kennedy2Bon, Douglas Kennedy, je me méfiais. Une certaine appréhension par rapport au "story teller", au "page turner", au Marc Levy version intello... Bref, autant de préjugés à surmonter. Entendons-nous, je ne suis pas de ceux qui crachent sur les auteurs qui vendent. Au contraire! Tant Levy que Musso ou de Rosnay sont d'excellents conteurs. Rien ne sert d'y chercher Flaubert, Hugo ou Proust. Et puis, grâce à eux, des millions de personnes lisent. Et ça, c'est un argument imparable en leur faveur. Oh lalala, voilà que je m'éloigne... Et encore. Enfin, bon, soit, revenons à Kennedy. Par où aborder cet écrivain? Je  me suis laissé guider par les conseils d'une inconditionnelle... "Pas une seconde d'hésitation", dit-elle, "A la poursuite du bonheur"! J'ai donc craqué et me suis lancé dans la lecture de ce "volumineux" opus.

Dans l'Amérique de l'après-guerre minée par ses contradictions, des années noires du maccarthysme à nos jours, La Poursuite du bonheur nous plonge au coeur d'une histoire d'amour teintée d’absolu. Manhattan, Thanksgiving 1945. Artistes, écrivains, musiciens... tout Greenwich Village se presse à la fête organisée par Eric Smythe, dandy et dramaturge engagé. Ce soir-là, sa soeur Sara, fraîchement débarquée à New York, croise le regard de Jack Malone, journaliste de l'armée américaine. Amour d'une nuit, passion d'une vie, l'histoire de Sara et Jack va bouleverser plusieurs générations. Un demi-siècle plus tard, à l'enterrement de sa mère, Kate Malone remarque une vieille dame qui ne la quitte pas des yeux. Coups de téléphone, lettres incessantes... Commence alors un harcèlement de tous les instants. Jusqu'au jour où Kate reçoit un album de photos... La jeune femme prend peur : qui est cette inconnue? Que lui veut-elle ?

Douglas Kennedy compose un roman ambitieux où s'entrelacent portraits de femmes, critique de la bonne pensée made in US, quête inlassable du bonheur, responsabilité individuelle et collective,  trahison; etc... Beaucoup de thèmes, donc. Ce qui inquiète ! Une construction typiquement américaine: trois tiers, deux voix, une vision. Ce qui énerve ! Et pourtant, cela fonctionne.  On ne lâche pas. Un peu de temps pour mettre l’histoire en place mais très vite, on accompagne cette traversée de l’histoire américaine, on s’amourache de ces femmes, on vibre, on tremble.

kennedySans doute est-ce cette discipline que s’impose l’auteur d’écrire chaque jour 600 mots qui crée cette impression d’hyper facilité. Du talent certes, mais beaucoup, beaucoup de travail ! Alors oui, un « story teller », un « page turner » mais une plume, une vraie, qui décrypte à sa manière l’Amérique et ses travers, l’âme humaine, le cœur des femmes, l’amour et ses labyrinthes. Si son public est essentiellement féminin, peut-être que les épouses devraient l’offrir à leur mari, que les sœurs devraient le donner à leurs frères et les copines à leurs copains… Car ce Ricain semble avoir bien compris la part féminine de l’Androgyne et la place à notre portée, nous les hommes. Alors, messieurs, bonne lecture !