
Comme ça je suis le masque.
Et je retourne à la normale comme on arrive au terminus."

Le Pélerin, Editions de la Différence

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Dans ce récit initiatique, datant de 1917, le jeune narrateur - le Pèlerin - évoque d'abord sa vie paisible chez ses parents, jusqu'au jour où, alors qu'il contemple la route en bas de chez lui, apparaît un mystérieux Homme en noir qui lui dit : " Ne fixe pas la route ; suis-la. " Une force mystérieuse le pousse alors à quitter sa maison et à suivre la route. Jusqu'où ? " Puisqu'il m'avait dit de la suivre et non de l'emprunter jusqu'à un certain point, je devais la suivre sans m'arrêter, jusqu'au bout... " Qui est l'Homme en noir et quel est l'objet de la quête qui jette le narrateur sur la route ? Comme dans tout conte initiatique, il sera soumis à la tentation et subira diverses épreuves, dont, d'étape en étape, il sortira vainqueur. Arrivé au bout de la route, quelle sera sa découverte ultime ? (Quatrième de couverture)

Extrait

« J’habitais la maison de mes parents, dans ma ville natale au bord de la mer, et j’étais content. Aucune occupation ne venait distraire mon esprit des charmes propres à l’imagination heureuse des adolescents ; l’amour, avec sa joie insatisfaite, n’était pas encore venu troubler la limpidité de ma vie. »

Fernando Pessoa ne cesse de surprendre, à chaque lecture, à chaque âge. Son oeuvre se révèle sans limite. Elle se découvre et se redécouvre, livrant à chaque fois un secret inattendu, une révélation solitaire, une abstraction paradoxale... Bref, un régal!

 

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Le panier garni, rentrée 2017, littérature française

Glaise, Franck Bouysse, La manufacture de Livres

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Le Goncourt 2017 de La XXVème heure! On aurait bien tort de réduire l'oeuvre de Franck Bouysse à du polar ou du roman noir. Il s'agit de Littérature, la grande, la vraie, celle qui bouscule, explore les questions qui font l'existence! Et l'auteur de confirmer avec ce nouvel opus "Glaise" où planent la puissance d'un Faulkner, l'intelligence, la grâce, l'humanisme d'un Giono.

Nous sommes donc au pied du Puy-Violent dans le Cantal, dans la chaleur d'août 1914, les hommes se résignent à partir pour la guerre. Les dernières consignes sont données aux femmes et aux enfants: même si on pense revenir avant l'automne, les travaux des champs ne patienteront pas. Chez les Landry, le père est mobilisé, ne reste que Joseph tout juste quinze ans, en tête à tête avec sa mère et qui ne peut compter que sur Léonard, le vieux voisin. Dans une ferme voisine, c'est Eugène, le fils qui est parti laissant son père, Valette, à ses rancoeurs et à sa rage: une main atrophiée lors d'un accident l'empêche d'accomplir son devoir et d'accompagner les autres hommes. Même son frère, celui de la ville, a pris la route de la guerre. Il a envoyé Hélène et sa fille Anna se réfugier dans la ferme des Valette. L'arrivée des deux femmes va bouleverser l'ordre immuable de la vie dans ces montagnes. Un roman sublime, hypnothique servi par une plume puissante, sèche, dont la poésie n'est jamais absente. Bref, un régal!

Légende d'un dormeur éveillé, Gaëlle Nohant, Eho

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Coup de maître! que ce nouveau roman de Gaëlle Nohant qui nous entraîne sur les traces de Robert Desnos, traversant d'un souffle épique la première moitié du XXème siècle.

Robert Desnos? Un génie oublié, un homme qui vécu mille vies – écrivain, critique de cinéma, chroniqueur radio, résistant de la première heure –, sans jamais se départir de sa soif de liberté. Et l'auteur de réssuciter avec brio l’histoire extraordinaire de ce dormeur éveillé. A cette fin, Gaëlle Nohant épouse ses pas ; comme si elle avait écouté les battements de son cœur, s’était assise aux terrasses des cafés en compagnie d’Éluard ou de García Lorca, avait tressailli aux anathèmes d’André Breton, fumé l’opium avec Yvonne George, et dansé sur des rythmes endiablés au Bal Blomet aux côtés de Kiki et de Jean-Louis Barrault. S’identifiant à Youki, son grand amour, la romancière accompagne Desnos jusqu’au bout de la nuit. Légende d’un dormeur éveillé révèle le héros irrésistible derrière le poète et transcende une époque incandescente, tumultueuse, des années folles à l’Occupation.

Point besoin d'être érudit pour plonger à coeur perdu dans l'âme de cet homme, dans la folie d'une époque où se croisent tous les acteurs qui ont fait de Paris le centre du monde. Un roman sublime, en forme de poupées russes, dont le lecteur sort ébloui, enthousiasmé, ému, bouleversé... plus intelligent! Bref, un régal!

Bakhita, Véronique Olmi, Albin Michel

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Sans doute l'un des livres les plus attendus de cette rentrée littéraire. Le nouveau roman de Véronique Olmi, "Bakhita", conte l'histoire vraie d'une femme qui a été esclave, religieuse puis sainte. Nous voilà au Darfour, dans un petit village. Bakhita à sept ans et est enlevée pour pour être vendu comme esclave. De cela, elle connaîtra toutes les pires horreurs et les atroces souffrances. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion. Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres. C'est donc le roman bouleversant d'une femme exceptionnelle au destin hors norme. Avec une rare puissance d’évocation, Véronique Olmi en restitue les combats incroyables, la force et la grandeur d’âme dont la source se situe au coeur de l'enfance avant qu'elle ne soit saccagée.

Un certain M. Piekielny, François-Henry Désérable, Gallimard

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"Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny...
Quand il fit la promesse à ce M. Piekielny, son voisin, qui ressemblait à "une souris triste", Roman Kacew était enfant. Devenu adulte, résistant, diplomate, écrivain sous le nom de Romain Gary, il s’en est toujours acquitté : "Des estrades de l’ONU à l’Ambassade de Londres, du Palais Fédéral de Berne à l’Élysée, devant Charles de Gaulle et Vichinsky, devant les hauts dignitaires et les bâtisseurs pour mille ans, je n’ai jamais manqué de mentionner l’existence du petit homme", raconte-t-il dans La promesse de l’aube, son autobiographie romancée. "Un jour de mai, des hasards m’ont jeté devant le n° 16 de la rue Grande-Pohulanka. J’ai décidé, ce jour-là, de partir à la recherche d’un certain M. Piekielny". 
C'est donc à une fantaisie picaresque que nous convie l'auteur conjuguant humour et célébration de l'imaginaire. Une totale réussite!

Nos vies, Marie-Hélène Lafon, Buchet Chastel

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Si on peut lui repocher son côté professoral sur les plateaux télé, Marie-Hélène Lafon n'en demeure pas moins une dentellière de phrases, une artisane des mots et une magnifique conteuse d'histoires faussement simples où la particule célèbre l'universel. « J’ai l’oeil, je n’oublie à peu près rien, ce que j’ai oublié, je l’invente. J’ai toujours fait ça, comme ça, c’était mon rôle dans la famille, jusqu’à la mort de grand-mère Lucie, la vraie mort, la seconde. Elle ne voulait personne d’autre pour lui raconter, elle disait qu’avec moi elle voyait mieux qu’avant son attaque. » Le Franprix de la rue du Rendez-Vous, à Paris. Une femme, que l’on devine solitaire, regarde et imagine. Gordana, la caissière. L’homme encore jeune qui s’obstine à venir chaque vendredi matin... Silencieusement elle dévide l’écheveau de ces vies ordinaires. Et remonte le fil de sa propre histoire. Nos vies semble explorer la ville et ses solitudes, mais c'est l'âme des êtres qu'elle explore.

Sigma, Julia Deck, Minuit

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Comme dans une pièce de théâtre, Julia Deck nous présente au début de son roman les acteurs de cette comédie décalée : il y a des agents, ils ont des cibles. Les premiers appartiennent à l’agence internationale Sigma, chargée de contrôler, surveiller, et de saboter les œuvres d’art si celles-ci sont jugées trop dangereuses pour maintenir l’ordre sociétal. Leurs cibles : un banquier collectionneur, une actrice, une galeriste réputée, un savant spécialiste des neurosciences… Tout commence par la réapparition d’une œuvre disparue d’un artiste subversif : Konrad Kessler. La mission de Sigma : neutraliser silencieusement cette peinture trop dangereuse en s’infiltrant auprès des cibles identifiées. Julia Deck nous surprend dans le thème, la structure et le ton de ce roman original et drôle. Analysant avec ironie les codes et des contradictions du monde de l’art, elle nous ravit une fois de plus dans ce troisième roman !  (Libraires ensemble)

Résurrection, Léon Tolstoï

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Longtemps je me suis demandé pourquoi? Et lorsque j'ai compris pourquoi, je me suis demandé pourquoi si longtemps? Tel est le sentiment qui m'emporta à la fermeture d'un chef-d'oeuvre (un vrai, pas de ceux pour qui ce mot est trop souvent galvaudé), Résurrection de Tolstoï! Quel livre. Il m'a accompagné une grande partie de l'été et avec lui j'ai plongé dans le testament politique, philosophique et religieux du Maître. Voilà donc un roman absolu, picaresque: une grande fresque sociale où s'entremêlent amours multiples et pluriels, intrigue, vision politique et humaniste... Surtout, la plume se veut fluide, parvenant en quelques mots simples à décrire l'âme humaine, notre société et ses travers totalitaires. Un génie qui conte, en 1899, un monde dont les échos résonnent encore aujourd'hui!

A l’origine de cette histoire? Un fait divers anodin! *"Le procureur général de St-Pétersbourg reçoit la visite d’un jeune aristocrate, venu se plaindre qu’on refusait de transmettre une missive à une détenue du nom de Rosalie. Cette fille d’un métayer avait été recueillie à la mort de son père par le propriétaire des terres, qui l’avait gardée comme domestique. Séduite par le fils de la maison et enceinte, elle avait été chassée du domaine et la misère l’avait conduite à se prostituer. Un vol de cent roubles au détriment de l’un de ses clients l’avait ainsi amenée au tribunal où, par le plus grand des hasards, elle s'était trouvée en présence de l'un des jurés, le jeune homme qui l’avait autrefois abandonnée. Culpabilisé par le souvenir de sa faute de jeunesse, et dans la volonté de la racheter, ce dernier avait souhaité épouser la jeune fille, mais elle était morte du typhus".  De cette anecdote , Tolstoï va élaborer un roman grandiose et trouver un chemin vers la rédemption car l'histoire du prince Dimitri Nekhlioudov et de Katioucha Maslova se confondra étrangement avec la sienne.

L’extraordinaire chronique des relations entre le prince Nekhlioudov et Katioucha Maslova est certes la clé de voûte de cette oeuvre et le prétexte à toucher l'universel. *« Nous n’avons pas besoin d’un prince qui se fourvoie avec une prostituée ! », commente un personnage. Sa volonté inébranlable d’épouser et de sauver la prostituée, dont il se sent coupable de la déchéance, fait du prince, décidé à tout abandonner de ce qui fut son existence dorée pour réparer sa faute, un personnage hors-norme : « Même si tu ne le veux pas, dit-il à Katioucha, je serai toujours auprès de toi. » La certitude acquise que, sans amour, on ne peut être heureux le mènera dans une Sibérie tétanisée dans la neige et le gel.. 

Si cet amour entre un prince qui renie sa caste et une femme qui est « déjà morte », est remarquable, ce qui l’est tout autant, c’est la mue qu’opère le prince, obligé par cet amour coupable puis assumé d’ouvrir les yeux sur les malheurs du peuple. Le personnage du prince Nekhlioudov est l’incarnation des idéaux  que Léon Tolstoï défendit toute sa vie. Georges Lucacs, cité dans la préface de Nivat (pour l’édition Folio Classique du roman), écrit que cet aristocrate, honteux des privilèges et des excès de sa classe sociale, veut « faire le bien avec les fruits du mal ». Comme Tolstoï proposant à ses serfs la libération du servage, on le voit offrir ses terres à ses paysans qui les refusent. Le chapitre XXVIII de la Troisième partie insiste sur cette obsession viscérale des autres, qui fut celle de Tolstoï, et qu’il exprime ainsi : « Les maux effroyables qu’il [le prince] avait vus et constatés au cours des dernières semaines et en particulier le jour même dans cette horrible prison, tous ces maux […] régnaient triomphants, sans qu’il entrevît la moindre possibilité de les détruire et même de les combattre. 

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Dans son imagination, il vit se dresser ces centaines, ces milliers de malheureux, dégradés, parqués dans un air empesté, par des généraux, des procureurs, des directeurs de prisons indifférents. […] Comme auparavant, il se demanda si c’était lui, Nekhlioudov, qui était fou ou bien les autres, ceux qui accomplissaient tous ces actes prétendus raisonnables, et la question s’imposait à lui avec une force nouvelle et réclamait une réponse. » Et c'est bien cette réponse que Tolstoï chercha toute sa vie, au point d'y sacrifier sa vie familiale.

Tolstoï dénonce la folie idéologique d'Etat, qui sera celle du XXème siècle. Il s'insurge contre "une chose appelée service de l'Etat qui permet de traiter des êtres comme des objets". Il dénonce les inégalités de classes, les jugements iniques, les emprisonnements arbitraires, les déportations massives dans des wagons noirs, emportés vers le néant".

Tolstoï mène une gigantesque enquête, plonge dans la géhenne putride des prisons, scrute les détenus, polémique avec les «idéologues» révolutionnaires, interroge le peuple. Mais il décortique également la révolution intérieure d'un homme dont le sens de l'existence se verra désormais marqué par la simplicité (dans le sens religieux du terme)

Un roman incroyable, obligatoire! car il éclaire le présent, questionne l'Homme et son avenir. En filigrane: l'amour, ses joies, ses tourments. Tout ce qui fait la vie... Bref, un régal!

* Source: ex-libris overblog

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La Petite Librairie , Tome IX

La Petite Librairie, Tome IX - Plein d'idées de lecture pour l'été - Le plus grand plateau littéraire jamais réalisé dans une émission du PAF et de la Toile!

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Marc Levy- SMEP 2017

Une rencontre empreinte de sincérité, d'intelligence, d'humilité... Le parcours d'un homme: Marc Lévy!

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