La XXVème heure

turner

Cher visiteur,

La XXVème heure est ce moment de grâce, où tout est naturel, où le présent se veut indicatif sans être conditionnel... et cet instant révèle des terres fertiles, entre le jour et la nuit, au rythme des mots, des phrases... du livre qui nous accompagne. Déjà hier s'est fondu parmi les ombres du passé, demain n'a pas encore surgi du futur. Vous avez découvert un espace intermédiaire où les affaires de la vie ne font pas intrusion; où l'instant fugitif daigne s'attarder pour devenir un vrai présent; un  lieu où le temps, lorsqu'il se croit à l'abri des regards, s'assied au bord du chemin pour reprendre son souffle.

C'est vrai, lire est un acte égoïste, une délectation solitaire. Mais on lit par amour! On tombe amoureux d'une histoire, des personnages, de l'auteur et enfin... de la littérature. Cette altesse à laquelle on donne rendez-vous chaque fois que l'on s'abandonne à un nouvel ouvrage. C'est là que se trouvent mes parfums d'enfance, mes joies, mes plaisirs, mes surprises... Plus que les Hommes, les livres m'ont construit. Je leur dois ma vision du monde et ce que j'en comprends. Les écrivains sont mes amis, leurs héros mes compagnons, leurs héroïnes mes secrètes maîtresses. 

Ces quelques chroniques disent ma gratitude. Je suis leur enfant tout à la fois rebelle et soumis. J'ai vécu leurs œuvres. Je me suis baigné sur une plage à Corfou avec Ulysse, j'ai marché dans Rome et au Lac de Côme avec Stendhal, navigué en mer et fait la guerre d'Espagne avec Hemingway, passé des matinées à Manosque avec Jean Giono, j'ai été Bel-ami et Rastignac, J'ai plongé dans le cœur des femmes avec Zweig et dans celui des Hommes avec Hugo... Quelques-uns aussi m'ont suivi partout, tandis que de nouveaux interpellent ma curiosité.

Posté par didier debroux à 16:06 - Commentaires [10] - Permalien [#]


La valse des arbres et ciel, Jean-Michel Guenassia

ppm_medias__image__2016__9782226328755-x

Nouveau coup de force de Jean-Michel Guenassia! Si l'auteur du "Club des incorrigibles optimistes" livre un roman plus intimiste, sorte de biographie fictionnelle, il confirme son talent de conteur conjuguant l'intime et l'absolu, la particule et l'universel.

Nous sommes en 1890 à Auvers-Sur-Oise. C'est l'été. Le docteur Gachet accueille sur recommandation, un peintre précédé d'une réputation sulfureuse, que l'on dit perturbé et complexe, ami des impréssionnistes. L'homme n'est autre que Vincent Van Gogh. Dans l'ombre de cette demeure, Marguerite Gachet, 19 ans, qui ne rêve que de dessin, d'Amérique et de liberté. Elle qui se voit destinée à un mariage bourgeois, savamment orchestré par son père, tombera éperdument amoureuse de cet homme bourru, radical, sans manière, dévoré par son art... Fascinée, elle le veut. Lui succombe à la tentation de cette jeune fille fraîche, enthousiaste, raffinée, mais ne veut surtout pas s'encombrer d'une compagne qui lui réclamerait une vie rangée. Seule sa peinture a une place dans son existence marginale et bohême.

De sa plume fluide, ourlée, Jean-Michel Guenassia nous conte Marguerite, certes, mais surtout Vincent. Pas Van Gogh, non! Vincent. Ce moins que rien, qui ne vend pas une toile, dont la dèche est le quotidien, honni par les bien-pensants de l'époque mais qui se révèle une sorte d'esthète, humaniste et cultivé, avant-gardiste, moderne, curieux juqu'à l'obsession. Et l'auteur de dresser au passage un portrait au vitriol du docteur Gachet, petit personnage de province, envieux, pingre, calculateur, à l'esprit étroit, dénué de bon goût. En filigrane: le 19ème et ses révolutions, la condition de la femme... surtout, l'idée que Vincent ne s'est probablement pas suicidé. 

L'auteur nous plonge avec maestria dans l'âme d'une époque, de ses personnages. Convoquant l'amour et la création, la liberté et le destin, confrontant l'histoire à l'Histoire, Jean-Michel Guenassia emporte son lecteur sur les rivages d'une littérature qui épouse grâce et intelligence. Une totale réussite. Bref, un régal!

2016: une rentrée made in USA

Le vieux Saltimbanque, Jim Harrisson

CVT_Le-Vieux-Saltimbanque_9897

"Souvent nous demeurons parfaitement inertes face aux mystères de notre existence, pourquoi nous sommes là où nous sommes, et face à la nature précise du voyage qui nous a amenés jusqu'au présent". Voici qui résume assez bien la volonté de Jim Harrison de poursuivre ses mémoires sous forme de "novella".  Ce livre, le dernier d'une légende, publié aux States un mois avant sa mort en mars 2016, conte, à la troisème personne, les souvenirs de Big Jim. La forme d'une nouvelle donc pour échapper à l'illusion de la réalité propre à l'autobiographie. Le géant des lettres américaines y explore ses souvenirs d'enfance, ses mariages, ses amours et ses amitiés. Il lève le voile sur ses pulsions sexuelles et autres plaisirs aussi rapides qu'artificiels. Par la voix d'un écrivain dont la plume s'est asséchée, il revient sur les épisodes forts de son existence peu banale. Véritable testament littéraire d'une homme aux portes du Styx, « Le vieux saltimbanque », révèle une grande liberté, aussi tendre que provocateur, certainement en marge des conventions… Magnifique !

Le poison, Charles Jackson

9782714458247

Le temps d'un week-end d'euphorie et de cauchemar, la descente aux enfers de Don Birnam, un écrivain raté dévoré par l'alcoolisme. Chef-d'oeuvre de lucidité et de poésie, Le Poison est un morceau d'anthologie à redécouvrir au plus vite. Réédité chez Belfond en Roman Vintage, Le poison n'est pas un livre simple ni une partie de plaisir. D'une lecture exigeante, il se révèle néanmoins hypnothique entraînant le lecteur dans les tréfonds de l'âme humaine, là où se logent nos plus douloureuses faiblesses. Un roman-culte ! 

Derniers feux sur Sunset, Stewart O'Nan

118717_couverture_Hres_0

Portrait subtil, intelligent, d'une icône en plein déclin... Nous sommes en 1937 et Fitzgerald devient scénariste pour la Metro Goldwyn Mayer. C’est l’Âge d’Or d’Hollywood, du jazz et des parties mémorables. Ses collègues se nomment Dorothy Parker, Humphrey Bogart, Ernest Hemingway, Greta Garbo. Or, loin de sa chère Zelda, internée, et de sa fille Scottie, l'homme est perdu. Il tente de préserver sa vie de famille, mais tombe amoureux de la journaliste Sheilah Graham. O'Nan conte avec brillance les trois dernières années d'une vie où FSF mène une lutte acharnée contre ses démons: l’alcool, la dépression, et le peu d’estime qu’il a pour lui-même. Oui, Hollywood sera pour lui « l’envers du Paradis », un lieu de souffrance et peut-être d’expiation. O'Nan touche au plus près le vrai visage de Fitzgerald : celui d’un homme brisé par la vie, tandis que la fête bat son plein. Poignant, émouvant, puissant et raffiné "Derniers feux sur Sunset" est une totale réussite.

New York, Esquisses Nocturnes, Molly Prentiss

51nyvpmAa6L

On pouvait craindre le pire et pourtant c'est une superbe découverte que ce premier roman de Molly Prentiss. New-York est à la mode et Molly Prentiss y plante son histoire. Le NYC des années 80, au coeur de la scènes artistique. Elle explore la cité, peuplée des silhouettes de Jean-Michel Basquiat et Keith Haring. A l'époque, à Manhattan, la crasse était glamour, les enseignes de sex-shops avaient pignon sur rue et les squats d’artistes n’avaient pas encore été remplacés par les commerces de luxe. Lucy, veut devenir une égérie. Elle débarque d’un bled paumé. La ville l’éblouit, l’étourdit, lui fait peur. A ses côtés, Raul (le peintre) et James (le critique) croiseront leurs destins autour d’une toile intitulée « Le Rêve américain ». Un portrait de Lucy, peint par l'un et acheté par l'autre. Car James n’est pas un critique comme les autres. Il est atteint de synesthésie : quand il regarde une toile, il sent simultanément une odeur, il entend une musique. Dans le monde de l’art, chacun de ses articles est un événement. Aussi quand on apprend qu’il a acheté une toile d’un jeune argentin inconnu, la cote de Raul s’envole. C’est à ce moment que la vie choisi de frapper les deux hommes. L’amour, l'art et ses valeurs, la sensualité, les branchouilles friqués ou underground... autant de thèmes qui traversent ces Esquisses nocturnes. En filigrane: l'Amérique et ses rêves fracassés ou comment survivre à la perte de l’innocence ?

Nuit mère, Kurt Vonnegut Jr

5669-cover-mother-57503af1a5e01

Très belle réédition d'un classique US. Un roman puissant, dérangeant, qui pose la question de l'identité et de la vérité. Je suis américain de naissance, nazi de réputation et apatride par inclination.” Ainsi s’ouvrent les confessions de Howard W. Campbell Jr. qui attend d’être jugé pour crimes de guerre dans une cellule de Jérusalem. Ce dramaturge exilé en Allemagne est connu pour avoir été le propagandiste de radio le plus zélé du régime nazi. Mais il clame aujourd’hui son innocence et prétend n’avoir été qu’un agent infiltré au service des Alliés. Il lui reste désormais peu de temps pour se disculper et sauver sa peau. D'une plume grinçante, Vonnegut Jr règle ses comptes avec l'Amérique et délivre une satire au vitriol de l'Oncle Sam. 

Comment tu parles de ton père, Joann Sfar

9782226329776-j

Cent-cinquante pages d'une rare beauté. Un portrait ténu, universel.

D'une plume cristalline, limpide, pudique, Joann Sfar conte son père (ou le père). Tout est dit. Là où d'autres ont besoin d'un roman-fleuve, l'auteur du "Chat du Rabbin" publie un opuscule. Mais quel texte!

Voilà un roman très personnel donc qui évoque André, le père décédé. Il a fallu du temps à Sfar pour s'y plonger. Celui de la distance.

Comme un livret de famille, un inventaire, où l'on picore au gré des photos sépia, des papiers jaunis, "Comment tu parles de ton père" explore cet homme fort, si impressionnant pour l'enfant Joann. 

Au-delà, c'est un livre sur les origines, le passage à l'âge adulte, la création... avec la judaïté en filigrane, et la mère en ombre permanente.

Ourlé de mots simples, voici un bijou d'humour, de tendresse, d'intelligence où, de chapitre en chapitre, ce sont les grandes questions que l'auteur convoque. In-con-tour-na-ble. Bref, un régal!

Un enfant plein d'angoisse et très sage, Stéphane Hoffmann

9782226325808-j

C'est l'histoire d'Antoine, 13 ans, dont les parents sont séparés. Un père anglais qui l'ignore, une mère française qu'il n'a pas vue depuis deux ans. Il fait ses études dans un collège en Suisse. Lors des vacances de Pâques, il est envoyé chez sa grand-mère (pas méchante, non, mais parfois violente) à Chamonix où, pour la première fois depuis longtemps, son père et sa mère vont à nouveau s'intéresser à lui. Leurs intentions sont-elles louables? Ainsi débute "Un enfant plein d'angoisse et très sage", géniale comédie grinçante, enlevée et caustique de Stephane Hoffmann.

C'est donc un portrait de l'enfance au travers du regard d'un jeune adolescent solitaire qui se veut sage; sachant qu'un "gamin" n'a aucun droit. Pour gagner sa liberté, il lui faudra grandir. En attendant, surtout ne pas faire de vague. Soyons donc bon élève, dans le rang, respectueux des codes, et les adultes nous foutront la paix. 

Dénué de certitudes, sans repère, Antoine se liera d'amitié avec Jojo, l'un des chiens de sa "mère-grand" . C'est la découverte de l'amour, au sens absolu et sans condition. Un sentiment qui se révèle une révélation.

Avec la tragédie en filigrane, Stephane Hoffmann observe les travers d'une bourgeoisie incapable d'aimer, d'exprimer, concentrée sur elle-même par tradition, envieuse et haineuse. C'est donc la révolution d'un enfant qui décide de changer les choses...

De sa plume légère, précise, vénéneuse, l'auteur "Des autos tamponneuses" livre une forme de conte où il explore les blessures de l'enfance. Dressant un portrait, à l'acide dans une tasse d'earl grey, d'une communauté de philistins oscillant entre clinquant, clafoutis et Rolls Royce, c'est la mistouffle sentimentale que Stéphane Hoffman dénonce, l'amour qu'il célèbre, l'intelligence qu'il souligne. Bref, un régal! 


Walter ou Naïm, héros ou assassin?, Marie-Paule Eskénazi

9782806102560r

« Si le passé n'éclaire le présent, l'esprit marche dans les ténèbres », écrivait Tocqueville. Sans doute s'est-il penché sur l'épaule de Marie-Paule Eskénazi lorsqu'elle prit sa plume pour conter l'Histoire, la Grande et la petite, comme d'autres font face au temps…

« On a tous besoin de savoir d'où l'on vient. Quels sont ces secrets tellement présents mais étouffés ? La génération de l'après-guerre a longtemps préféré le silence. On comprend pourquoi. Mais aujourd'hui, le besoin de connaître la vérité, de déterrer les histoires familiales, se révèle indispensable. Nos jeunes souhaitent appréhender ce qui les a construit », confie l'auteur.

C'est donc l'histoire d'une enquête, d'un secret. Kurt, un jeune Américain, veut découvrir qui était son grand-père. Un chrétien ou un juif détenteur d'un immense secret? Cet homme qui, dès son arrivée en Amérique, vit en catholique discret et pourtant demande, la veille de sa mort, à être inhumé selon le rituel hébraïque. Une volonté qui déchire la famille. Entre ceux qui souhaitent respecter son vœux et les autres qui refusent au nom de leur croyance et de leurs convictions. Ceux-là ne voient qu'un vieux farfelu et l'opportunité d'imposer leur pouvoir sur les descendants.

Kurt va se lancer sur les traces de Walter jusqu'à Berlin car son le seul indice est l'origine allemande de celui-ci. Au coeur de cette ville, c'est un autre homme qui surgit. Walter serait en réalité Naïm Lévy. Un jeune juif allemand qui a fui sa terre, en 1937, à bord du dirigeable Hindenburg. Un engin volant énorme, devant asseoir la puissance du Reich, qui pourtant, dès son arrivée sur le sol américain, s'enflammera comme une torche laissant peu de survivants. Accident ou attentat? Quel lien entre cet événement historique et Walter Renheod ? Etait-il un héros ou un sombre traître ? Un survivant ou un salopard ?

Sur sa route, Kurt croisera Marie P., journaliste, qui l'accompagnera dans sa quête afin d'en dénouer le mystère. Sur fonds des Jeux olympiques de 1936, de la montée du nazisme et de l'épopée du dirigeable Hindenburg, Marie et Kurt dénicheront les derniers témoins de l'histoire et trouveront des réponses au cœur des archives nazies.

Au rythme d'un suspense, Marie-Paule Eskénazi entraîne son lecteur dans le labyrinthe du 20ème siècle dont elle déroule, telle Ariane, les arcanes d'une intrigue identitaire. Et de souligner : «Rencontrer son passé c'est donner du sens au présent et à l'avenir ».

En filigrane : le couple, l'amour, la filiation, l'extrémisme, le pouvoir, la révolte, la barbarie, l'impuissance, l'insouciance perdue, la mémoire... et toutes ces questions qui font la littérature.

Posté par didier debroux à 19:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

Brève Histoire de Sept Meurtres, Marlon James

ppm_medias__image__2016__9782226324054-x

D'une incroyable puissance, sans doute "Brève Histoire de Sept Meutres" s'inscrit, dans cette rentrée 2016, comme l'un des meilleurs romans étrangers. Un pavé de 845 pages, un labyrinthe où s'entrecroisent quelque 75 destins, une fresque épique qui conte l'histoire de la Jamaïque des années soixante-dix à nos jours...

Marlon James signe un roman hors normes où planent les ombres de James Ellroy et de Toni Morrison. Explorant, des guetthos aux cercles de pouvoirs, de la plèbe aux marbres blancs, les arcanes de l'Histoire et de la politique, ce roman noir et lumineux se révèle une gigantesque saga urbaine aux accents shakespeariens.

Nous sommes en décembre 1976, à Kingston. Dans une Jamaïque en pleine campagne électorale, les gangs font couler le sang. Mû par l'idée que la musique peut changer le monde, Bob Marley doit chanter lors d'un concert exceptionnel en faveur de la paix. Deux jours avant le rassemblement, sept voyous investissent sa demeure et tentent de l'assassiner. C'est le destin de ces hommes, confrontés à des pouvoirs qui les dépassent - presse, CIA, chefs de gangs-, propulsés dans des enjeux qu'ils ne maîtrisent pas, que Marlon James dépeint au fil d'une prodigieuse construction littéraire.

La plume est sèche, ample, ciselée, parfois crue. Elle se fait inventive, se condense dans un souffle épique hypnotisant le lecteur pour l'embarquer dans les profondeurs d'un immense voyage dont il sortira épuisé, certes, mais ébloui. Bref un régal! 

Verre Cassé, Alain Mabanckou

9782020849531

Une plongée dans un bar miteux de Brazzaville où se croisent destins brisés et situations burlesques. Du zinc, c'est l'Afrique qui transpire dans toutes sa simplicité, sans apparats ni figures de styles. De sa plume ciselée, Alain Mabanckou tisse une galerie de portraits truculents, conjugue récits au goût sucré-salé, drôles, amers et dévoile de la vie, son authenticité, sa loufoquerie et ses cruautés. 

L’histoire ? Ils sont quelques-uns, des cabossés, à étancher leur soif au bar "Le Crédit a voyagé" , on y retrouve pêle-mêle: L'escargot entêté ( le patron) , l'Imprimeur, Robinette, Casimir la grande vie et consorts. Verre cassé, ancien instituteur largement imbibé, se voit chargé de consigner dans un cahier la vie de ses éclopés dressant, en filigrane, une allégorie de l'Afrique vue sous le spectre des ses gueules cassées avec comme maîtresses l’alcool et un zeste de magie.

Voilà donc un roman jubilatoire, un tour de force littéraire de par son style, une fresque picaresque et un puissant hommage à la littérature. Quelque 250 pages de pur bonheur où la farce tutoie le sublime. Bref, un régal !

Posté par didier debroux à 11:29 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

Les oiseaux de passage, Bénédicte des Mazery

13726794_973307676115061_8365428431407947437_n

Chaque roman de Bénédicte des Mazery est une pépite... Celui-ci est un joyau! 

L'auteur de "L'ombre d'un Homme" plonge dans un univers discret, peu connu de l'Histoire: la prison pour jeunes garçons de « la petite Roquette », à Paris. En 1838, Jacques a onze ans lorsqu’il est incarcéré à la demande de son père afin de le corriger. Vagabonds, voleurs, orphelins ou enfants placés, des centaines de garçons sont détenus dans des cellules austères; isolés dans des cages comme celles qui emprisonnent les oiseaux de passage. Terrifié par cet univers sombre, Jacques vit dans l’espoir de retrouver sa mère et croise le destin de compagnons d’infortune: Narcisse, Octave, Séraphin le rêveur et Charles le doux poète inspiré par Victor Hugo. Comme des moineaux affamés, ces enfants survivent dans des conditions pitoyables au milieu de surveillants cruels. Seul l’abbé Crozes semble pourvu d'un peu de dignité dans ce monde clos et violent.

De sa plume ciselée, réaliste, Bénédicte des Mazery lève le voile sur le quotidien bouleversant de ces gamins portés par l’espoir de retrouver la liberté..

Et l'auteur de conjuguer, avec une rare finesse, l'onirisme et la beauté au coeur des ténébres. En filigrane: un siècle de mutations, la puissance d'Hugo, l'impossibilité de l'insouciance et... une profonde humanité. Bref, un régal!

Posté par didier debroux à 17:43 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

Le roman de Boddah, Héloïse Guay de Bellissen

9782266258005

Un grand, très grand, roman d'amour où se conjuguent douceur et fureur, rage et fragilité. Une époque, celle des eighties - nineties. Un style, le grunge. Une icône qui rejoindra le triste club des 27. Une blonde platine, intelligente, vulgaire et sexy. C'est l'histoire de Kurt Cobain et Courtney Love. C'est le récit d'une fièvre fusionnelle, passionnée, destructrice. C'est la drogue, les rêves brisés, la violence de l'enfance, l'incompréhension du monde adulte.

Et l'auteur, Héloïse Guay de Bellissen, d'explorer ces sentiments avec le talent d'un Zweig made in punk!

Boddah? Le Jiminy Criket d'un gamin paumé, nommé Kurt... Durant vingt-sept années, jusqu'au moment de se faire éclater la cervelle, Kurt Cobain n’a cessé de s’adresser à son double. De l'enfance débridée, du coup de foudre entre l’icône et la princesse déjantée, des tournées triomphales aux soirs de doute, Boddah a tout vu et tout entendu. Il tenait tête à Kurt, l'apostrophait, le brocardait, le maltraitait aussi parfois. Au son des guitares fracassées, au rythme des "shoot", de l'ombre à la lumière, des fulgurances à l'angoisse, qui mieux que lui pour conter le parcours fulgurant, convoquer les méandres de l'inconscient, interpréter les troubles, de cette étoile filante que fut le chanteur de Nirvana. 

Rock'n'Roll et universel, ce roman est une claque! Le style est impressionnant de justesse. Passionnant, intelligent... Bref, un régal!