biefnotVoyage au cœur de l’identité

Véronique Biefnot livre un thriller initiatique, palpitant et mystérieux

Confortablement installée sur une terrasse ensoleillée, lovée dans une venelle piétonne du Brabant Wallon où flotte comme un air de Lubéron, Véronique Biefnot sourit, commande un café et un pain aux raisins. Comédienne, metteur en scène, peintre, écrivain… elle s’admet volontiers multiple comme la vie qu’elle ne conçoit que plurielle. 

L’heure matinale se veut propice à la conversation, aux confidences. Entre les mots, le biefnot1silence. A l’abri de ses lunettes rondes et fumées, elle se révèle fragile, émue, spontanée, épicurienne, donne de la légèreté à la profondeur et s’emballe à l’évocation de son nouveau roman « Les murmures de la terre » : l’histoire de Naëlle, jeune femme somptueuse au trouble passé, frappée d'amnésie et hantée par d’insupportables cauchemars. Enfermée dans ses angoisses, Simon, son compagnon, écrivain à succès version Marc Lévy, l'incite à entreprendre un trekking méditatif en Bolivie. Elle y atteindra la communion avec la nature, l’espace, le temps et, au cours d'une transe chamanique, renouera avec son passé refoulé. Mais Simon, sans nouvelles d'elle, partira à sa recherche et se lancera également dans une quête initiatique.

biefnot2Si « Les murmures de la terre » est une histoire à part entière, elle s’inscrit aussi comme le second volet d’une trilogie débutée avec « Comme des larmes sous la pluie ». Il s’agit toujours d’une romance mais le thriller glauque s’efface au profit de l’aventure et du mystère.

Et la jeune auteure belge de nous entraîner dans un palpitant voyage où, au-delà de l’intrigue, elle explore les arcanes des sentiments, les mystères de la schizophrénie avec, en filigranes, cette question chère à Tocqueville, si « le passé n’éclaire le présent, l’esprit évolue-t-il dans les ténèbres ?»

Votre roman n’est-ce pas celui de la quête des origines ?

« Pour comprendre qui elle est, Naëlle doit se réapproprier son passé. Elle vit dans l’amnésie de ses douze premières années. D’où vient-elle ? Pourquoi ses troubles images ? Autant de questions qui la hantent et la paralysent. »

Chercher des réponses dans le passé, n’est-ce pas éviter le présent ?

«C’est vrai ! A trop vivre à l’imparfait, on n’en oublie d’exister au quotidien. Néanmoins, nous sommes le fruit de nos expériences personnelles ou transgénérationnelles., Naëlle est incapable de vivre et de se projeter si elle ne perce le secret de son amnésie. Sa quête, c’est donc elle-même».

Pourtant, le seul homme auquel elle s’abandonne est celui qui ignore tout de son histoire…

«Effectivement. Peut-être ne peut-on s’abandonner réellement qu’à l’inconnu».

biefnot4Pourquoi la Bolivie ?

«Naëlle est très grande (trop ?), très belle (trop ?). Elle se sent mal à l’aise avec nos critères occidentaux. Je la voulais perdue dans une immensité, une particule dans un grand paysage. Il me fallait un désert et le rythme lent de la marche ; un peuple et une culture empreints du chamanisme ainsi qu’un grand rapace, le Condor. Seule la Bolivie rassemblait tous ces critères ».

En quoi le chamanisme, apporte-t-il une libération?

«Rien n’a fonctionné avec Naëlle, ni l’enfermement psychiatrique, ni les thérapies, ni les médications. Le chamanisme est une méthode ancestrale, un voyage au plus profond de notre être. Très souvent, il provoque un choc qui peut se révéler libérateur… »

Vous décrivez ces transes avec un incroyable réalisme, une expérience vécue ?

«Ces voyages, je les ai réalisés accompagnée d’une chamane allemande. Je n’ai pas pris de substances mais j’ai pratiqué l’autohypnose. Au départ, il s’agissait d’accompagner ma mère qui était en phase terminale de cancer. Et puis cela m’a ouvert de nouvelles perspectives »

Vous revisitez l’androgyne, cher à Platon. Trouver l’être parfait, est-ce souhaitable ?

« Sincèrement, non ! Mais c’est un mythe qui, trop souvent, se transforme en quête pour des hommes et des femmes en perte de repères dans une société où les codes ont changé».

Vous analysez aussi le couple à travers la passion, la durée, le doute…

« Surtout, je m’interroge sur l’amour dans toute sa diversité, face à ses combats, ses peurs et ses tentations. Il y a biefnot3Simon et Naëlle, sorte de relation absolue, non consommée, complexe et donc peut-être impossible. A l’opposé se trouvent leurs amis Grégoire et Céline, en apparence le couple idéal pourtant confronté à l’heure des grandes interrogations. Période qu’ils traversent grâce au dialogue, à l’humour et à… Musset. Il y a le coup de foudre pour un inconnu, la passion, la sensualité, l’érotisme, le temps qui passe, la tendresse…  ».

Avez-vous également adapté votre style d’écriture ?

«Le premier tome s’inscrit dans un rythme lié au thriller. Il fallait un sentiment de rapidité. Ce second volet se veut plus lent, comme un voyage au long cours, lié à la cadence  régulière d’une marche à travers l’immensité, d’un effort qui peu à peu s’inscrit dans le corps et l’esprit ».

Tout en respectant, néanmoins, les codes d’un « page turner »

«Je ne veux pas lâcher mon lecteur et je souhaite lui donner envie de ne pas quitter mes personnages. Donc, il y a cette succession d’intrigues, de mystères, de suspense… »