oates1

Quand Zoe Kruller, jolie serveuse se rêvant star de country, est découverte brutalement assassinée dans son lit, la police de Sparta vise aussitôt deux suspects : Delray, le mari dont Zoe est séparée, et Eddy Diehl, l'amant de longue date. Mais, sans preuve, l'enquête piétine. Les rumeurs s'amplifient, ravageant au passage l'existence des deux hommes et imprimant un cours étrange à celle de leurs enfants.

Aaron Kruller et Krista Diehl, adolescents sacrifiés à l'histoire familiale, chacun persuadé que le père de l'autre est l'assassin, conçoivent peu à peu une redoutable obsession réciproque. Étrange lien que l'éloignement et les années n'entameront en rien. Aussi, lorsque longtemps après le drame ils se rencontrent de nouveau, ils semblent prêts à exorciser les fantômes du passé, à se réconcilier avec leur lourd héritage. Mais rien n'est simple pour ces êtres qui oscillent entre violence muette, désir sauvage, et peur de l'autre.

Avec Petit oiseau du ciel, Joyce Carol Oates fait le récit d'une passion romantique et cruelle, sensuelle et destructrice. Dans cet univers brutal, où l'alcool et la drogue font oublier le quotidien, où la dureté est le meilleur des remparts, tous rêvent d'une nouvelle vie, mais est-ce seulement possible ?

oates

Oates revient à la narration pure, après un roman "J'ai réussi à rester en vie" (biographique) où elle racontait, avec une talentueuse impudeur, comment survire à la perte de l'être aimé. Certes, ce nouvel opus n'égale pas les "Chutes", "Bellefleur" ou de "Nous étions les Mulvaney". Force est néanmoins de constater que, malgré sa prolixe production, Oates livre une nouvelle fois une histoire captivante, disséquée comme toujours de manière implacable. Obsédant comme le refrain de la chanson qui hante la narratrice et qui donne son titre au livre.

Obsédant comme un traumatisme d'enfance qui ne veut pas se faire oublier, comme un visage qui ne s'efface pas, comme une vengeance qui démange; on retrouve tous les thèmes chers à la romancière américaine, et d'abord celui de la blessure originelle sur laquelle certaines personnalités se construisent, entre fragilité et volonté de survie colossale.

Dans cette histoire d'amour et de mort, le plus grave n'est pas le meurtre d'une femme, mais ce qui est sacrifié insidieusement : l'équilibre, ou la possibilité de bonheur, de deux adolescents dont les vies improbables seront irrémédiablement liées.