D’une ambiguïté, l’autre ! 

Nicolas d’Estienne d’Orves explore les arcanes de l’occupation. Un roman épique !

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« Les crimes des vaincus trouvent leur source et leur explication, sinon, leur excuse, dans les folies des vainqueurs. Sans ces folies, il n'y aurait eu ni tentation, ni occasion de commettre le crime». Sans doute est-ce guidé par cette pensée de Winston Churchill que Nicolas d’Estienne d’Orves saisit sa plume pour conter, au fil de 700 pages, cette période trouble de l’occupation, soucieux comme Simenon de «Comprendre et ne pas juger».

L’homme, cheveux en bataille, barbe légère et lunettes rondes cerclées, se révèle compulsif, gourmand, passionné et passionnant lorsqu’il évoque son dix-septième roman « Les fidélités successives». L’histoire ? Celle de Guillaume Berkeley, tour à tour Anglais et Français, résistant et collabo, salaud et héros, qui, en ces années sombres, découvrira de  l’existence tant son côté obscur que lumineux. Des îles anglo-normandes, dont il est originaire, au Paris intellectuel et artistique, Guillaume, sans jamais trahir sa conscience, passe d'un camp à l'autre, en toute sincérité, au rythme des opportunités. Sur sa route : un frère ambitieux et jaloux, une jeune femme élusive, un mentor amoureux, et tout ce que la ville lumière compte de personnalités et de célébrités.

Tant études de mœurs que roman historique, polar politique que roman d’apprentissage, «Les fidélités successives » est servi par une écriture fluide et cinématographique. Ce « pavé » épique, intelligent, jamais manichéen, peint mieux qu’une thèse toute l’ambivalence de cette « drôle de guerre » ; avec en filigrane, une question : Et nous, qu’aurions-nous fait ?

Ce roman, c’est l’entrée dans l’existence de Guillaume Berkley…

« Nous sommes en 1939, Guillaume à dix-huit ans. Elevé dans une île anglo-normande, il ne connaît que cet univers insulaire. Arrivé à Paris, suite à un dépit amoureux, il se révèle d’une insatiable curiosité».

Un nouveau volet de « L’éducation sentimentale»?

«Guillaume est un candide. Il va se construire psychologiquement, moralement, au contact de l’Histoire, face à un monde chaotique en plein déclin».

Comment, alors, faire un choix ?

«Pour Guillaume, mais également pour nombre de ses contemporains, choisir est impossible ! Il va vouloir être à la fois collabo et résistant, chaque fois pour de

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bonnes ou de mauvaises raisons».

Au cœur du livre, l’amour. Un Jules et Jim, sous l’occupation ?

« En effet ! Deux frères amoureux de la même femme qui, au gré des influences, se donnera à l’un ou à l’autre. A l’instar de ces hommes qui ne savent où se situer par rapport à l’Histoire, elle ne trouve pas sa place face à l’amour ».

Guillaume, héros ou antihéros ?

« Antihéros. Surdoué, bourré de charme, il croît que tout lui est permis. Proche de Goering et de la résistance, il fréquente les barons du marché noir et les héros de l’armée des ombres. Sa quête? Plaire, être aimé ardemment et surtout par cette femme qu’il ne parvient pas à reconquérir. A trop vouloir séduire, il sera rejeté par tous ».

N’est-ce pas, en fait, l’ambiguïté qui vous séduit ?

«Dans cette période complexe, la France  a donné le pire et le meilleur. Comment et pourquoi devient-on un salaud ou un héros? Les circonstances ? Le hasard des rencontres? Surtout, ne sommes-nous pas chacun un peu des deux ? »

Interview-> Didier Debroux