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Erik Larson, auteur de "Le Diable dans la ville blanche",  s'empare avec brio de la vie de William E. Dodd, qui fut ambassadeur américain à Berlin de juillet 1933 à décembre 1937. D'une plume alerte, en véritable storyteller, le journaliste américain conte l'incroyable expérience d'un paisible universitaire devenu diplomate chez les nazis presque par hasard. Un ouvrage historique qui se lit comme un thriller.

Mais pourquoi Roosevelt propose-t-il le poste d'ambassadeur à Berlin, six mois après l'accession au pouvoir de Hitler, à un homme qui n'a jamais été diplomate. Dodd est en effet un historien dont le seul rêve est d'achever une histoire du sud des États-Unis. Mais après avoir essuyé plusieurs refus auprès de diplomates de rang, Roosevelt, qui connaissait Dodd, savait qu'il avait étudié à Leipzig et parlait allemand, se tourne vers lui. Il accepte et, accompagné de son épouse et de ses deux enfants, débarque en Allemagne le 13 juillet 1933.

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À travers les regards de Dodd et de sa fille, restitués par l'auteur grâce à leurs notes personnelles, apparaît une Allemagne en pleine période charnière. Un pays qui semble paisible et attrayant, au point que, dans un premier temps, le régime nazi séduit la jeune femme de 24 ans. Elle deviendra notamment la maîtresse de plusieurs dignitaires nazis, dont Rudolf Diels, premier chef de la Gestapo, mais aussi celle d'un espion soviétique…

Quant à Dodd, dans une lettre du 13 août 1933 à Roosevelt, il affirme, tout en désapprouvant les exactions contre les Juifs commises par les SA, qu'«un peuple a le droit de se gouverner et que les autres peuples doivent faire preuve de patience». 

Au fil des mois, la réalité de l'horreur nazie s'impose à la famille Dodd. Avec, en point d'orgue, la Nuit des longs couteaux, du 29 au 30 juin 1934. Dodd critique alors ouvertement le régime. Sous la pression allemande, il est rappelé à Washington en décembre 1937. En Amérique, il dénonce sans cesse le Führer. Le 10 juin 1938, il déclare à Boston, à propos des Juifs, que l'intention de Hitler est de «les tuer tous». Mais le gouvernement américain reste prudent, timoré. En septembre 1939, Dodd écrit à Roosevelt que les démocraties auraient pu arrêter Hitler «si elles avaient coopéré». «À présent, il est trop tard», conclut celui qui s'éteint le 8 février 1940, à l'âge de soixante et onze ans.

Passionant, un document incroyable et sidérant!