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« Quand l’orgueil chevauche devant, honte et dommage suivent de près ». Sans doute Théophane aurait-il dû entendre la maxime de Louis XI. Sans doute aussi à l’entendre ne serait-il jamais devenu cet autre…

L’orgueil ! C’est l’un des péchés par lequel Gilbert Sinoué explore l’histoire de ce chirurgien cardiaque que l’on retrouve médecin de famille à Patmos, petite île perdue au cœur de la mer Egée, après avoir défié Dieu.

Une nouvelle fois, le medjdoub met son talent de conteur oriental au service d’une histoire passionnante où se conjuguent suspens et questions existentielles, où les fantômes croisent le fer avec la réalité.

Nous sommes face à un être brillant, chirurgien mondialement reconnu, qui va tenter de réaliser une opération particulièrement complexe au seul nom de la vanité et à la seule gloire de son ambition. Mais on ne provoque pas incidemment la Nature. L’opération se complique et le patient succombe. L’homme, Théophane, se voit dès lors brisé. Ses rêves s’écroulent, sa femme le quitte… Il ne lui reste désormais que ses fantômes et sa culpabilité. Il décide de larguer les amarres et s’en va se réfugier sur l’île de Patmos. Là, chaque jour, il revisite le mythe de Sisyphe. La nuit, elle, apporte son lot d'angoisses.

Sur ce caillou surgit des eaux, terre minuscule où Saint-Jean aurait rédigé l’Apocalypse, il va tenter de se reconstruire. Aux côtés de son fils d’abord, mais également de personnages multiples et pluriels aussi fragiles que lui. Surtout, il croisera Antonia, jeune fille frappée de poliomyélite, auprès de laquelle il renouera avec des sentiments qu’il imaginait à jamais oubliés.

Au détour de ces destins, comme souvent dans l’œuvre de Sinoué, l’exil marque de son empreinte les contours du récit. Comment s’intègre-t-on dans un pays même si l’on en partage les origines ou la culture?

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Au-delà, l’auteur entrelace les âmes et les corps au travers de ses pérégrinations sur les chemins de  la spiritualité, de la compréhension des êtres, du rapport père-fils. Réflexions dans lesquelles viennent s’immiscer la mort, la culpabilité, l’amour… Et l’auteur de convoquer la mythologie et les religions pour poser les questions mais trop élégant que pour donner les réponses

Portée par le souffle d'une plume ciselée, l'histoire ne connaîtra son dénouement qu’à la dernière page, lors d’un surprenant rebondissement qui révèlera un (trop) lourd secret.

« L’homme qui regardait la nuit » s’inscrit comme une parenthèse ou un tournant véritable dans l’œuvre de Gilbert Sinoué qui livre ici son roman le plus personnel. Après Erevan, Inch Allah, l’homme avait besoin de croire à nouveau en l’Homme et peut-être en la possibilité d’un futur. Une autre manière de cheminer vers la paix intérieure, la sienne…