La XXVème heure

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Cher visiteur,

La XXVème heure est ce moment de grâce, où tout est naturel, où le présent se veut indicatif sans être conditionnel... et cet instant révèle des terres fertiles, entre le jour et la nuit, au rythme des mots, des phrases... du livre qui nous accompagne. Déjà hier s'est fondu parmi les ombres du passé, demain n'a pas encore surgi du futur. Vous avez découvert un espace intermédiaire où les affaires de la vie ne font pas intrusion; où l'instant fugitif daigne s'attarder pour devenir un vrai présent; un  lieu où le temps, lorsqu'il se croit à l'abri des regards, s'assied au bord du chemin pour reprendre son souffle.

C'est vrai, lire est un acte égoïste, une délectation solitaire. Mais on lit par amour! On tombe amoureux d'une histoire, des personnages, de l'auteur et enfin... de la littérature. Cette altesse à laquelle on donne rendez-vous chaque fois que l'on s'abandonne à un nouvel ouvrage. C'est là que se trouvent mes parfums d'enfance, mes joies, mes plaisirs, mes surprises... Plus que les Hommes, les livres m'ont construit. Je leur dois ma vision du monde et ce que j'en comprends. Les écrivains sont mes amis, leurs héros mes compagnons, leurs héroïnes mes secrètes maîtresses. 

Ces quelques chroniques disent ma gratitude. Je suis leur enfant tout à la fois rebelle et soumis. J'ai vécu leurs œuvres. Je me suis baigné sur une plage à Corfou avec Ulysse, j'ai marché dans Rome et au Lac de Côme avec Stendhal, navigué en mer et fait la guerre d'Espagne avec Hemingway, passé des matinées à Manosque avec Jean Giono, j'ai été Bel-ami et Rastignac, J'ai plongé dans le cœur des femmes avec Zweig et dans celui des Hommes avec Hugo... Quelques-uns aussi m'ont suivi partout, tandis que de nouveaux interpellent ma curiosité.

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La Chronique de Pascal: Le pays que j'aime, Caterina Bonvicini

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Ce petit bijou à la sauce italienne se dévore comme un conte de noël !

"Le pays que j'aime" est le roman de la ou les bourgeoisies italiennes et CATERINA BONVICINI orchestre avec brio les équilibres fragiles qui souvent nous échappent...

L'histoire? Valerio et Olivia grandissent ensemble dans la magnifique villa de la famille Morganti, à Bologne : Olivia est l’héritière des Morganti, de riches entrepreneurs du bâtiment, et Valerio est le fils du jardinier. Après avoir partagé une enfance de rêve, ils ne cessent de se séparer, de se retrouver, puis de se perdre de nouveau. Valerio suit d’abord sa mère à Rome quand celle-ci quitte son père. Plus tard, alors qu’ils sont étudiants, c’est Olivia qui part à Paris pour échapper aux disputes de son clan. Chacun d’eux est animé de forces centrifuges qui les empêchent de poursuivre leur relation, aussi sincère que burlesque. Valerio est ambitieux et poursuit le rêve de devenir magistrat, Olivia, elle, tente désespérément de trouver son chemin. Autour d’eux, c’est toute l’Italie berlusconienne qui tangue comme un bateau ivre et avance inexorablement vers un naufrage tragicomique. 
Le pays que j’aime parcourt l’histoire italienne récente, de 1975 à 2013, à travers le destin d’un couple, d’une famille et de toute une société. Les répliques fusent dans cette cruelle comédie à l’italienne, menée tambour battant.

Peu importe la vérité ou les secrets, c'est juste une question de narration et celle de CATERINA BONVICINI est délicate, subtile en compagnie de personnages inoubliables qui nous bluffent.

Odio, le cour naturel des choses n'a rien de poétique contrairement à ce qu'on imagine à 20 ans.

Bref, une véritable bouillotte d'émotions pour nous réchauffer au coeur de l'hiver.

Pascal Laurent

Filigranes Corner

Avenue Louis Lepoutre 21, 1050 Bruxelles

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1749 Miles, Fabienne Blanchut

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"Nous méritons toutes nos rencontres. Elles sont accordées à notre destinée". Sans doute Mauriac s'est-il penché sur l'épaule de Fabienne Blanchut, lorsqu'elle prit sa plume pour conter aux jeunes adolescents l'extraordinaire histoire de Ham et Joshua.

Rendez-vous imprévus, amitiés, providence, aléa... s'entrelacent dans cette incroyable aventure. Un sublime roman jeunesse, passionnant, intelligent, où se dévoile, en filigrane, Hannah More, morale sans être moraliste, "Il n'est pas tant important de tout savoir que de connaître la valeur des choses, d'apprécier ce que nous apprenons et de faire avec ce que nous savons"...

C'est donc le fabuleux récit d'une rencontre entre Ham et Joshua. C'est donc la véritable histoire de Ham, premier chimpanzé à avoir été envoyé dans l’espace et surtout, à en être revenu. A travers l’amitié qui unit ce singe d’exception et Joshua Shapiro, un héros fictionnel, l'auteur narre soixante années de l’Histoire des Etats-Unis, depuis la Conquête de l’Espace jusqu’à aujourd’hui.

Historienne de formation, férue de littérature "made in USA", Fabienne Blanchut "forward", "rewind", "replay", "flashback", conjugue anecdotes et faits réels pour livrer un premier roman dont la conclusion se révèle inattendue.

Car les petites histoires font aussi la Grande, voilà un livre in-dis-pen-sa-ble pour nos ados. Poignant, captivant, palpitant, porté par une plume ciselée et délicate... une totale réussite. Bref, un régal!

La chronique de Gérard: J'ai tué papa, Mélanie Richoz

La chronique de Gérard Collard - J'ai tué papa. Un régal!

Gérard Collard, La Griffe Noire, rue de la Varenne 4, 94100 Saint-Maur-des-Fossés. 

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Fahrenheit 451, Ray Bradbury

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Ce livre est une claque! Un pur chef-d'oeuvre d'anticipation qui résonne dans le présent comme une étrange prédiction...

451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s'enflamme et se consume. Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres, dont la détention est interdite pour le bien collectif. Montag, le pompier pyromane, se met pourtant à rêver d'un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l'imaginaire au profit d'un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement poursuivi par une société qui désavoue son passé.

Publié en 1953, voici donc un livre qui demeure incroyablement contemporain. Nous sommes projetés dans un monde où l'amour semble chose oubliée. Un monde de guerres larvées entre grandes puissances, de course aux armements, de peur du nucléaire, d'hommes déracinés. Une société où la violence demeure le seul exutoire au mal de vivre, composée de banlieues anonymes, de délinquance, où le progès ne sert plus le bonheur. Un monde où règne l'impérialisme des médias, où le décervelage est érigé en veau d'or.

«Il y a plus d'une façon de brûler un livre», mais la plus radicale consiste à rendre le peuple incapable de lire par atrophie de tout intérêt pour la chose littéraire, paresse mentale ou simple désinformation. Et Jean d'Ormesson de rejoindre Bradbury: "Aujourd'hui, on ne brûle pas encore les livres, mais on les étouffe sous le silence. Ce ne sont pas les livres d'adversaires, ce ne sont pas les idées séditieuses que l'on condamne au bûcher de l'oubli : ce sont tous les livres et toutes les idées. Et pourquoi les condamne-t-on? Pour la raison la plus simple : parce qu'ils n'attirent pas assez de public, parce qu'ils n'entraînent pas assez de publicité, parce qu'ils ne rapportent pas assez d'argent. La dictature de l'audimat, c'est la dictature de l'argent. C'est l'argent contre la culture".

Un roman d'anticipation qui résonne dans notre siècle comme un fable sombre. Fahrenheit 451 se dévore comme un thriller. A lire de toute urgence. Bref, un régal!

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Même les pêcheurs ont le mal de mer, Diane Peylin

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Coup de coeur pour ce roman de Diane Peylin qui nous entraîne sur les traces de trois hommes liés par une quête filiale, celle de l'amour. Que transmet un père? Comment cicatriser les plaies transgénérationnelles liées au silence, aux non-dits, aux secrets inavoués? Comment aimer lorsqu'on ne l'a jamais appris; lorsque les douleurs tues sont la normalité et les aveux interdits? Ce sont ces questions, et bien d'autres, qu'explore l'auteure dans cet ouvrage où se conjuguent âpreté, poésie, violence, délicatesse.

Nous sommes quelque part dans le sud, sur une île, où la terre est sèche et la mer féroce. A la mort de Rafa Orozco, le grand-père, sorte de géant au regard céruléen, inflexible, taiseux, dur comme de la roche, les souvenirs remontent. Ceux de Valente, le père, un indompté, veuf inconsolable. Ceux de Salvi, fils et petit-fils, qui a fui vers le continent, pour tenter de trouver mieux qu'un destin de pêcheur et oublier des valeurs morales qu'il exècre. Mais on n'échappe pas à son histoire...

Diane Peylin orchestre avec maestria ce voyage au coeur d'un labyrinthe familial où les Orozco, tour à tour, se confient. Elle explore l'âme de ces hommes. Et, de sa plume, leur donne les mots pour confier ce qu'ils ne peuvent exprimer. Se dévoilent les paysages, les embruns, les odeurs... en filigrane: les femmes et leurs mystères; un lourd, très lourd, secret; le passé et ses résonnances... Bref, un régal!

Même les pêcheurs ont le mal de mer, Diane Peylin

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La Chronique de Lydie : Un mariage contre nature, Alice Hoffmann

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Rachel est une jeune fille vraie, entière, bien vivante qui ne se laisse pas faire. Pourtant, très jeune, elle se marie avec le mari de sa sœur qui est veuf, trois enfants, qui lui en fera quatre et la laissera veuve à son tour.

Mais la véritable histoire de Rachel commence quand elle rencontre Frédéric.

Nous sommes en 1824 sur une Île des Caraïbes, île de lumière et de vie ! Noirs et Blancs sont amis, s’entraident et s’aiment aussi (en cachette !). De ces liaisons naissent des enfants. Et le mystère commence ou plutôt, s’épaissit.

Ah oui, j’ai oublié de vous dire que Rachel et Frédéric s’aiment d’un amour fou ! Dont naîtront quatre enfants, notamment Camille Pissarro… !

Ce roman m’a transportée !

Si on met le nez dedans, le dimanche est fichu !

Foi de Lydie !

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Lydie Zannini

Librairie du Théâtre Zannini

8, cours de Verdun
01000 BOURG-EN-BRESSE

 

La Petite Librairie... Meilleure émission littéraire!

La XXVème heure participe dorénavant à l'excellente émission "La Petite Librairie", de Gérard Collard. La meilleure émission littéraire de la toile et du PAF... Présentation de Barcelona, Grégoire Polet. Bref, un régal!

(Emission littéraire) La Petite Librairie #3

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Le cri, Nicolas Beuglet

La chronique de Gérard Collard - Le cri

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Ce qu'elle ne m'a pas dit, Isabelle Bary

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Si Philippe Grimbert, psychanalyste, considère que "Tout souvenir est fiction, récit imaginaire dont nous sommes les auteurs, bousculant lieux et dates, et c'est sur cette fiction que nous nous construisons, plus sûrement que sur la réalité des faits"; Isabelle Bary souligne que "ce n'est pas la réalité qui cause nos pires cauchemars, mais l'écart qui sépare cette réalité de la fièvre de notre imaginaire". Et c'est bien la confrontation à cette réalité qu'explore l'auteur de Zebraska dans son dernier opus Ce qu'elle ne m'a pas dit. L'histoire de Marie, confrontée à son passé enfoui dans un carnet bleu, sésame identitaire, qu'elle n'ose ouvrir autrement que succinctement, tant la peur génère la lenteur nécessaire à la vérité. Dans ce carnet, l'histoire d'un secret: celui de la mort de ses parents, la source de ses angoisses...

Sous forme d'un roman choral, c'est Marie et son histoire que dévoile par petites touches, Isabelle Bary. Qui est-elle cette quadra, symbole de son temps, dont l'esprit amérindien coule dans les veines. Avec Alex, son mari, et Nola, leur fille de seize ans, ils forment une famille bobo: un boulot accaparant, une vie sociale bien remplie, un chien, des cris, des fous rires, des impertinences d’ado, un peu d’herbe fumée en cachette. Banal...

Mais ça, c’était avant. Avant qu'un incident ne trouble la jeune femme et fasse remonter à la conscience, les questions du passé. Un passé lourd, tu, aux apparences violentes. Voici longtemps, ses parents sont décédés au Canada dans un accident de voiture dont l'origine demeure nébuleuse. Elevée par sa grand-mère, Mamysusy, les parents sont restés un sujet tabou. Inabordable. Mais au dècès de celle-ci, elle hérite d'un étrange dossier bleu. Contient-il son histoire familiale? La vérité sur ses origines? l'explication de l'accident? Les raisons de son orphelinage? Et que deviendra son présent, son futur, lorsque la vérité aura éclatée? Face à ses doutes, Nola l'incitera à faire la lumière, pour le meilleur ou pour le pire...

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Suivant les réflexions de chaque protagoniste, l'auteur tisse la toile de cette saga familiale. Disséquant l'évolution intime de chacun, elle déroule, en parfaite Ariane, le fil de la vérité au coeur d'un labyrinthe qui s'est construit sur deux continents. Et le lecteur de plonger dans les forêts canadiennes, de se confronter à la vie sauvage, au choix d'une autre existence et au danger de défendre ses idéaux.

L'art d'Isabelle Bary consiste à bâtir un récit où se conjuguent légèreté et profondeur, arguant que le seul chemin heureux est celui d'un sobriété insouciante teintée d'une douce simplicité. Et de conduire Marie et Nola sur le chemin de la réconciliation par un étonnant subterfuge.

En filigrane: l'amour, le temps qui passe, la sensualité, la confrontation des espaces,...  

Au rythme d'un suspense, la plume se révèle fluide et élégante, alterne les styles pour dévoiler des vérités tant personnelles qu'universelles.

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