guenassiaPour Jean-Michel Guenassia, "l'optimisme est l'élégance des désespérés"

Nous nous sommes rencontrés, un jour d’été 2009. Jean-Michel Guenassia n’était pas encore le « bankabble » qui quelques mois plus tard remportait le Goncourt des Lycéens. Je l’intriguais : moi, cet étrange Bruxellois qui avait fait le voyage jusqu’à Paris pour le rencontrer lui, qui n’était encore qu’un inconnu publiant son premier roman au crépuscule de la cinquantaine. Force est d’avouer que ma motivation était liée à un réel coup de cœur. Depuis Grégoire Polet et « Leurs vies éclatantes », rien ne m’avait autant emballé. Excepté, peut-être, Philippe le Guillou et son « Bâteau brume » qui, en plus, surfait sur la même vague. Mon flair ne m’avait pas trompé car les libraires affichaient ce « Club des incorrigibles optimistes » comme un étendard !  Bref, cette curiosité m’avait embarquée dans un TGV direction les bureaux « version loft post moderne » de chez Albin Michel.

guenassia2Œil vif, regard translucide qui observe le monde avec curiosité, Jean-Michel Guenassia savoure son bonheur. Il analyse, joue avec les silences, slalome entre l'intime et l'absolu; s'emballe lorsqu'il évoque les aléas de l'Histoire, se passionne pour les détails ; sourit à l'évocation de son roman... gigantesque fresque qui conte une famille française à travers les trente glorieuses.

Michel, le narrateur, adolescent solitaire, y découvrira le poids de la mémoire, la difficulté d'être. Il sera confronté à la guerre d'Algérie, au rock'n'roll, à la lutte des classes. Il croisera Sartre et Kessel dans un bistrot où se réunit une bande d'exilés d'Europe de l'Est. Et, au cœur de ce chaos, réalisera son éducation sentimentale.

Phénomène de la rentrée, comment vivez-vous un tel succès ?

"Ce n'est jamais attendu ! Il s'agit de mon premier roman publié à... 59 ans. En l'écrivant, j'ai simplement voulu me faire plaisir. Je désirais un livre foisonnant et non linéaire. J'ai posté mon manuscrit. Et puis voilà... Donc, il ne faut cesser d'y croire !"

Votre manière d'être optimiste ?

"Vous savez, l'optimisme c'est l'élégance des désespérés."

À l'instar des membres de votre club...

"Ce club est fréquenté par une bande d'individus aux accents de l'Est. Ils ont choisi la liberté en abandonnant tout. Leur seule certitude : être vivant. À l'inverse de Sisyphe, l'optimisme n'est pas pour eux une raison d'être heureux, mais un moyen d'affronter la réalité."

Comment avez-vous élaboré un tel roman choral ?

"Six ans de travail, dont une année à échafauder le plan pour accorder une multitude de personnages et de thèmes. Cette abondance donne au récit son souffle romanesque."

Est-ce pour cette raison que votre style demeure très fluide ?

"J'aime l'idée de Tchekhov qu'il faut supprimer tout mot inutile. Le style est au service de l'histoire et non l'inverse. C'est une vision très cinématographique."

Le passé est un thème fort. Comment se construire sans racines ?

"Souvent, dans une famille, on cohabite sans se connaître. On grandit avec des silences et on se construit avec des béquilles. Ensuite, on survit."

Vous intégrez chez les Marini une dimension politique...

"Ils sont un mélange de bourgeois et d'ouvriers. Être de gauche signifie vouloir le bonheur universel. Être de droite consiste à penser d'abord au bonheur des siens. Ces deux visions s'opposent au sein du clan Marini et entraînent sa décomposition."

À l'inverse peut-on recomposer une famille en exil ?

"Non. Mais les membres du Club vont se fréquenter malgré leurs affrontements. Ils sont copains de misère."

Interview > Didier Debroux (DH sept 2099)