Avec "Rose", Tatiana de Rosnay explore les méandres du passé

derosnay1PARIS - Assise à la terrasse d’une célèbre brasserie qui fit les beaux jours des années folles, elle attend. La posture est droite, aristocratique. De sa longue silhouette émane une discrète élégance modiglianesque. Un certain raffinement teinté de sobriété. Le geste est contrôlé. La voix haut perchée. Si Tatiana de Rosnay s’exprime avec parcimonie, le ton demeure un subtil mélange de douceur et de fermeté.

Fildefériste de l’instant, l’auteur d’Elle s’appelait Sarah demeure suspendue, analyse, choisit ses mots,… pour conter Rose. L’histoire d’une sexagénaire qui, à l’automne de sa vie, mène son dernier combat.

Selon Virginia Woolf : Tous les secrets de l’âme d’un auteur sont gravés dans son œuvre. Peut-on vous lire de la sorte ?

“Il ne faut pas confondre l’écrivain et son œuvre. Néanmoins, je suis fascinée par les personnages qui ne se livrent pas, demeurent cachés à l’ombre des apparences et ne montrent pas leurs failles.”

C’est le cas de Rose, mais de tous les protagonistes du roman…

“Bien entendu, chacun véhicule sont lot de mystères. Si je n’en dévoile rien ou peu, les suppositions demeurent. C’est ce qui les rend intéressants.”

Comme Racine, pensez-vous qu’il n’est point de secret que le temps ne révèle ?derosnay2

“Ce n’est pas le temps, mais la curiosité de l’âme humaine qui permet de les percer.”

Vous êtes donc curieuse…

“Énormément ! Je passe plus de temps à poser des questions qu’à me raconter.”

N’est-ce pas une manière de vous cacher ?

“Sans doute ! Surtout, c’est le fruit de mon éducation à l’anglaise. On n’échappe pas à ce qui vous a construit.”

La fragilité de la vie est un thème central de vos romans. De quoi avez-vous peur ?

“L’idée que tout peut basculer en une minute m’effraye. Cette thématique est très présente dans La mémoire des murs, mon ouvrage le plus noir. J’y explore la perte d’un enfant, le déséquilibre, le destin. Expérience d’auteur difficile. C’est un livre essentiel, dont Rose tire également ses racines.”

Vous rendez hommage à la littérature que Rose découvre au travers d’Emma Bovary. Que représente-t-elle pour vous ?

“Une sorte d’avant-garde féministe. Surtout, Madame Bovary demeure une éblouissante analyse de la passion, des sentiments, de l’ambition, de la douleur, de la mort…”

Interview > Didier Debroux

 

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