Vivons heureux avant que l’apocalypse nous frappe. Si l’on en croit l’interprétation, très contestable, du calendrier Maya, la fin du monde est prévue pour le 21 décembre 2012. Voilà  prétexte à se faire plaisir et donc lisons heureux. Mais que lire pour passer intensément le temps qui nous reste ? J’ai composé mon petit Panthéon personnel. Quinze romans, à deux exceptions près. Cette liste est subjective mais je m’y sens bien. Que des livres déjà lu, qui ont comptés. Les voici, dans le désordre, au gré de la pile…

crimeCrimes et châtiment, Dostoïevski

Raskolnikov, jeune étudiant fauché assassine une vieille prêteuse sur gages et sa sœur pour sauver sa famille de la misère. La souffrance psychologique qui assaille alors le jeune homme est une thématique chère à l’auteur. Dostoïevski y développe ses vues religieuses et existentialistes en insistant sur le thème du salut par la foi et l’analyse profonde de la psychologie humaine.

 

Moby Dick, Hermann Melvillemelville

Ismaël, le narrateur, attiré par la mer et le large, décide de partir à la chasse à la baleine. Il embarque sur le Pequod, commandé par le capitaine Achab. Très vite, Ismaël comprend qu’Achab recherche Moby Dick, un cachalot blanc d'une taille impressionnante et particulièrement féroce, qui lui a arraché une jambe par le passé. Achab emmène son équipage dans un périple autour du monde à la poursuite du cachalot dont il a juré de se venger. Le Pequod finira par sombrer laissant Ismaël seul survivant, flottant sur un cercueil. Au-delà du souffle romanesque, Melville explore les concepts de classe et de statut social, du bien et du mal, de l'existence de Dieu...

 

maraiLes braises,  Sandor Maraï

À travers la dramatique confrontation de deux hommes autrefois amis, Les Braises évoque cette inéluctable avancée du temps. Livre de l’amitié perdue et des amours impossibles, où les sentiments les plus violents couvent sous les cendres du passé, tableau de la monarchie austro-hongroise agonisante, ce superbe roman permet de redécouvrir un immense auteur dont l’œuvre fut interdite en Hongrie jusqu’en 1990.

La Chartreuse de Parme, Stendhalchartreuse

Un livre unique, une somme romanesque, un livre dicté en moins de deux mois et qui est le sommet de l'improvisation, un récit sur Bonaparte, Waterloo, l'Italie, un grand ouvrage politique, que dire encore en faveur de ce qu'Italo Calvino appelait «le plus beau roman du monde». Une comédie humaine, un itinéraire spirituel, plusieurs histoires d'amour enfermées dans une petite ville d'Italie, avec le passage du temps, le charme de la mémoire, les «paysages sublimes», le paradoxe d'un héros qui trouve son paradis en prison, toutes les vertus et toutes les lâchetés.

maupassantBel-Ami , Guy de Maupassant

A qui Georges Duroy doit-il son irrésistible ascension ? Aux femmes séduites par sa jeunesse et sa beauté. La petite fille de l'une de ses maîtresses le surnommera Bel-Ami. Et ce fils d'aubergistes normands, à Canteleu, deviendra baron Du Roy de Cantel. L'amitié lui ouvrira la carrière journalistique. L'amour lui donnera l'argent et la gloire. Maupassant excelle dans l’art du récit et offre de magnifique portraits de femmes dévorées d'amour ou d'ambition, des tableaux de la vallée de la Seine à Rouen, des fiacres, l’avenue du Bois de Boulogne… une œuvre aussi picturale.

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, Stefan Zweigzweig

Scandale dans une pension de famille « comme il faut », sur la Côte d’Azur du début du siècle : Mme Henriette, la femme d’un des clients, s’est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n’avait passé là qu’une journée… Seul le narrateur tente de comprendre cette « créature sans moralité », avec l’aide inattendue d’une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez elle. Ce récit d’une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l’auteur d’Amok et du Joueur d’échecs, est une de ses plus incontestables réussites.

steinbeckLes raisins de la colère, Steinbeck

Durant la grande dépression de1930, dont les agriculteurs furent les victimes les plus gravement touchées, Steinbeck restitue avec grande humanité la vie des fermiers du sud des Etats-Unis grâce à la famille Joad confrontée à la perte de leurs terres, d'êtres chers, obligée de migrer vers la Californie.. Une leçon de courage et d’espoir.

 

Une odeur de gingembre, Oswald Wyndgingembre

Mary, une jeune Ecossaise de classe moyenne, s'embarque en 1903 pour Pekin où elle va se marier avec Richard, un attaché militaire britannique. Ce mariage, en dépit de la naissance de Jane, ne sera pas très heureux. Pleine d'empathie pour les Chinois, s'ennuyant dans son petit milieu d’expatrié, elle va se donner à un samouraï japonais, dont elle aura un fils. Scandale ! Son mari la chasse, lui prend sa fille, qu’il  expédiera en Angleterre et qu'elle ne reverra jamais. Un texte rare, élégant et profond. Un petit bijou…

balzacLe lys dans la vallée, Balzac

Félix de Vandenesse souffre de la réserve d’Henriette de Mortsauf à qui il voue depuis son adolescence un amour total ; il tue pourtant cette femme en l’idéalisant, en lui imposant une pureté contre laquelle elle se révolte au moment de son agonie. Le Lys dans la vallée est le roman des désirs qui se croisent et des lettres qui ne parviennent pas à créer un véritable échange..
Le Lys dans la vallée est le récit de toutes les ambiguïtés, de la stratégie, du l’art pouvoir, et un grand roman d’amour….

 

L’étranger, Albert Camuscamus

Le roman s'ouvre, alors que Meursault va enterrer sa mère. Le lendemain, il rencontre Marie, se baigne avec elle, ils couchent ensemble. Et puis, il devient l'ami de Raymond. Celui-ci les invite à pique-niquer sur la plage. Tandis qu’ils se promènent, ils sont accostés par des Arabes qui ont un compte à régler avec Raymond. Bagarre. Meursault regarde. Plus tard, retourné seul vers la source qui coule à une extrémité de la plage, Meursault y rencontre l'un des agresseurs. Il sort un couteau, et Meursault, qui a encore sur lui le revolver de Raymond, tire, tire encore, aveuglé par la lumière, la sueur, l'air brûlant. Tout Camus est là !

sand2Histoire de ma vie, George Sand

Lorsqu’en 1847 George Sand entreprend à quarante-trois ans son « Histoire de ma vie », elle définit ainsi son futur livre : « C’est une série de souvenirs, de professions de foi et de méditations dans un cadre dont les détails auront quelque poésie et beaucoup de simplicité. Ce ne sera pourtant pas toute ma vie que je révélerai. » Son modèle n’est pas Rousseau, ni d’ailleurs les Mémoires d’outre-tombe qui vont commencer à être publiés et où elle voit trop de pose et de drapé. Son ambition n’est pas d’inscrire sa vie dans le mouvement de l’Histoire, mais d’offrir le récit d’une existence de femme et d’écrivain qui côtoie rapidement Balzac et Sainte-Beuve, Musset et Chopin. Pour la première fois une femme conte l'itinéraire d’une jeune fille qui a voulu être artiste mais qui se veut le miroir des enfants du siècle : « Ecoutez ; ma vie, c'est la vôtre. »

Portrait de Dorian Gray, Oscar Wildewilde

«Au centre de la pièce, fixé à un chevalet droit, se dressait le portrait en pied d'un jeune homme d'une extraordinaire beauté physique, devant lequel, à peu de distance, se tenait assis le peintre lui-même, Basil Hallward, celui dont, il y a quelques années, la disparition soudaine a, sur le moment, tant ému le public et donné lieu à d'étranges conjectures.» Or Dorian Gray, jeune dandy séducteur et mondain, a fait ce voeu insensé : garder toujours l'éclat de sa beauté, tandis que le visage peint sur la toile assumerait le fardeau de ses passions et de ses péchés. Et de fait, seul vieillit le portrait où se peint l'âme noire de Dorian qui, bien plus tard, dira au peintre : «Chacun de nous porte en soi le ciel et l'enfer.» Ce livre lui-même est double : il nous conduit dans un Londres lugubre et louche, noyé dans le brouillard et les vapeurs d'opium, mais nous ouvre également la comédie de salon des beaux quartiers. Lorsqu'il parut, en 1890, il fut considéré comme immoral. Roman d'esthète, fascinant, d'une étrangeté qui touche au fantastique.

brugesLa petite dame en son jardin de Bruges, Charles Bertin

Charles Bertin, a rêvé de sa grand-mère, morte depuis un demi-siècle. Au matin, ce rêve lui est apparu comme le signe qu’il fallait sans délai rendre visite à la petite dame en son jardin de Bruges.
Dans la manière d’un tissage aux laines délicates se compose alors, au fil du voyage, un portrait d’une tendresse si sensible et d’une véracité si évidente que nul ne saurait lire ces pages sans aller aussitôt à ses propres souvenirs.

Qu’ai-je donc fait, Jean d’Ormessond'ormesson

« Qu'ai-je donc fait ? J'ai été heureux dans un monde cruel dont j'ai admiré presque tout jusque dans les chagrins. » Jean d'Ormesson nous invite à suivre l'adage latin qui recommande de consacrer nos heures si brèves à des oeuvres immortelles. Sources inépuisables de la nature et des splendeurs de toute la terre et de l'art, le spectacle du génie des hommes, le commerce enchanteur des écrivains et des poètes, celui, délicieux, du coeur et du corps des femmes, la recherche toujours fuyante d'un dieu caché, le charme intemporel de certains instants mélangé à la triste certitude que tout s'efface et s'oublie. Un hymne d'amour à un certain art de vivre qui n'a pas fini de nous faire aimer la vie. 

gionoL’homme qui plantait des arbres, Jean Giono

L’histoire d’Elzéard Bouffier, un berger solitaire qui, au début du siècle, passa sa vie à planter des glands en Haute Provence afin que sa région retrouve verdure et fraîcheur. Bien des années après, l’administration se demanda comment une si belle forêt de chênes avait pu pousser toute seule… Un livre à savourer comme une bouffée d’air pur.