germainIl ne s’agit pas de croire en l’homme, ni de le mépriser, encore moins de le haïr. Il s’agit de le connaître et de le reconnaître en chacun. C’est l’humanisme vrai, qui n’est pas une religion mais une morale. Montaigne a dit ici l’essentiel: « Tout homme porte en lui la forme entière de l’humaine condition. » Cela ne signifie pas qu’ils se valent tous, mais qu’ils sont tous humains, et méritent par là notre respect: égaux non en fait et en valeur, ce que l’expérience suffit à démentir, mais en droits et en dignité, si nous le voulons.

Une chose me paraît certaine : nous ne vivons pas les symptômes de la fin du monde, mais de la fin d’un monde. Celui du monde traditionnel plusieurs fois millénaire que je viens de décrire avec tous les schémas de pensée qui lui étaient associés, mais aussi celui du monde ultra-individualiste et consumériste qui lui a succédé, dans lequel nous sommes encore plongés, qui donne tant de signes d’essoufflement et montre ses vraies limites pour un progrès véritable de l’homme et des sociétés. Bergson disait que nous aurions besoin d’un « supplément d’âme » pour faire face aux défis nouveaux. Nous pouvons en effet voir dans cette crise profonde non seulement une série de catastrophes écologiques, économiques et sociales annoncées, mais aussi la chance d’un sursaut, d’un renouveau humaniste et spirituel, par un éveil de la conscience et un sens plus aiguisé de la responsabilité individuelle et collective.

L'homme! Mais, «  Qu'en est-il de 'Dieu' ? » Est-ce une invention, et si oui, de quel type: une œuvre géniale créée par l'imagination humaine, une découverte insoupçonnée, inimaginable, opérée par voie de révélation, une pure fiction construite sur fond de peur et de désir, un mensonge phénoménal concocté pour les naïfs ? On peut opter pour une signification unique et s'y tenir sa vie durant, ou migrer d'un sens à un autre au fil du temps.
On peut aussi déambuler sans fin, en zigzag et en spirale, autour d'une seule signification qui s'impose plus troublante et magnétique que les autres, pour l'interroger, encore et encore.

Et si celle-ci, aussi sapée, criblée de doutes, de points critiques et de pénombres soit-elle, coïncide avec les données de la religion reçue en héritage par voie du hasard de la naissance, alors ce hasard se transforme progressivement en aventure, et l'aventure en destin, à force d'être sans cesse relancée, poursuivie.
" Le Monde sans vous était une méditation sur l'absence des défunts qui nous laisse " sans voix ", dans une stupeur irrémissible. Or, pour Sylvie Germain, c'est précisément au cœur de ce silence que peut advenir la possibilité de se mettre à l'écoute d'un écho de cet " absolu du Loin " vers lequel sont partis les défunts. Question de " foi ", sans doute.

La vocation de Sylvie Germain a toujours été la narration d’histoires riches de poésie et d’enseignement où la réalité se confond avec le rêve. Son dernier ouvrage n’est pas un roman comme les autres, mais l’humble  partage de sa propre démarche.  L’être humain étant un nomade errant dans la turbulence du monde, elle l’invite à faire une pose à « la tente du rendez-vous ». Le thème est sérieux, le fil de sa pensée s’achemine lentement vers un bonheur accessible à tous. Dans le silence de la disponibilité  une « Voix » se fait entendre, fait fi des malédictions et des déterminismes, des repentances et des vanités, des certitudes de grandeur et des désirs d’égalité. Un esprit de fraternité se greffe sur une culture universelle, régénère le lecteur en l’incitant à l’accomplissement personnel. La chute devient ascension, l’histoire simple se transforme en révélation. Ce qui importe c’est l’imagination créatrice, l’envie d’interroger le monde, le désir de l’altérité, la soif de la vie. Et c’est le grand talent de Sylvie Germain. Tout est miracle sous sa plume : la marelle devient  église, le vieil Astrologue une petite Ombeline semblable au Christ, la prière de Fernande un pilier de soutènement, et le lecteur un prince heureux d’avoir découvert l’extraordinaire enfoui dans l’ordinaire.

Ce livre fait écho ou renvoie vers Celui de Frédéric Lenoir et Marie Drucker « Dieu ». Une question qui semble s’imposer en ces moments de doute et de crise….