Olive n'est pas une héroïne traditionnelle : c'est une vieille dame, plutôt grosse, plutôt méchante et en tout cas pas très aimable avec son mari Henry et ceux qui la connaissent. Et ceux qui la connaissent, on va les croiser au détour de treize nouvelles servies par un style unique. Treize sonates qui composent un brillante partition concertante...

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*L'Amérique aime la littérature en Technicolor et les effets de manches, mais ça ne l'a pas empêchée de décerner en 2009 son prix le plus convoité - le Pulitzer - à ce roman où il ne se passe... rien. Enfin, rien de spectaculaire! dans ces pages brodées au petit point, et qui battent au rythme d'un "coeur simple" - façon Flaubert. Ce coeur-là est celui d'Olive Kitteridge, épouse apparemment très ordinaire du pharmacien de Crosby, une bourgade du Maine, enchaînée à ses routines comme dans une toile d'Edward Hopper.

Olive a été prof de maths. Elle a vieilli. Elle est mal foutue. Elle a les chevilles enflées et de grosses mains pataudes. Elle est aussi affreusement possessive - toujours sur le dos de son fils, Christopher - et ne mâche jamais ses mots. Malgré tout, elle est la plus attachante des femmes. Parce qu'elle n'a pas son pareil pour comprendre les autres, sous ses airs bougons. Parce qu'elle est un tourbillon de bonté, dans ses robes qui la boudinent. Parce qu'elle voit clair, terriblement clair, et que cet oeil de médium la condamne souvent à rester sur la touche ou à se prendre les pieds dans les tapis, comme si elle était l'éternelle victime de sa propre lucidité. 

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Née en 1956 dans ce Maine qu'elle met en scène, Elizabeth Strout signe, avec Olive Kitteridge, un superbe recueil sur la complexité des relations humaines et sur la difficulté de vivre.

Avec, en toile de fond, cette Amérique provinciale où de nombreux personnages viendront croiser le chemin d'une héroïne qui préfère la petite musique des âmes aux intrigues tonitruantes. Un bijou de psychologie et de délicatesse, comme si Virginia Woolf s'était penchée sur l'épaule d'Elizabeth Strout.  

Bien que la solitude et la perte hantent ses pages, l'auteur fournit également une jolie dose d’espoir liée à l'humour. Les personnages sont soutenus  par les petits détails de l’existence et même Olive est parfois prise au dépourvu par la beauté déconcertante de la vie. Elizabeth Strout anime l’ordinaire avec une force déconcertante. Elle nous plonge dans les eaux tumultueuses du quotidien et nous en sortons à bout de souffle…

* L'express