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Avec "De Sang Froid" , Truman Capote ouvre une nouvelle voie à la littérature: celle du roman-réalité. Nous sommes en 1959, Holcomb, Kansas. Un fermier, sa femme et leurs deux enfants, profil parfait de la famille puritaine modèle, sont sauvagement assassinés. Sans mobile apparent, tant la somme dérobée - quelques dollars, est dérisoire. Les coupables ? Perry Smith et Dick Hickock. 

Interpellé par un article de presse relatant le macabre fait divers, Truman Capote y décèle la matière d’un roman et décide de relater les évènements certes sous forme romanesque mais avec une précision quasi journalistique. Il quitte New York, et sa Gentry, pour s'installer quelques temps à Holcomb, afin de rassembler le maximum d'informations sur la façon dont s'est déroulé le crime.

Il recueille des témoignages, l'avis de la population et des autorités locales. Surtout, il rencontre et interroge les assassins eux-mêmes dans leur cellule.

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L'écriture est à l'os, froide, chirurgicale... Capote entame par une esquisse des lieux du crime, une petite ville de la Bible Belt. Tous les protagonistes sont ensuite présentés avec minutie. Vient la description des meurtres - glaciale- et la traque des criminels.

L'homme s'intéresse particulièrement à la psychologie des deux jeunes criminels. L'auteur y décortique l'étrange processus qui mène de simples marginaux, rongés par une multitude de démons intérieurs, à un quadruple meurtre. En filigrane, il analyse avec fasciniation la façon dont une petite communauté sans histoire vit une telle tragédie.

D'abord publié dans le New Yorker, en 1965, "De sang-froid" devient un classique de la littérature américaine du xxe siècle. Le succès considérable de ce livre qui se vendra à des millions d'exemplaires lui apporte tout ce qu'il souhaitait, la fortune, la célébrité et une vie mondaine éclatante. Il organise lui-même le 28 novembre 1966 un événement mondain légendaire, un bal masqué en noir et blanc à l'hôtel Plaza à New-York où se pressent 540 invités triés sur le volet.

Truman Capote est alors au sommet de sa gloire mais jamais plus il n'écrira un texte de cette ampleur. Il est transformé par ce travail épuisant d'enquêtes et d'écriture. Il ne parvient à renouer ni avec son métier d'écrivain ni avec lui-même. Mais la raison principale de cette dépression, de sa chute dans l'alcoolisme et de son manque d'inspiration qui ne le quitteront plus, c'est sa rencontre avec Perry Smith, l'un des deux assassins, qui le touchera profondément. Capote voyait en lui l'homme qu'il aurait pu devenir s'il n'avait pas eu la littérature dans sa vie.

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L'écrivain devient aigri, déçu tant par sa carrière que par sa vie personnelle, de plus en plus dépendant de l'alcool et de la drogue. 

Il ne connaîtra plus qu'une longue descente aux enfers jusqu'à ce jour de 1984 où, à Hollywood, il décède d'une overdose de médicaments. 

Pour Norman Mailer, il était "l'écrivain le plus parfait de ma génération!

Et William Styron de pousuivre : "C'était un maître incontesté du verbe... Il avait le don de faire chanter et même danser les mots, de provoquer le rire, de vous donner le frisson, vous toucher le cœur".