Agnès Michaux plonge au cœur de la tragédie des Romanov

michaux2BRUXELLES - Printemps 1918, Ivan, jeune soldat, escorte le tsar Nicolas II et sa famille vers leur dernière demeure, une cave d'Ekaterinbourg, théâtre sanglant de leur exécution. Sur les traces de l'exil, l'auteur décrypte l'âme d'un peuple et la nostalgie d'un monde qui s'évanouit. En filigrane, elle explore les arcanes de l'intime, de la passion.

La trame historique, prétexte à un grand roman d'amour ?

"Amours au pluriel ! Amour filial, entre hommes et femmes, mais également de la patrie et de la terre. Tous les personnages sont liés par des idéaux universels exacerbés par la présence permanente de la mort. C'est aussi l'heure des bilans : comment avons-nous aimé ?"

Vos personnages sont marqués par le doute. Les certitudes vous rendent-elles méfiante ?

"Je crois plus en l'évidence qu'aux certitudes. Certaines personnes, certains lieux s'imposent naturellement. Si les hommes font l'Histoire, celle-ci peut bouleverser leur vie. Avec les Romanov, c'est un monde qui disparaît. Débute alors une période floue où se confrontent convictions, insécurité, espoir... donc, doutes."

Vous présentez un tsar désorienté et fragile...

"Comment diriger le plus grand pays du monde quand on est simplement un homme ? Nicolas a dû se construire malgré le mépris de son père Alexandre III. J'ai beaucoup de tendresse pour lui. Il a embrassé son destin par obligation. Il s'est consacré à sa famille et au tsarévitch, son fils hémophile."

Il y a un magnifique face-à-face entre Nicolas et son gardien.

"J'ai pleuré en écrivant cette scène. Chacun voit dans le regard de l'autre la véritable noblesse. De conditions opposées, ils se découvrent des valeurs communes."michaux1

Vous citez Tolstoï : Le passé ne peut servir d'idéal, seul le futur est porteur. Votre philosophie ?

"Tolstoï souligne l'erreur politique du tsar de s'enfermer dans l'autocratie. Je pense qu'il faut connaître son passé pour vivre son présent et construire son futur."

Votre roman exalte l'idéalisme. Est-ce un trait personnel ?

"Chaque personnage porte des valeurs auxquelles je suis attachée et j'aime croire que l'existence peut être diverse. Idéaliste ? Je recherche surtout la plénitude : ce sentiment d'être à ma place, sans égoïsme ni égocentrisme."

Vous écrivez que Le lien inexorable entre tous les hommes, c'est le malheur...

"Sans être manichéenne, je crois au bien et au mal. On tente de construire une fraternité sur des bases heureuses alors que l'expérience commune à tous les hommes c'est le malheur : la perte, la mort. C'est elle qui permet de créer une certaine solidarité."

Yvan, n'est-ce pas un peu vous ?

"Yvan, c'est l'humanité comme je la rêve. Et l'idée de mourir en pensant à une seule personne m'est assez douce..."

Interview > Didier Debroux

 

Agnès Michaux, Le témoin, Flammarion.