La XXVème heure

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Cher visiteur,

La XXVème heure est ce moment de grâce, où tout est naturel, où le présent se veut indicatif sans être conditionnel... et cet instant révèle des terres fertiles, entre le jour et la nuit, au rythme des mots, des phrases... du livre qui nous accompagne. Déjà hier s'est fondu parmi les ombres du passé, demain n'a pas encore surgi du futur. Vous avez découvert un espace intermédiaire où les affaires de la vie ne font pas intrusion; où l'instant fugitif daigne s'attarder pour devenir un vrai présent; un  lieu où le temps, lorsqu'il se croit à l'abri des regards, s'assied au bord du chemin pour reprendre son souffle.

C'est vrai, lire est un acte égoïste, une délectation solitaire. Mais on lit par amour! On tombe amoureux d'une histoire, des personnages, de l'auteur et enfin... de la littérature. Cette altesse à laquelle on donne rendez-vous chaque fois que l'on s'abandonne à un nouvel ouvrage. C'est là que se trouvent mes parfums d'enfance, mes joies, mes plaisirs, mes surprises... Plus que les Hommes, les livres m'ont construit. Je leur dois ma vision du monde et ce que j'en comprends. Les écrivains sont mes amis, leurs héros mes compagnons, leurs héroïnes mes secrètes maîtresses. 

Ces quelques chroniques disent ma gratitude. Je suis leur enfant tout à la fois rebelle et soumis. J'ai vécu leurs œuvres. Je me suis baigné sur une plage à Corfou avec Ulysse, j'ai marché dans Rome et au Lac de Côme avec Stendhal, navigué en mer et fait la guerre d'Espagne avec Hemingway, passé des matinées à Manosque avec Jean Giono, j'ai été Bel-ami et Rastignac, J'ai plongé dans le cœur des femmes avec Zweig et dans celui des Hommes avec Hugo... Quelques-uns aussi m'ont suivi partout, tandis que de nouveaux interpellent ma curiosité.

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Quand Dieu boxait en amateur; La tristesse des femmes en mousseline

Quand Dieu boxait en amateur, Guy Boley

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Nous sommes à Besançon, Est de la France, en Franche-Comté, ville natale de Victor Hugo. Dans une France rurale aujourd'hui oubliée, au coeur des quartiers populaires, deux gamins passionnés par les lettres nouent, dans le secret des livres, une amitié solide. Le premier, orphelin de père, travaille comme forgeron depuis ses quatorze ans et vit avec une mère que la littérature effraie et qui, pour cette raison, le met tôt à la boxe. Il sera champion. Le second se tourne vers des écritures plus saintes et devient abbé. Mais jamais les deux anciens gamins ne se quittent. Aussi, lorsque l'abbé propose à son ami d'enfance d'interpréter le rôle de Jésus dans son adaptation de La Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, celui-ci accepte pour sacrer, sur la scène du théâtre paroissial, leur fraternité. Ce boxeur atypique et forgeron flamboyant était le père du narrateur. Après sa mort, ce dernier décide d'écrire pour lui rendre sa couronne de gloire, tressée de phrases splendides, en lui écrivant le grand hommage qu'il mérite. Avec le sentiment poignant du temps perdu à s’opposer à ce père qu’il ne voyait que comme une épave à éviter, Guy Boley comprend trop tard quelles furent les aspirations de cet homme. De sa plume ciselée, à l'os, il célèbre le paternel avec amour et humour et livre un roman où la grâce, l'admiration, congédient les regrets.

La tristesse des femmes en mousseline, Jean-Daniel Baltassat

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Après le succès du "Divan de Staline", Baltassat est de retour avec un roman érudit, exigeant mais ô combien passionnant: "La tristesse des femmes en mousseline". Paris, 1945. Au lendemain de la guerre, Paul Valéry se remémore sa jeunesse, période de frénésie créative de la fin du XIXe siècle où se côtoient Mallarmé, Degas, Corot, Manet, Monet et surtout Berthe Morisot, qu'il affectionne particulièrement. Le vieil homme ouvre le carnet intime qu'elle lui a légué. L'écrivain entame une réflexion sur le sens de l'art et de la vie. Jean-Daniel Baltassat ressuscite tant la femme Berthe Morisot, réduite à l'ombre de Manet, cataloguée peintre infantile, que l'artiste sombre, tourmentée, dont la quête ultime fut celle de la beauté. Et de Valery, l'auteur conte la transformation d'un homme vers la lumière. Un roman certes complexe mais dont le lecteur sort bouleversé, ému, plus intelligent. Bref, un régal!  

Le silence du moteur, Olivier Lebé

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Musicien, compositeur, ce n'est que tardivement qu'Olivier Lebé déserta la partition au profit de la page blanche, publiant son premier opus "Repulse day" en 2013, couronné du Prix Premier Roman. Auréolé de critiques dithyiambiques, l'attente était donc forte quant à ce second ouvrage "Le silence du moteur". Et, force est d'écrire que l'essai est brillamment transformé! Cent-soixante-sept pages de pur régal. Un road-trip père-fille made in USA avec L.A. en filigrane. Surtout, sous la plume de l'auteur, c'est la chrysalide de deux êtres qui se dessine. Ce n'est pas un roman mais un album conceptuel. Sorte d'opéra rock en trois actes où s'invite entre les lignes l'ombre de Dante et de Nietzsche...

C'est donc l'histoire d'un père, Pierre, 50 ans, musicien qui a perdu la passion, et de Romy, sa fille, 15 ans, borderline à tendance suicidaire. L'un et l'autre sont vivants mais plus tout à fait dans la vie. Ensemble, ils roulent sur les "Highway" californiennes en quête d'apaisement et de réparation. De tabernacle en tabernacle, de silences en confidences, de rencontres en découvertes, ... ils trouveront une voie, un chemin vers l'existence au coeur de ce monde fait de bruit et de fureur.

Servi par une plume ciselée, simple (jamais simpliste), sans pathos, pudique et gracieuse, "Le silence du moteur" se révèle un roman bouleversant parsemé d'une galerie de personnages de haute exctraction. Au-delà, entre les notes, c'est un portrait au scalpel de l'Amérique et de ses rêves brisés, une réflexion sur le bonheur, l'amour, le rapport au temps et aux autres... Bref, une totale réussite! 

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Modiano, Sands, Decoin, Szalay: quatre coups de coeur en bref...

Souvenirs dormants, Patrick Modiano

CVT_Souvenirs-Dormants_8579Ouvrir un nouveau Modiano consiste en une promenade sans cesse renouvelée dans le labyrinthe des souvenirs, des détails, là où se cachent les vérités. Ce n'est d'ailleurs pas le passé qui importe au prix Nobel de littérature, mais ce que le temps et la mémoire font de celui-ci. L'auteur, qui s'est toujours considéré comme hors sujet, évoque avec "Souvenirs dormants" les destins de six femmes rencontrées puis perdues de vue dans les années 1960. Modiano, c'est entre les lignes qu'il faut le lire en écoutant ses silences, sa respiration. Magnifique roman d'apprentissage, "Souvenirs dormants" se révèle une méditation sur les répétitions de l'existence tout en questionnant l'acte d'écrire. D'une grande élégance!

Retour à Lemberg, Philippe Sands,

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C'est une époustouflante enquête que livre Philippe Sands dans ce livre puissant où d'une ville, de destins, l'auteur découvre son histoire pour conter celle de qui s'écrit avec une majuscule. Invité à donner une conférence en Ukraine dans la ville de Lviv, autrefois Lemberg, l'auteur, avocat international réputé, découvre une série de coïncidences historiques qui le conduiront de Lemberg à Nuremberg, des secrets de sa famille à l’histoire universelle. C’est à Lemberg que Leon Buchholz, son grand-père, passe son enfance avant de fuir, échappant ainsi à l’Holocauste qui décima sa famille ; c’est là que Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin, deux juristes juifs qui jouèrent un rôle déterminant lors du procès de Nuremberg et auxquels nous devons les concepts de « crime contre l’humanité » et de « génocide », étudient le droit dans l’entre-deux-guerres. C’est là enfin que Hans Frank, haut dignitaire nazi, annonce, en 1942, alors qu’il est Gouverneur général de Pologne, la mise en place de la « Solution finale » qui condamna à la mort des millions de Juifs. Parmi eux, les familles Lauterpacht, Lemkin et Buchholz. Magistral, passionnant!
Le bureau des jardins et des étangs, Didier Decoin

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Decoin au sommet de son art pour conter un voyage initiatique d'une rare finesse où la beauté se confronte à la violence. L'histoire? Nous sommes au XIIè siècle, au coeur du Japon, à l'époque Heian. Katsuro, meilleur pêcheur de carpes, fournisseur des étangs sacrés de la cité impériale, se noie. C’est alors à sa jeune veuve, Miyuki, de le remplacer pour porter jusqu’à la capitale les carpes arrachées aux remous de la rivière Kusagawa. 
Chaussée de sandales de paille, courbée sous la palanche à laquelle sont suspendus ses viviers à poissons, riche seulement de quelques poignées de riz, Miyuki entreprend un périple de plusieurs centaines de kilomètres à travers forêts et montagnes, passant de temple en maison de rendez-vous, affrontant les orages et les séismes, les attaques de brigands et les trahisons de ses compagnons de route, la cruauté des maquerelles et la fureur des kappa, monstres aquatiques qui jaillissent de l’eau pour dévorer les entrailles des voyageurs. Mais la mémoire des heures éblouissantes vécues avec l’homme qu’elle a tant aimé, et dont elle est certaine qu’il chemine à ses côtés, donnera à Miyuki le pouvoir de surmonter les tribulations les plus insolites, et de rendre tout son prestige au vieux maître du Bureau des Jardins et des Étangs. Sublime!
Ce qu'est l'homme, David Szalay

51r8WHbE4VLNeuf hommes, âgés de 17 à 73 ans, tous à une étape différente de leur vie et dispersés aux quatre coins de l’Europe, essayent de comprendre ce que signifie être vivant. Tels sont les personnages mis en scène par David Szalay à la façon d’un arc de cercle chronologique illustrant tous les âges de la vie. En juxtaposant ces existences singulières au cours d’une seule et même année, l’auteur montre les hommes tels qu’ils sont : tantôt incapables d’exprimer leurs émotions, provocateurs ou méprisables, tantôt hilarants, touchants, riches d’envies et de désirs face au temps qui passe. 

Et le paysage qu’il nous invite à explorer, multiple et kaléidoscopique, apparaît alors au fil des pages dans sa plus troublante évidence : il déroule le roman de notre vie. Avec ce livre, finaliste du Man Booker Prize, le jeune auteur britannique offre un portrait saisissant des hommes du XXIe siècle et réussit, en disséquant ainsi la masculinité d’aujourd’hui, à dépeindre avec force le désarroi et l’inquiétude qui habitent l’Europe moderne.
Une exploration du désir masculin, un portrait des hommes d'aujourd'hui face aux changements et à leurs échecs, David Szalay se révèle un véritable virtuose. Bref, un régal!

Ruses et plaisirs de la séduction, Marie-Francine Mansour

 

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Pas simple de chroniquer un tel essai. Une histoire de la séduction! Non, pas simple. Car quel qu'en soit le lecteur ou la lectrice, l'interprétation n'échappera pas aux prismes personnels. Et chacun d'y trouver matière à réflexion, confirmation ou encore raisons à polémiquer...

En quatrième de couverture on peut lire: "Marie-Francine Mansour nous invite à découvrir une vaste galerie de portraits de séducteurs et de séductrices aussi bien anciens que modernes, féminins que masculins, réels que fictifs. Débute alors un passionnant voyage aux côtés des tentatrices bibliques, des influentes hétaïres grecques, qui nous entraîne sur les pas des cortigiane des salons de la Renaissance italienne, nous conduit à côtoyer les sulfureux libertins et les ladies anglaises esseulées du XVIIIè siècle, nous fait pénétrer das les hautes sphères du pouvoir fréquentées par les courtisanes du Second empire et les cocottes de la Belle Epoque".

Né de l'ombre de Joyce Mansour, femme libre, poétesse, arrivée à Paris dans les années 50, assumant sa liberté et ses désirs; c'est néanmoins en historienne que l'auteure explore les arcanes de la séduction dans son essai " Ruses et plaisirs de la séduction". Un voyage dans le temps, à travers les siècles, conjuguant une galerie de portraits de femmes, surtout; de quelques hommes aussi; décortiquant au scalpel les grands mythes de ce jeu qu'elle présente, dès la préface, comme un art guerrier. Et c'est ce fil que Marie-Francine Mansour délie, en parfaite Ariane, dans ce périple au long cours enchâssant Histoire, anecdotes, réflexions philosophiques... avant de conclure que, même si l'on arrive aujourd'hui dans une clairière, le mystère demeure entier.

D'Êve à Shéhérazade, qu'elles soient courtisanes, muses, objets de désir, instruments de pouvoir, légères ou intellectuelles, les femmes ont, depuis toujours, selon elle, pris la séduction comme moyen d'exister, comme instrument de liberté. C'est donc bien un art guerrier qu'elle dépeint; de ruses, certes, mais de plaisirs? Car séduire, serait-ce obligatoirement un stratagème pour obtenir une chose en échange d'une autre? Et que deviennent alors l'amour, l'abandon, là où règne l'esprit de combat? Les questions demeurent! 

Voilà donc un essai passionnant, intrigant, qui soulève des vérités que l'Histoire confirme. En ces temps actuels, Marie-Francine Mansour offre un livre indispensable aux femmes, bien entendu, aux hommes surtout qui, à la lecture de ces lignes, comprendront peut-être mieux le présent éclairé, ainsi, par le passé. Et de rêver qu'alors, l'amour, puisse reprendre ses droits...

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Entrez dans la danse, Jean Teulé

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Jean Teulé a vécu de hasards, exercé des professions sans les choisir. Lui, le romancier, n'hésite pas à clamer qu'il ne lit pas ou peu de romans et « qu'en dehors de sa correspondance, Flaubert m'emmerde ! ». Il est là Teulé, sans filtre, libre, en digne enfant d'Hara-Kiri.

Il déploie son immense silhouette d'albatros pour vous accueillir d'une poignée de main franche, alors que, là-haut, son œil agile, en poste de guet, observe, analyse à qui il a affaire. D'entrée, il y va, cash, à l'os, comme dans ses livres, : « On vit une époque angoissante où tout se referme. Surtout, oui surtout, c'est le grand retour des cons ! » Voilà pourquoi Jean Teulé écrit, pour célébrer certes le génie, la lumière de Rimbaud, Verlaine ou Villon mais aussi pour éclairer le présent en puisant dans l'Histoire des récits hallucinants où les Hommes poussés au-delà du supportable basculent dans la folie. « Quand je regarde le monde d'aujourd'hui, nous ne sommes pas loin de faire le grand saut, de passer de l'autre côté », souligne-t-il. « Et sans doute, sommes-nous proches d'Entrez dans la danse », se référant ainsi au titre de son dernier opus.

Entrez dans la danse ou l'histoire incroyable, pourtant authentique, d'une bien étrange épidémie qui frappa la ville de Strasbourg en 1518. Juillet, la chaleur est intense. Les gens sont au désespoir. C'est la famine. Plus rien à manger (même plus un chat ou un rat), plus rien à boire si ce n'est un léger filet de boue et de vase. Alors que les greniers du clergé sont plein à craquer mais demeurent fermés au profit d'une spéculation sur les matières premières, la population en est réduite à bouffer ses morts… Dans cette horreur, cette géhenne, Troffea (qui vient de tuer son enfant) se met à danser de manière compulsive, sans pouvoir s'arrêter. En quelques jours, des milliers d'autres citoyens la rejoignent, dansant à en mourir le jour, la nuit, dans les rues, sur les places, dans le sang, dans les déjections. « Il n'y a pas d'explication à cette crise collective si ce n'est le désespoir. Puisqu'on en est là, que nous n'avons plus que notre corps, et bien dansons ! ». En filigrane, c'est une autre partie qui se joue, celle du pouvoir. Et l'auteur d'utiliser sa plume crue, acide, truculente, goguenarde pour tirer tous azimuts : l'église catholique, les bourgeois, les politiques, l'argent...

A le lire, à l'écouter, Jean Teulé croit-il en l'individu? Peut-être. En l'Homme? Certainement pas. Il paraît réserver sa foi à la ronde du temps : « là où s'intègrent de grands mouvements de balancier qui vont d'un extrême à l'autre avec, au milieu, un point d'équilibre, une parenthèse heureuse dans l'histoire de l'humanité ».

Entrez dans la danse se révèle captivant, hypnotique, dérangeant… conté avec une forme d'humour où, d'un clin doeil, l'auteur se revendique tant de C.Jérôme que d'Esope et d'Ezéchiel.

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Garbo, Guillaume de Fonclare

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Premier roman: totale réussite!

Même si l'auteur, Guillaume de Fonclare, se déclare plus à l'aise entre les nervures de l'essai "Dans ma peau" (brillant) ou du récit "Dans tes pas" (sublime), il excelle aussi, n'en déplaise à sa touchante modestie, dans l'art du roman. Et "Garbo" d'en apporter la preuve. Une magistrale épopée qui conte, sous la forme d'un testament, d'une confession, l'histoire de ce Catalan, Pujol Garcia, alias Garbo, l'un des plus grands espions de la Seconde Guerre mondiale. Un personnage trouble, ambigu, naïf (?), qui verra son destin enchâssé dans l'Histoire, la grande, celle frappée d'une majuscule. 

Garbo? L'actrice, bien sûr. Surtout, le pseudo d'un incroyable artisan de l'armée des Ombres qui oeuvra à la désinformation du Reich lors de la préparation du débarquement des Alliés en 1944. Né Catalan, donc, convaincu de ne jamais vouloir porter les armes, il combattit Franco durant la guerre civile d'Espagne pour ensuite, par les circonstances, le servir. Une personnalité bien étrange que la vie mènera à conjuguer trois existences.

Pujol Garcia à 85 ans, vit au Venezuela, lorsqu'il prend la plume pour écrire à son petit-fils l'histoire d'un secret toujours tu. Au seuil de sa dernière demeure, il lui faut se réconcilier avec l'antan et tisser les liens entre l'hier et l'aujourd'hui afin que le passé éclaire un obscur présent et que l'avenir augure un champ des possibles. C'est au tribunal de l'amour qu'il se soumet, livrant sur l'autel de la vérité, le soin à son petit-fils, Jorge, de le juger. Il ne cachera donc rien: son flirt avec la dictature, son activité pour les Anglais et les Allemands, l'abandon de sa femme et de son fils qu'il est contraint d'abandonner pour les sauver de lui-même, et... le meurtre, le sang qu'il a sur les mains, qui toute sa vie durant s'inoculera comme un venin dans les arcanes de sa mémoire.

Guillaume de Fonclare, explore, analyse, traque, les aléas d'une vie. Il dissèque, de sa plume diaphane, sèche, le sentiment de honte, la perte des repères, la fragile frontière entre mensonge et vérité... D'un souffle épique, il entraîne le lecteur dans les souterrains de l'Histoire. Passionnant, envoûtant. Bref, un régal!

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La chronique de Lydie: Une longue impatience, Gaëlle Josse

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Ce soir-là, Louis, seize ans, n’est pas rentré à la maison. Anne, sa mère, dans ce village de Bretagne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, voit sa vie dévorée par l’attente, par l’absence qui questionne la vie du couple et redessine celle de toute la famille. Chaque jour, aux bords de la folie, aux limites de la douleur, Anne attend le bateau qui lui ramènera son fils. Pour survivre, elle lui écrit la fête insensée qu’elle offrira pour son retour. Telle une tragédie implacable, l’histoire se resserre sur un amour maternel infini. Avec Une longue impatience, Gaëlle Josse signe un roman d’une grande retenue et d’une humanité rare, et un bouleversant portrait de femme, secrète, généreuse et fière. Anne incarne toutes les mères qui tiennent debout contre vents et marées.

"Anne s'est mariée, elle a un fils : Louis. Elle s'est remariée à Étienne, pharmacien, qui l'attendait depuis longtemps. Deux enfants sont nés. Nous sommes à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Anne semble heureuse, peut-être qu'elle l'est. Jusqu'au départ de son fils Louis à la suite d'une altercation avec son beau-père. L'enquête de la Police ne donne rien et l'attente commence, mais Anne croit que Louis va revenir. Cet espoir lui permet de tenir debout. Elle lui écrit en espérant le revoir bientôt, lui promet une belle fête pour son retour. Elle attend. Va au port. Questionne.

Son attente lui permet de rester vivante.
Il le faut. Anne est femme et mère avant tout.
ROMAN RARE. BIJOU S'IL EN EST !"

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Lydie Zannini

La librairie du théâtre

8 Cours de Verdun

01000 Bourg-en-Bresse

France

La chronique de Gérard: Les Enfants du Dernier Salut, Colette Brull-Ulmann-Jean-Christophe Portes

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L’histoire de l’extraordinaire réseau d’évasion d’enfants Juifs à Paris. En 1942, Colette a 22 ans et elle est étudiante en médecine à l’hôpital Rothschild de Paris. En fait d'hôpital, c'est plutôt l'antichambre de l'enfer puisque les Juifs qui passent par cet établissement sont ensuite envoyés dans les camps de la mort. Face à l’atrocité de la situation, Colette intègre un réseau d’évasion qui permet aux enfants de l'hôpital d’échapper à la déportation. Car, si personne ne sait vraiment ce qui les attend, on connaît l’horreur du transport, entassés pendant des jours dans des wagons sans eau et sans vivres. Pour sauver ces enfants, le réseau truque les registres ou déclare décédés des nourrissons que l'on fait sortir en passant par la morgue... Malgré les soupçons des Nazis et plusieurs arrestations, des centaines d'enfants sont ainsi sauvés. Dernier membre vivant de ce réseau, Colette témoigne dans ce document bouleversant et essentiel.

"Non! les êtres humains ne sont pas tous des salauds !!!! Ce témoignage en est la plus bouleversante des preuves !!!! J'ai déjà lu beaucoup de témoignages sur l'antisémitisme pendant la seconde guerre mondiale en France; mais, celui-ci, non content d'être d'une force d'émotion rare, nous raconte un épisode inconnu de la plupart d'entre nous, la terrible situation de l'hôpital Rothschild situé à Paris et de son réseau d'exfiltration de jeunes enfants juifs et de blessés par des femmes et des hommes courageux qui refuseront de laisser ces êtres innocents conduits à la mort vers les camps de concentration .

C'est aussi un magnifique hommage à des femmes comme Colette Brull-Ulmann, Claire Haymann ...qui, avec un courage inimaginable, une modestie rare et au péril de leur vie s'unirent pour sauver des innocents de la barbarie !!! On tremble pour elles, on souffre avec elles, on est en colère avec elles, on est désespéré avec elles !!!! Histoires et situations incroyables qui vous laissent KO debout !

Ce livre est aussi le destin d'une famille juive d'Europe de l'Est qui choisit la France comme terre d'accueil et qui, malgré tous ses efforts, est trahie de la pire des manières par les citoyens et l'Etat de ce pays. Un témoignage qui nous fait mieux comprendre leur désespoir et leur incompréhension devant tant d'infamie . Témoignage qui donne la chair de poule tant l'horreur rime avec quotidien . Témoignage sur la lâcheté , la méchanceté , le racisme de certains français ...Temoignage de femmes et d'hommes à qui nous devons quelque chose d'inestimable: avoir redonné un peu d'honneur à ce pays qui, pendant des années, s'est vautre dans l'abjection !

UN IMMENSE DOCUMENT HUMAIN QUI REDONNE CONFIANCE MAIS QUI SONNE AUSSI COMME UN AVERTISSEMENT DANS CETTE PERIODE ACTUELLE OU DES SIGNES DE PUS EN PLUS FREQUENTS NOUS RAPPELLENT CES EVENEMENTS INSOUTENABLES !!!! UN TRES GRAND MOMENT DE LECTURE POUR COMMENCER CETTE ANNEE !!!!!"

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La Griffe Noire

4 , Rue de la Varenne 

94100 Saint-Maur-des-Fossés

France

Rentrée hiver 2018, Le panier garni de La XXVème heure

Jours brûlants à Key West, Brigitte Kernel

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Nous sommes en 1963. Au seuil de sa dernière demeure, Frank Merlo, amant de Tenessee William, décide de raconter deux semaines à Key West en 1955. Deux semaines, sous une canicule d'enfer, où se croiseront trois géants de la littérature: Tennessee William, Carson McCullers et... Françoise Sagan. Deux semaines durant lesquelles, un trouble s'inocule entre ces trois monstres sacrés.

Brigitte Kernel parvient, avec brio, à décortiquer la psychologie de ces trois personnages (quatre avec Frank Merlo). Elle impose par touches successives une tension crescendo où s'entrelacent intimité, sensualité, amours pluriels. De sa plume aiguisée, elle crée un environnement loin des cartes postales, où les coraux sont empreints de monstres et de légendes. C'est aussi, et surtout, un roman, un grand roman, sur la littérature et la nécessité d'écrire. Passionnant. Bref, un régal!

Céleste et Sagan, Pour l'amour de Proust, Jean-Claude Lamy

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Nous voici plongé dans une conversation imaginaire entre Céleste Albaret, la gouvernante et confidente de Marcel Proust, et Françoise Sagan, grande admiratrice du romancier, qui a trouvé son nom de plume dans La recherche et qui avoue lui devoir tant. Une autre manière de découvrir Sagan et de comprendre Proust. Jean-Claude Lamy parvient avec finesse à créer un dialogue inventé où tout est vrai. Point nécessaire d'être un connaisseur de ces deux auteurs pour se laisser porter par l'intelligence de la conversation. Surtout, ce tête à tête hors du temps révèle deux femmes qui vont se rencontrer, se reconnaître, à travers leur maître. Un régal!

 

 

Le bon coeur, Michel Bernard

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Nouveau coup force de Michel Bernard que nous avions déjà célébré pour son roman "Deux remords de Claude Monet". Le voici donc de retour avec "Le bon coeur" où il donne vie et lumière à... Jeanne d'Arc. Sujet "casse-gueule"? Certes! Mais l'auteur d'en sortir avec brio. De cette histoire, dont on croit tout connaître et qui a fasciné le monde entier, il en explore les chemins escarpés qui ont mené cette jeune paysanne jusqu'aux sommets. Un parcours jalonné de rencontres multiples. Ce n'est pas la révélation qui est ici disséquée, mais le comment. Comment Jeanne a-t-elle fait pour convaincre à chaque étape de lui donner les moyens de remplir la mission qu'elle s'est donnée? Comment sa personnalité s'est-elle construite?  Sans doute s'est-elle réalisée par le verbe qui, au-delà de l'action, s'est révélé verbe poétique et dès lors éloquent face au langage politique, intellectuel, abscons de l'Eglise et des gouvernants. On se laisse emporter par la plume limpide, cristalline, de Michel Bernard qui conjugue notre respiration à celle de Jeanne, qui marie les battements de nos coeurs à ceux de la petite fille des campagnes.  Et l'objectif du romancier de nous restituer la vie, dans sa simplicité, de cette jeune femme au prodigieux destin. Et l'écrivain de réveiller chez le lecteur l'émotion fragile du sentiment de l'aimer. Bref, un régal! 

Vie de David Hockney, Catherine Cusset

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Une plongée dans la vie d'une légende de la peinture contemporaine. Un hymne à la liberté d'être et de faire. La force dêtre et d'assumer ce qui nous a construit... Bref, Catherine Cusset réussit, dans un style ciselé et remarquable, à nous faire rencontrer David Hockney dans son génie (pas toujours reconnu), dans son époque (dont le virus est ultra présent), dans sa vie (dont l'humour et la dérision ne sont jamais absents). Un roman lumineux! Un roman où tout est vrai mais où trône l'intuition d'une auteure qui excelle dans l'autopsie des sentiments.

Né en 1937 dans le nord de l’Angleterre, David Hockney a dû se battre pour devenir un artiste. Il a vécu entre Londres et Los Angeles, traversé les années sida et secoué le monde de l’art avec une vitalité et une liberté que n'ont entamées ni les chagrins amoureux, ni la maladie, ni les conflits, ni le deuil. 

C'est donc l'histoire d'un p'tit gars qui va conquérir le monde en le peignant. C'est l'Angleterre, la profonde, qui rencontre l'Amérique de la côte ouest. Un portrait intime, émouvant, habité. Flamboyant! Magnifique! Et Catherine Cusset de creuser en toute discrétion son sillon dans le paysage littéraire. Bref, un régal!

La mise à nu, Jean-Philippe Blondel

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Bon, Jean-Philippe Blondel c'est le prince! Pas un roman que La XXVème heure n'a pas aimé! Et là encore de nous séduire avec "La mise à Nu" qui, d'une plume personnelle et délicate, analyse avec finesse ce moment délicat de la remise en question.

L'histoire? Celle de Louis Claret, un professeur vieillissant qui habite en province. Séparé de sa femme depuis quelques années, ses filles vivant désormais des vies très différentes de ce qu’il avait imaginé, il se laisse bercer par le quotidien. C’est sans réfléchir et pour remplir une soirée bien vide qu’il se rend au vernissage d’une exposition de peintures d’Alexandre Laudin - un ancien élève, jadis très effacé mais devenu une célébrité dans le monde artistique. Il ne se figure pas un seul instant à quel point ces retrouvailles avec Laudin vont bouleverser sa vie. La Mise à nu parle de ce qu’on laisse derrière soi, au bout du compte. Des enfants. Des amis. Des livres ou des tableaux... Jean-Philippe Blondel excelle dans l'art de l'impressionnisme du quotidien, du vivant. De sa plume intimiste, il ourle les phrases pour conter le charme délicieux d'une certaine mélancolie. Délectable, gracieux, subtil. Bref, un régal!