pluieC'est dimanche. Un nouveau dimanche. Ambiance humide, temps gris, même pas de quoi se donner envie d'enfiler ses bottes et de battre la campagne avoisinnante. Et pas non plus question comme Becaud de s'en aller à Orly où "sur l'aéroport on voit s'envoler des avions pour tous les pays. Tout l'après-midi... y'a de quoi rêver!"

Alors? Quoi de mieux que d'allumer un bon feu et se glisser dans un confortable fauteuil avec, sur la table d'à côté, deux petits livres d'une extrême saveur..., histoire de terminer en beauté la bouteille de Pessac ouverte durant le repas de midi.

Deux suggestions. Deux nouvelles ou romans courts. Deux petits bonheurs. Deux chefs-d'oeuvre.  

Philippe Le Guillou, L'intimité de la rivière

le guillouC'est un récit d'enfance, si l'on veut. Ou, à sa façon, intimiste et chuchotée, un récit de voyage - le périple en question étant de peu d'ampleur, une promenade plutôt, le long des quelques kilomètres qui séparent l'estuaire de la rivière finistérienne appelée Ar Faou de sa source, dans les terres, au-delà de la sombre forêt du Cranou. Le cours d'eau se jette dans la mer tout près de la petite ville aux maisons anciennes qui, de lui, tire son nom : Le Faou.

Il s'agit de la ville d'enfance de l'auteur qui, entreprenant de remonter le cours de l'onde, se retrouve immergé dans son passé familial. Et, plus profondément encore, aux sources mêmes de son imaginaire d'écrivain, ancré dans cette terre bretonne où l'eau (pluie, mer, ruisseau...) est omniprésente, où les sous-bois sont peuplés de créatures inquiétantes ou enchantées, où les légendes les plus noires parcourent les rivages et les landes comme des rumeurs infernales, où derrière la piété chrétienne se laisse toujours deviner « une autre dimension, antérieure, archaïque, dans un ordre différent du sacré».

Herman Melville, Bartleby le scribe

bartlebyLe narrateur est un homme de loi de Wall Street qui engage dans son étude un dénommé Bartleby pour un boulot de scribe. Au fil du temps cet être qui s'est d'abord montré travailleur, consciencieux, lisse, ne parlant à personne, révèle une autre part de sa personnalité : il refuse certains travaux que lui demande son patron. Il ne les refuse pas ouvertement, il dit simplement qu'il « ne préférerait pas» les faire, et ne les fait pas. Et cette phrase revient alors systématiquement dans sa bouche : « I would prefer not to », traduite en français par « je ne préférerais pas », ou « je préférerais ne pas » ou encore « j'aimerais mieux pas ».Peu à peu, Bartleby cesse complètement de travailler, mais aussi de sortir de l'étude où il dort. Il ne mange rien d'autre que des biscuits au gingembre, et refuse même son renvoi par son employeur. Dans cette nouvelle de quelque 70 pages, Melville pose les mêmes interrogations existentielles que dans ses grands romans d'aventure.