Schulberg

Manley Halliday, l'idole littéraire des années vingt, n'est pas au mieux de sa forme lorsque Shep, un scénariste débutant, fait sa connaissance. Ruiné, malade, il a cessé de boire mais a laissé tomber son roman en cours. Il végète à Hollywood et se sent incapable d'écrire le scénario pour lequel il a été engagé. Shep est là pour l'aider. Il l'admire, l'encourage, mais l'idole est définitivement déchue. Manley Halliday, c'est Scott Fitzgerald. Shep, c'est Budd Schulberg. "Le désenchanté"  est le récit poignant d'une rencontre entre deux hommes dont la maîtresse commune est la littérature.

Publié en 1950, s'il est inspiré de la chute de Scott Fitzgerald, Budd Schulberg nous donne là une œuvre follement romanesque, peignant dans un même maelström les débuts de la folie de Zelda (lire Alabama song de Gilles Leroy) et la débandade boursière de la fin des années 20.

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Quel roman, quelle histoire fabuleuse de champagne et de gueules de bois, de fêtes dignes de Gatsby et de déchéances trop tôt venues. Schulberg traite admirablement d'un univers dont il connaît tous les codes. De Manhattan à Paris, de Berlin aux Alpes enneigées, flashback parfaitement intégré dans la progression qui va vers l'ultime, "Le désenchanté" s'inscrit indéniablement comme un incontournable de la littérature US. Texte puissant, plume acérée qui révèlent les arcanes d'une ville mythique, d'une usine à rêves, mais plus sûrement la brûlure d'un talent phénix qui n'en finit pas de ne pas renaître.

Budd Schulberg s'en est allé en août 2009. S’il fut l'un des grands scénaristes à Hollywood, il n'a pas attendu le 7ème art pour savoir écrire romans et nouvelles dont les cinéphiles ont retenu notamment "Un homme dans la foule", "Plus dure sera la chute", "Sur les quais". Fils d'un ponte de Paramount, élevé dans le sérail, il n'en demeure pas moins un grand auteur des lettres américaine. "Le désenchanté" est un enchantement!