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"Il était recommandé de traiter les clients qui voyageaient seuls avec une prévenance particulière, ne serait-ce que parce qu'ils donnaient les meilleurs pourboires. Contrairement aux couples qui, pendant la journée, étaient occupés à surveiller leurs enfants, les solitaires avaient tendance à bavarder avec le personnel, on échangeait des paroles aimables dans les couloirs, dans la spacieuse cage d'escalier circulaire, le matin sur la terrasse, l'après-midi au jardin. Comme il n'était pas rare que les conversations s'éternisent, il fallait ensuite se dépêcher de finir ses autres tâches, sans avoir l'air de se presser, ni donner l'impression aux clients qu'ils vous avaient fait perdre votre temps. (...)"

Ernest c'est le garçon parfait, celui qui anticipe tous les désirs d'une clientèle haut-de-gamme dans un palace suisse particulièrement luxueux. Ernest se fait silencieux et discret, une vie de travail parfaite... Jusqu'au jour où il croise Jacob, un garçon parfait lui aussi et d'une rare beauté. Le temps d'une étreinte et Jacob s'en va en Amérique avec un autre. Bien plus tard, en 1966, Jacob ressurgit dans la vie d'Ernest réveillant la douceur et la douleur de leur intimité.

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A partir de cette histoire toute simple Alain Claude Sulzer tisse un merveilleux roman. Nous sommes dans les années trente, celles d'avant-guerre au moment où l'Allemagne gronde... L'auteur crée une atmosphère inquiétante et décrit avec finesse un monde un perdition. La plume est en clair-obscur, jouant sur les demi-teintes. Sulzer peint avec brio chaque lieu, chaque objet, chaque geste... De ces détails, il slalome entre l'intime et l'absolu et consuit une histoire où se conjuguent passion et trahison. 

Thomas Mann n'est pas loin, comme une ombre tutélaire et l'on retrouve le charme discret d' E.M. Forster... Sulzer choisit un décor esthétisant mais neutre, en installant ses personnages dans un lieu de villégiature qui ressemble à celui d'une opérette. Mais dans ces décors enchanteurs se cachent des désirs, des chagrins et des trahisons misérables. Peu à peu, l'élégance et le plaisir s'effacent au profit d'une vérité, dans les dernières pages du roman, qui se révèle d'une terrible cruauté....