pessan2Eric Pessan sonde avec pudeur l’âme humaine

L’histoire est simple. Enfin, en apparence. Un train, un homme au bout du rouleau qui regagne son domicile nantais où l’attend un paquet d’“emmerdements” qu’il avait fuis durant quelques mois à Nicosie. Soudain, en rase campagne, survient un  incident de personne . Bloqué dans ce wagon, il entame alors un dialogue particulier avec sa voisine. Une jolie inconnue. Entrelacement du je et du vous. Il lui parle d’enfance, de solitude, de son existence ténébreuse à laquelle il n’oppose plus aucune révolte. Il s’épanche, dialogue, soliloque… Eric Pessan livre un ouvrage à clés servi par une écriture ciselée, élégante, retenue. Un voyage entre l’intime et l’absolu.

Votre roman pose beaucoup de questions. Quelle en fut l’inspiration ?

“J’ai été plusieurs fois confronté à ce que la SNCF appelle pudiquement un incident de personne; à savoir un suicide sur les voies. Comme le narrateur, j’ai longtemps travaillé dans des ateliers d’écriture, ces lieux où l’animateur devient le confident privilégié d’histoires fortes, joyeuses, dramatiques, liées à l’intime ou à l’universel. Le livre trouve son origine dans cette empathie et pose les questions : que fait-on de ces confessions ? Quelle écoute y accorde-t-on ?”

 

Le livre présente de multiples portes d’entrée…

“En effet. Partant d’éléments concrets, de détails parfois, le narrateur s’interroge sur de nombreux sujets importants : l’identité, les sans-papiers, les guerres, le suicide, le sens de la vie, l’amour, la culpabilité…”

La culpabilité, n’est-ce pas le centre de ce roman ?

“Surtout la culpabilité d’être un fils. Le narrateur n’est pas arrivé par hasard dans les ateliers d’écriture. Il a toujours porté les existences des autres : celle de sa famille, de sa mère en particulier.”

À travers les histoires d’autrui, il fuit donc la sienne…

“Il est en lutte contre une partie importante de son héritage. S’immerger dans l’histoire des autres lui évite effectivement de plonger dans la sienne.”

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Donc, empathie ou égoïsme ?

Sans doute les deux. C’est une question de survie.”

Mais pourra-t-il toujours s’éviter lui-même ?

“Non. Se pose alors la question ultime : est-il possible de vivre ? Ne vaut-il pas mieux choisir la mort ?”

Vous présentez d’ailleurs le suicide comme un acte de liberté…

“Pour cet homme qui n’a jamais pu sortir de son histoire personnelle, qui a toujours été l’instrument des autres, disposer de son existence est un acte de liberté.”

Et non de lâcheté ?

“Du point de vue humaniste, oui ! Pourtant, c’est une question complexe qui n’a pas de réponse. En fait, je suis un agnostique du suicide.”

Finalement, pourra-t-il être sauvé ?

“En acceptant de se raconter, il finit par affronter ses démons. En se confiant à cette inconnue, il commet un acte de rédemption et probablement d’acceptation.”