Eliette Abecassis décortique les affres de la séparation

abecassis1Confortablement installée dans le canapé cosy d’un élégant salon, Eliette Abecassis choisit ses mots, souligne sa phrase d’un froncement de sourcils, demeure suspendue. L’auteure se révèle timide, presque fragile. Elle slalome entre l’intime et l’absolu; songe à Héra lorsqu’elle évoque son dernier roman, Une affaire conjugaleL’histoire d’Agathe et Jérôme qui longtemps vécurent le grand amour. Pourtant, après huit ans de mariage et des jumeaux, tout a changé : elle écrit moins, il la délaisse pour ses maîtresses et ses amours virtuels. Commence alors un chassé-croisé entre les époux qui se déchireront jusqu’à triompher de l’autre.

 Cinglant, drôle, anxiogène, Une affaire conjugale se veut une autopsie du divorce. Au-delà, Eliette Abecassis explore les dimensions contemporaines de la féminité et livre une réflexion sur l’époque et notre capacité à aimer…

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 Le divorce, est-ce la perte des idéaux ?

 “C’est un processus initiatique, une rencontre violente avec la réalité. Tout s’effondre ! Les prises de position de la famille conjuguées aux petites trahisons des amis ébranlent nos valeurs fondamentales. Le plus éprouvant demeure la découverte, sous une facette insoupçonnée, de l’être aimé.”

 De l’être aimé ou de soi-même ?

 “L’un et l’autre. Agathe appréhende son moi par l’effritement des mythes : le mariage, la famille, les enfants… mais également de son intersubjectivité avec Jérôme. Parallèlement, il y a la culpabilité et les interrogations : aime-t-on l’autre pour ce qu’il est ? Parce qu’on l’a fantasmé ?”

 La faiblesse du couple, n’est-ce pas la communication ?

 “C’est le nœud gordien ! Comment deux êtres totalement opposés peuvent-ils communiquer, sans tabou, et se comprendre ?”

 On ne peut lire Affaire conjugale sans penser à Esther, l’héroïne de Sépharade…

 “Esther est à la genèse d’Agathe. Elle est hantée par l’image des générations précédentes : l’amour éternel, la tradition, la religion… Toutes deux seront confrontées à une énorme désillusion.”

 C’est la thématique de toutes vos héroïnes : comment sortir d’une prison intérieure ou sociale.

 “Il y a tant de cellules dans lesquelles on tente de nous enfermer : épouse, mère, fille, femme fatale, femme d’affaires, fragile, libérée, indépendante…”

 N’est-ce pas ce qui déstabilise l’homme ?

 “L’homme est en perte de repères et ne trouve plus sa place.”

 Confronté à une nouvelle rivale ?

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 “La rivalité au sein du couple engendre l’individualisme avec pour conséquence deux personnes qui évoluent en parallèle, dans une grande solitude.”

 La séparation est la seule issue ?

 “Aujourd’hui, on divorce trop vite. Il faudrait (re)cultiver la volonté de comprendre et découvrir l’autre. C’est un énorme travail !”

 

Interview > Didier Debroux