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Voilà longtemps que Françoise Sagan m'accompagne. Ses romans, en tout cas, son style surtout. Je ne la connaissais qu'au travers de ses livres. Or, cet été passé dans le Sud-Ouest, non loin de Cajarc où elle naquit en 1935, et tout près de Seuzac où elle repose auprès de ceux qui ont compté: son frère et ses amis (sa famille d'adoption), je me suis demandé qu'elle avait été le chemin de ce gentil petit monstre? Des biographies, ce n'est pas ce qui manque... Trop peut-être! Je me suis donc laissé tenter par celle dont le titre m'a séduit et qui affichait un photo de Sagan pleine de tendresse et de malice: "Sagan à toute allure", de Marie-Dominique Lelièvre, journaliste, romancière et biographe. Un véritable voyage en "Saganie"...

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L'auteure de "Bonjour tristesse" exerce une réelle fascination sur Marie-Dominique Lelièvre qui avoue: "Sagan est bien plus qu’un écrivain, c’est un style de vie". Grâce à un travail rigoureux de documentation, à la lecture de sa correspondance personnelle et à sa rencontre avec les amis de toute une vie: Florence Malraux et Bernard Franck, elle livre un portrait touchant et sans complaisance de cette femme-enfant discrète qui refusait les contraintes d’un monde d’adultes normé et conformiste. 

Fançoise Quoirez, dite Sagan, naît le 21 juin 1935 dans une famille de la haute bourgeoisie de province. Enfant déjà, elle suscite l’adoration paternelle et joue les chefs de bande avec les autres gamins.  A 19 ans elle publie son premier roman, "Bonjour tristesse". Son éditeur Julliard profite de l’aubaine, lance une jeune fille de bonne famille aux écrits sulfureux (pour l'époque...): c’est un succès fulgurant. Le roman allie un mélange détonnant maintes fois éprouvé : jeunesse de l’auteur et scandale du texte. 

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Très vite, elle affiche sa désinvolture, son goût de liberté. Avec l’argent touché, elle s’achète une Jaguar payée cash vingt-cinq mille francs de l’époque ! Car Sagan ne cache pas ses goûts luxueux de petite fille gâtée à qui la frustration sied mal et elle mène sa vie comme elle conduit ses bolides. A 22 ans, elle est victime d’un grave accident de voiture. C'est le début de la valse incessante des drogues, d’abord consommées pour calmer les souffrances provoquées par la polynévrite puis devenues des compagnes omniprésentes et dévastatrices. La dépendance s’installe rapidement. Sa vie se déroule alors sous l’influence de substances chimiques aux multiples fonctions : écrire, dormir, se réveiller ou atténuer la douleur. La biographe n’occulte rien de son côté sombre ou de ses revers de fortune. 

Si Sagan n’est pas belle, elle attire par son esprit libertaire et frondeur, bisexuelle, sa vie amoureuse est tumultueuse, faite d’attachement et de légèreté. Sagan, c’est une fureur de vivre, un devoir moral de jouir de l’instant présent. Une autre de ses passions tenaces : le jeu. Le goût du risque, érigé en principe, l’excitation à l’idée de pouvoir tout gagner et tout perdre en un coup. C’est en jouant au casino de Trouville qu’elle gagne les huit millions d’anciens francs avec lesquels elle achète le manoir du Breuil à Equemauville. Manoir qu’elle perdra à la fin de sa vie, criblée de dettes. 

Il n’est pas souvent question de son travail d’écriture, Marie-Dominique Lelièvre nous dit qu’elle écrit beaucoup et sa bibliographie l’atteste puisqu’elle publie en moyenne un livre tous les deux ans. Pourtant on a l’impression qu’elle apparaît surtout comme une oisive mondaine passant beaucoup de temps au lit à lire, en "vacances perpétuelles". Les excès de Sagan et sa légende "people" avant l’heure, éclipsent parfois la connaissance de son œuvre. 

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Femme secrète et pudique, Sagan se raconte peu. Il faut lire son œuvre, comme l’a fait Marie-Dominique Lelièvre car c’est encore là qu’elle se dévoile le plus.  A partir de 1998, elle vit de la générosité de ses amis : elle a tout perdu.  Elle disparaît en 2004. 

Marie-Dominique Lelièvre  révèle les arcanes de l’élaboration d’un mythe et rétablit quelques vérités. En construisant sa biographie comme un polar à rebondissements, elle réussit à intéresser le plus grand nombre, néophytes ou pas, elle nous emmène avec jubilation "au pays de Sagan" et incitera certains à la lire ou la relire. Mais surtout, elle offre au lecteur, par procuration, toute l’insouciance d’une génération …