sagan"Ce n'est pas de la littérature, ce n'est pas une confession, c'est quelqu'une qui tape à la machine parce qu'elle à peur d'elle-même, des matins et de soirs. Et des autres. Ce n'est pas beau, la peur, c'est même assez honteux. Voilà tout. Mais ce tout est terrifiant"

Aaaaah Sagan! Oui, on ne dit plus Françoise Sagan, ni Françoise, ni Madame Sagan, mais Sagan! Dommage. Le mythe permet peut-être l'indélicatesse sauf chez elle qui demeure l'auteure de tous les temps, vraie et libre, grave et insouciante, profonde et légère. Sa vie est un roman et le roman est sa vie... 


On retrouve, dix ans plus tard, les héros de la pièce "Un château en Suède", jouée à l'époque (débutSagan1 des années 60) par Claude Rich et Philippe Noiret. Que sont-ils devenus Sébastien et Eléonore, ces frère et soeur, complices inséparables, proches de la quarantaine? Toujours aussi beaux, d'une beauté insolente, les voici nonchalamment installés, à Paris, dans un meublé de hasard, parfaitement désargentés et parfaitement disponibles. Presque aussitôt, se pressent autour d'eux Nora, une Américaine aussi riche que mûre, Bruno, jeune premier du cinéma français, Robert, un célèbre imprésario...

Françoise Sagan nous offre ici ses sentiments, elle nous parle de sa vie et se met en scène comme rarement. Elle utilise le «je» pour justifier ses choix et lui redonne, dans une pirouette finale, son statut romanesque.

" Des bleus à l’âme" est l’un de ses plus beaux romans. Elle y conte deux jeunes insouciants s’abandonnant aux plaisirs et se raconte, elle, règlant ses comptes avec son image d’enfant gâtée.  Elle résume sa vie par quelques points d’interrogation (la dépression), quelques points d’exclamation (la passion), quelques points de suspension (l’insouciance) et beaucoup de guillemets; des c’est-à-dire, des faites-ci et des faites-ça; des elle-est-ci et des elle-est-ça; des voici et des voilà.

Sagan4Françoise Sagan a choisi de pirouetter, brûler, soupirer face à une légende vraie et fausse comme toutes les légendes. Elle veut bien être adorée mais surtout pas adulée. Elle est trop moqueuse d’elle-même pour faire corps avec elle-même. Elle parle d'"un léger fou rire intérieur à son propre égard" traversant œuvre et existence dans un galop ininterrompu.

C’est intelligent en diable. La vie y est aimée à la folie mais en toute connaissance de cause. Grave et léger. Madame Sagan c'est l'esthétisme, l’art de vivre dans la détresse.

Une oeuvre immense, parfois inégale mais toujours subtile et élégante dans laquelle "Des bleus à l'âme" s'inscrit comme un très grand roman...