torllope3C'est la crise! "Welcome. En v'là une nouvelle, mon bon Monsieur!" Et ce n'est certainement pas moi qui, banquier privé le jour, vous contredirai. Mais le sujet est là, vivant, s'inoculant dans le quotidien. Et, force est de constater qu'une série de romanciers made in France ou USA, peu importe, tentent, avec plus ou moins de bonheur, d'analyser la chose et de l'intégrer dans leurs oeuvres romanesques. Oh le bel ouvrage... Moi, j'aurais plutôt tendance à les renvoyer à la lecture de Steinbeck qui, en un roman, à fait plus pour comprendre la grande dépression US que tous les profs d'économie réunis.

Avant, Il y a Trollope. Anthony Trollope! Ah le bougre, quel talent. Et pour ce qui est de décortiquer lestrollope2 malfaisants et les travers des spéculateurs, il n'a rien à envier à l'ami Balzac. Trollope, lui, c'est l'autre côté de la Manche, époque victorienne. Henry James, son contemporain, l'admirait infiniment. C'est dire ce qu'Edith Wharton pouvait en penser... Quelques décennies plus tard, c'est Chesterton, guère enclin pourtant à la complaisance, qui chanta ses louanges, plaçant son oeuvre au sommet, plus haut même que celle deThackeray (La Foire aux vanités)

Aujourd'hui, Anthony Trollope (1815-1882) continue de bénéficier, en Angleterre, des faveurs conjointes des fins lettrés et du grand public. C'est l'un des meilleurs conteurs et observateurs, -un poil caustique - de l'Angleterre victorienne.

trollopeÀ Londres, dans les clubs très privés, on trompe, séduit et arnaque à l'envi, une tasse de thé à la main et le petit doigt en l'air, "if you please !" Et sous sa plume satirique, c'est tout simplement savoureux. Sa source intarissable de longs récits touffus à l'intrigue palpitante, aux personnages fouillés et aux dialogues étincelants, Quelle époque ! apparaît comme son chef-d'oeuvre, le roman le plus abouti: l'histoire d' Augustus Melmotte, financier véreux, qui, avec une poignée de capitalistes à la morale douteuse, lance de vastes opérations spéculatives pour piéger les investisseurs naïfs. Flanqué de délicieux personnages, jeunes gens de bonne famille désargentés, voleurs, romancière sans talent ou encore journaliste menteur, il escroque comme il respire.

Bref, l'auteur est irrésistible et d'une incroyable actualité. On est captivé, suspendu au récit, amusé de ses descriptions au vitriol courtois (attention british). De ce roman drôle, cocasse et bondissant, on sort ébloui et... un peu plus instruit