stendhalCher Monsieur Beyle,

Aaah, Monsieur Beyle, de vous et de votre oeuvre, on ne cesse de faire le tour. Nous pourrions même écrire que nos contemporains se réjouissent de vous (re)découvrir. De la Chartreuse à Lucien Leuwen, de vos Chroniques d'Italie à vos Souvenirs d'Egotisme, sans oublier Julien et Madame de Rênal au jardin dans le Rouge et le Noir. Un sens unique qui a influencé nombre d'écrivains, jusqu'à Ian McEwan dans "Sur la plage de Chesil". Et donc vous voilà aujourd'hui source d'influence de quelques-uns des meilleurs auteurs "made in England". Est-ce si étonnant? Vous qui avez, ne l'oublions pas, entretenu d'intenses rapports avec cette île d'outre-Manche. Rapports tant littéraires, votre passion pour un certain William S., que d'amitiés puisqu'à Londres vivait votre plus proche confident Sutton Sharpe...stendhal1

Savez-vous Monsieur Beyle, que cette part peu connue de votre vie de voyageur se voit aujourd'hui dévoilée dans un ouvrage signée Renée Dénier. Une agrégée d’anglais, maître de conférences, qui avait déjà traduit vos "Chroniques pour l’Angleterre", vous révèle sous le nom "so British" de Count Stendhal. 

Certes, L’Italie, tout le monde le sait, a été votre patrie de cœur, au point de vous vouloir « Milanais ». Ce que l’on sait moins, c’est que l’Angleterre a tenu dans votre oeuvre  une place presque aussi importante, par votre usage de la langue mais aussi et surtout votre admiration inconditionnelle à sa littérature, dominée par la statue de ce célèbre William S.

Ainsi, Renée Dénier montre comment dans votre correspondance et dans votre Journal, l’anglais vous permit d’exprimer directement vos sentiments les plus secrets, dans une langue expressive et toute personnelle dont l’étude a commencé très tôt. En effet, vous vous êtes attaché à découvrir les ressorts du théâtre et du roman anglais. Ainsi, comme beaucoup de vos contemporains, victimes de l’anglomanie ambiante après 1815, vous vous laissez aller à sacrifier à la mode anglaise dont on trouvera quelques traces dans votre vie de « dandy » comme dans vos romans. Pour vous, il semble que l’Angleterre demeure le pays des libertés politiques, même si vous pardonnez à peine le sort cruel imposé à Napoléon.

stendhal2Trois voyages vous ont fait découvrir Londres et une partie de l’Angleterre déjà vouée à la révolution industrielle. Vos écrits ne dissimulent pas vos critiques envers un peuple gâté par le travail, l’amour de l’argent et la religion. Vous faites même un parallèle entre cette monarchie et votre père que vous présentez comme froid et peu aimable, faisant ainsi ressortir par contraste l’éclat d’une Italie maternelle où vous pouvez vous livrez sans réserve à la chasse au bonheur. Mais ces tares sont rachetées par les paysages sublimes et le «vert anglais », mais aussi les femmes que vous aimez tant et décrivez comme, "ayant les tétons frémissants" et jouissant d'une rare beauté.

Bref, on trouve sans doute en ces deux nations, l'une anglo-saxonne et l'autre latine, les deux versants de votre oeuvre, mais également de votre construction personnelle.

Voilà donc, mon ami, un livre concis, allant à l’essentiel, parfaitement documenté, alerte, truffé de savoureuses anecdotes qui font revivre l'une de vos passion un peu oubliée... Sans s'ennuyer une seconde, on apprend à mieux vous découvrir même si vous une part de vous demeurera à jamais mystérieuse..

J'espère que de là où vous résidez, vous lirez cette lettre avec bonheur, toujours heureux de l'intérêt que vous suscitez encore et encore...

Recevez, cher Monsieur Beyle, l'expression de mon amitié sincère.

Votre dévoué