duteurtre1Paru voilà bientôt quatre ans mais dont on ne se lasse pas "Les pieds dans l'eau" de Benoît Duteurtre. Il y a chez lui quelque chose de "So british": une certaine forme d'élégance, d'humour et de causticité...

Dans ce roman, l'auteur s'amuse à croquer une époque; celle de son arrière-grand-père, le Président René Coty, au ryhme de la charmante sation balnéaire d'Etretat. C'est en 1948 que l'illustre aïeul fait l'acquisition d'une belle villa, La Ramée, aux abords de cette bourgade célèbre pour ses falaises de craie et prisée des peintres.

Cette demeure en plein pays de Caux est la source d'innombrables souvenirs pour Duteurtre, qui dépeint ici le quotidien d'une famille presque comme les autres, issue de la petite bourgeoisie du catholicisme social, et l'influence patriarcale des activités de René Coty sur la vie de tout ce petit monde. De sa plume, l'auteur peint le théâtre d'une certaine société courtisane et esquisse de touchants portraits de ses nombreuses cousines. En filigrane, il rédige le roman d'apprentissage d'un garçon amoureux de la littérature. duteurtre

Au prétexte d'évoquer ses souvenirs d'enfance, avec l'humour irrésistiblement courtois d'un archéologue anglican, Benoît Duteurtre réalise une évocation totale du mythe d'Etretat, colorisé dans les tons de l'époque, celle des affolantes cousines, des bains de mer, des ombrelles et des robes en dentelles. Celle aussi  des tantes magistrales, dans le sillage de Germaine Coty, femme simple et bien en chair, que les chansonniers appelaient «Madame sans gaine».

Pour autant, il ne faudrait pas réduire Les pieds dans l'eau  à une sous-évocation proustienne liée aux réminiscences familiales. Certes mélancolique voir un peu passéiste, Duteurtre ne manque pas de panache pour égratigner les mutations de la seconde moitié du XXe siècle, Mai 68, ou encore l'indélicatesse d'un certain ultramatérialisme contemporain... A tout cela, il préfère la distinction discrète d'une après-midi assis sur les galets d'une plage normande.

On en redemande....