La XXVème heure

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Cher visiteur,

La XXVème heure est ce moment de grâce, où tout est naturel, où le présent se veut indicatif sans être conditionnel... et cet instant révèle des terres fertiles, entre le jour et la nuit, au rythme des mots, des phrases... du livre qui nous accompagne. Déjà hier s'est fondu parmi les ombres du passé, demain n'a pas encore surgi du futur. Vous avez découvert un espace intermédiaire où les affaires de la vie ne font pas intrusion; où l'instant fugitif daigne s'attarder pour devenir un vrai présent; un  lieu où le temps, lorsqu'il se croit à l'abri des regards, s'assied au bord du chemin pour reprendre son souffle.

C'est vrai, lire est un acte égoïste, une délectation solitaire. Mais on lit par amour! On tombe amoureux d'une histoire, des personnages, de l'auteur et enfin... de la littérature. Cette altesse à laquelle on donne rendez-vous chaque fois que l'on s'abandonne à un nouvel ouvrage. C'est là que se trouvent mes parfums d'enfance, mes joies, mes plaisirs, mes surprises... Plus que les Hommes, les livres m'ont construit. Je leur dois ma vision du monde et ce que j'en comprends. Les écrivains sont mes amis, leurs héros mes compagnons, leurs héroïnes mes secrètes maîtresses. 

Ces quelques chroniques disent ma gratitude. Je suis leur enfant tout à la fois rebelle et soumis. J'ai vécu leurs œuvres. Je me suis baigné sur une plage à Corfou avec Ulysse, j'ai marché dans Rome et au Lac de Côme avec Stendhal, navigué en mer et fait la guerre d'Espagne avec Hemingway, passé des matinées à Manosque avec Jean Giono, j'ai été Bel-ami et Rastignac, J'ai plongé dans le cœur des femmes avec Zweig et dans celui des Hommes avec Hugo... Quelques-uns aussi m'ont suivi partout, tandis que de nouveaux interpellent ma curiosité.

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La Petite Librairie, Tome VI

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Nouveau chapitre de La petite Librairie, la meilleure émission littéraire du PAF et de la toile... Comment parler des livres sans se prendre la tête ou la littérature dans tous ses états. Retrouvez les chroniques de Gérard Collard, Fred, Marie, Jean.... et... votre serviteur.

 

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Coup de coeur:

Les vies multiples d'Amory Clay,

William Boyd, Point 

 

 

 

 

 

 

 La Petite Librairie#6

 

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Premières neiges sur pondichéry, Hubert Haddad

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Un magnifique enchantement... un petit bijou que ce roman qui conte le voyage de Hochéa Meintze, violoniste virtuose, fervent de musique klezmer autant que du répertoire classique, qui accepte l’invitation d’un festival de musique carnatique à Chennai, en Inde du Sud. Blessé dans sa chair par un attentat, c’est avec l’intention de ne plus revenir qu’il quitte Jérusalem.

Comme aimanté par les circonstances, après une cahotante équipée qui le mène de Pondichéry à la côte de Malabar, en passant par un ranch de montagne aux frontières du Kerala, il trouve refuge à Fort Cochin, un soir de tempête, au sein de l’antique synagogue bleue. Parce que la grande prière exige un minyan, quorum de dix fidèles, ceux qui sont encore là supplient Hochéa d’être des leurs. Avec la promesse de lui raconter l’histoire ancestrale des juifs de Kochi…
Porté par les figures de Samra, sa fille adoptive, et de Mutuswami, la jeune musicienne qui le guide et l’accompagne, Hochéa s’en remet à un enchaînement de hasards, quitte à affronter une part occultée de sa vie – et l’intuition d’un autre monde, d’une autre histoire, d’un autre exil.
En un tour de force romanesque, Premières neiges sur Pondichéry nous plonge dans un univers sensoriel extrême, exubérant, heurté, entêtant, à travers le prisme d’un homme qui porte en lui toutes les musiques du monde, et accueille l’inexorable beauté de tous ses sens.

Erudit, ambitieux, subtil... Bref, un régal!

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La chronique de Lydie: Joie, Clara Magnani

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Gigi, 70 ans, cinéaste, vient de mourir d’une mort rapide. Elvira, sa fille, accourt. En rangeant le bureau de son père, elle trouve un manuscrit de sa main. Inachevé, celui-ci l’intrigue. Elvira pense d’abord à la trame d’un film, avant de comprendre qu’il s’agissait de l’histoire d’amour qu’il vivait depuis plus de 4 ans… Gigi y raconte l’histoire d’amour qu’il vivait avec une femme beaucoup plus jeune que lui : Clara, une journaliste belge de 47 ans. Amour compliceamour total, alors que chacun d’eux est marié et amoureux de son conjoint. C’est justement cet amour qui ne demande rien et qui n’a rien à prouver qui est magnifique à vivre. Mature Love, tel est le nom donné à cet amour par Gigi. Et cette histoire « Mature » se fait l’écho de ces amours soi-disant impossibles après 60 ans.

Livre sublime, rare, écrit dans un style vivant, sans donner de leçons.

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Lydie Zannini

La librairie du théâtre

8 Cours de Verdun

01000 Bourg-en-Bresse

France

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A livre ouvert, William Boyd

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Une fresque gigantesque, passionnante, qui capte dès les premières lignes. Quelque 500 pages foisonnantes où se bousculent les adjectifs: génial, jouissif!

L'histoire? Né d'une mère uruguayenne et d’un père anglais, l’écrivain et critique Logan Mountstuart (1906-1991), héros du huitième roman de William Boyd, est, à en croire son géniteur, un curieux personnage dont la réussite a consisté à se trouver là où il le fallait quand il le fallait durant la majeure partie du XXe siècle. Collégien précoce, dévoré d’ambition à Oxford, il connaît le succès littéraire à vingt-cinq ans, troque son aristocrate d’épouse contre le vrai grand amour. Dès lors, sa vie prend des allures de montagnes russes : la guerre civile en Espagne, le conflit mondial dans les renseignements sous la houlette de Ian Fleming, la prison pour espionnage en Suisse, les milieux d’art new-yorkais, les tragédies familiales, la déchéance, la pauvreté, l’oubli, avant la fin presque paisible dans le sud de la France. Les bonheurs simples comme les chagrins ravageurs, les multiples rencontres, de Hemingway à Picasso, du duc de Winsor et sa redoutable duchesse à la non moins vengeresse Virginia Woolf, toute cette vie exubérante, LMS nous la livre par le truchement de ses carnets intimes rédigés pendant sept décennies. Une fausse autobiographie ? Un journal fictif ? Plutôt un roman magnifique de vraisemblance où l’auteur prête sa voix à son héros avec virtuosité de ventriloque et se plaît à mêler la réalité et l’invention , pour le plus grand plaisir du lecteur.

Sans doute l'un des meilleurs romans de Boyd qui se révèle magistral, ambitieux, terriblement original et émouvant!

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La chronique de Lydie: Article 353 du Code Pénal, Tanguy Viel

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Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d'être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l'ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec. Il faut dire que la tentation est grande d'investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu'il soit construit.

Martial Kermeur vit donc à Brest. Avec son chômage. Et sa prime de licenciement. Tentation d’acheter un bateau, ou un appartement. Mais le destin en décide autrement. Antoine LAZENAC, promoteur immobilier, va s’incruster en ville et diffuser son venin… Quelle sera la réaction du village ?

Tanguy Viel développe un style remarquable teinté de descriptions fouillées, d'une analyse aiguisée des personnages. Une véritable autopsie de notre société.

GÉNIAL !!!

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Lydie Zannini

La librairie du théâtre

8 Cours de Verdun

01000 Bourg-en-Bresse

France

La chronique de Gérard: SS-GB, Len Deighton

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ENORME, ENORME, ENORME! Voilà des années que j'attendais cela: la réédition de ce roman qui a été l'un de ceux qui m'ont fait aimer les livres et devenir libraire ! Un éditeur ne pouvait me faire plus beau cadeau ! Il y a tout dans ce polar: espionnage, suspense, originalité et tout le courage et la bassesse humaine! Surtout, il y a la redécouverte de cet immense auteur injustement oublié.

Nous sommes en Angleterre, 1941. Londres est occupé par l’armée nazie.Churchill est mort, le roi George croupit au fond d’une cellule et la loi martiale terrorise le pays. Douglas Archer, commissaire à Scotland Yard, se voit confier une enquête de la plus haute importance : le Dr Spode, brillant physicien qui travaillait pour les nazis, a été assassiné et retrouvé avec d’étranges brûlures sur les bras. Et si ce meurtre était le signe avant-coureur de bouleversements autrement plus graves ? Et si le monde était sur le point de changer pour toujours ?…  

Len Deighton, né en 1929, est un historien, écrivain britannique, auteur de nombreux romans d’espionnage. Ecrit en 1978 , SS-GB, demeure un classique de l’uchronie, à (re)découvrir d’urgence!

NE VOUS POSEZ PAS DE QUESTION ... FONCEZ ET LISEZ LE !!!!

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Gérard Collard

La Griffe Noire

4 , Rue de la Varenne 

94100 Saint-Maur-des-Fossés

France

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La Petite Librairie, Tome V

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La meilleure émission littéraire du PAF et de la toile... avec La XXVème Heure! Comment parler des livres sans se prendre la tête ou la littérature dans tous ses états.

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Coup de coeur: 1749 Miles, Fabienne Blanchut, aux éditions De Plaines en Vallées

 

 

La Petite Librairie #5

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La chronique de Pascal: Le bal mécanique, Yannick Grannec

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INCONTOURNABLE ! Un siècle, une famille, l’Art et le temps.

Nous sommes un soir de 1929 et la prestigieuse école du Bauhaus, à Dessau, donne un bal costumé. C’était avant que les nazis ne dévorent l’Europe, c’était un temps où l’on pouvait encore croire au progrès, à l’Art et au sens de l’Histoire. Pendant ce bal, une jeune femme, Magda, danse, boit et aime.

Quel rapport avec Josh Shors, animateur à Chicago d’une émission de téléréalité dont le succès tapageur mêle décoration d’intérieur et thérapie familiale ? Quel rapport avec son père, Carl, peintre oublié qui finit sa vie à Saint-Paul-de-Vence, hanté par les fantômes de la guerre de Corée et les mensonges d’une enfance déracinée ? Quel rapport avec Cornelius Gurlitt, cet homme discret chez qui on a découvert en 2012 la plus grande collection d’art spoliée par le IIIe Reich ? Quel rapport avec le marchand d’art Theodor Grenzberg, qui poursuit sa femme, Luise, dans la folle nuit berlinoise ? Quel rapport avec Gropius, Klee, Rothko, Marx, Scriabine, l’obsession de la résilience et Ikea ?

Un roman choral ambitieux, curieux, intelligent, sensible...

A travers ses mots (ou maux), Yannick Grannec se révèle grande architecte en orchestrant brillamment l'art en général: l'art d'être ou ne pas être soi en particulier, l'art de la manipulation, l'art de la guerre intime ou collective, l'art de bouger les meubles au propre comme au figuré.... Du grand art afin de mettre en lumière le chaos familial qui est notre trame commune.

Pascal Laurent

Filigranes Corner

Avenue Louis Lepoutre 21, 1050 Bruxelles

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Au hasard de la Rentrée hiver 2017

Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe, Donal Ryan, Albin Michel.

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Auteur que la XXVème Heure avait déjà largement célébré pour son premier opus Le Cœur qui tourne, l’écrivain irlandais confirme avec ce second roman grave et singulier, portrait de l’Irlande d’aujourd’hui et récit bouleversant d’un homme qui ne trouve pas sa place. Jeune paysan naïf et solitaire, Johnsey vit à l’écart du monde. Il travaille à la coopérative du village, avec sa famille pour seul lien. À la mort de ses parents, il hérite de leur ferme, éveillant aussitôt la jalousie de la communauté.  Et lorsqu’un consortium promet la prospérité au village en échange du rachat de ses terres, Johnsey refuse. Il devient dès lors un ennemi aux yeux des villageois, qui lui déclarent la guerre… Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe raconte, au jour le jour, le combat d’un homme seul qui tente par tous les moyens de trouver un sens à sa vie dans un monde qui en est dénué. Donal Ryan livre au passage une formidable critique de la société moderne et du matérialisme qui vient à bout de toutes les valeurs et de tous les idéaux. 

L'amant noir, Etienne de Montety, Gallimard.

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L'histoire de Fleurus, lieutenant qui se pique d’écriture, sur vingt-cinq ans. Dans une épopée haletante qui le mènera de la Turquie à Paris, en passant par le Maroc, cet enfant bien né et perdu parvient au carrefour de sa vie. La première guerre est terminée mais se poursuit sur un autre front, car il faut réapprendre à vivre. Comment peut-on rester debout après s’être couché sous les balles ?L’antihéros préfère s’allonger sur les nattes des fumeries d’Istanbul – alors Constantinople. À la fois faible, victime de ses passions et centré sur lui-même, loin de ses racines et repères, il s’adonne à l’opium. L’« amant noir » lui permet un temps de ne pas succomber au hüzün, cette mélancolie des bords du Bosphore. Fleurus sera-t-il guéri par Artémis, femme qui n’est pas son genre ? Par la vie littéraire et mondaine où le lecteur s’endort avec lui, au petit matin, sur une mauvaise banquette de Montparnasse ? Étienne de Montety signe avec L'Amant noir un roman de fièvre et de ferveur. Qu'est-il allé chercher dans ce sombre héros, qui se perd dans la drogue et ne trouve de sens à la vie que dans les anthologies de poètes ? Un double de l'écrivain, en version satanique ? Un autre moi, un frère d'armes, perdu et malheureux ? Avec Fleurus, le romancier poursuit une quête en direction des mondes inquiétants qu'il affectionne, où les interdits, la transgression, agissent comme des aimants et forcent à reculer les limites. Dans un style à la fois maîtrisé et inspiré, étrangement apte à saisir les forces obscures, l'auteur se risque aux confins de la nuit.

Peggy dans les phares, Marie-Eve Lacasse, Flammarion

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 *« Elle est grande, mince et brune. Elle a des gestes, un caractère, une dégaine. » Ainsi Françoise Sagan décrit-elle Peggy Roche, dans un article paru en 1987(1) . Ailleurs : « Une dégaine de femme fatale et des pudeurs d'adolescente, la colère prompte mais le coeur sur la main, l'oeil distrait mais un regard de lynx. » Portraits précis, lapidaires - des mots nets comme des traits de crayon traçant sur la page blanche une silhouette ferme, élégante, impeccable. Peggy Roche fut pourtant, pour Sagan, bien plus qu'un profil esquissé. Une compagne, une amie, une épaule, un fol amour, plus de quinze années durant - mais comme se tenant dans l'angle mort de l'image chatoyante et rabâchée de la Sagan publique. Jamais, en effet, les deux femmes ne s'affichèrent en couple. Elles reposent à présent toutes deux au cimetière de Seuzac, près de Cajarc, berceau de la famille Sagan, mais le nom de Peggy Roche ne figure pas sur la sépulture de pierre, demeurée anonyme. Insaisissable Peggy Roche, à qui Marie-Ève Lacasse consacre aujourd'hui ce joli roman-portrait qui tente de l'attraper, d'en pénétrer le coeur et les pensées, Peggy dans les phares. Emettant, pour ce faire, de séduisantes et convaincantes hypothèses. Retraçant tantôt à la troisième personne, tantôt en donnant voix à Peggy, l'odyssée du singulier binôme que formèrent les deux femmes, auscultant leur relation amoureuse symbiotique - « J'analyse le monde avec tes souvenirs et ta manière d'habiter la vie. Je suis traversée par tes pensées obsédantes » - qui n'avait nul besoin du regard des autres pour exister et, au fil des années, dépasser « l'euphorie originelle » de la rencontre et des premiers instants, pour toujours se consolider, en puisant dans la durée une force, une solidité, une réciprocité sans faille. Mannequin, puis rédactrice de mode et styliste, femme ambitieuse et stoïcienne, Peggy Roche aurait rencontré Sagan pour la toute première fois en 1955, peu après la parution de Bonjour tristesse, propose Marie-Eve Lacasse. Leur relation amoureuse se noua bien plus tard, et dura près de vingt ans, jusqu'à la mort de Peggy, en 1991.  

(1) Chroniques 1954-2003, éd. Le Livre de Poche.

* Télérama 

Johnny porter et le secret du Mammouth Congelé, Lionel Davidson, Belfond.

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Un laboratoire clandestin perdu en Sibérie, un scientifique soviétique qui joue les apprentis sorciers avec le cadavre d'une femme vieille de quarante mille ans, un Indien du Canada en mission pour la CIA... Une course-poursuite aux confins de la taïga gelée sur fond de guerre froide et de délires staliniens...

Dans cet ultime roman, paru en 1994 outre-manche, Lionel Davidson croise une aventure en terres étranges et hostiles avec un passionnant roman d'espionnage. Le lecteur s'accroche à de vrais héros de la trempe de ceux qu'on peut encore trouver chez Stevenson ou Kipling...