fletcher

Ce n'est pas un livre c'est… un rêve!!

Et c'est Gérad Collard qui en parle le mieux....

"C'est l'histoire d'une petite anglaise, Moïra, intelligente, centre du monde, de son monde, qui vit au bord de la mer, dans la nature omniprésente. Elle s'y sent en sécurité, elle fait corps avec elle, vit à travers elle, n'existe que par elle. Elle a l'amour de ses parents, sa vie est un rêve parfumé par l'odeur des gâteaux et des feux de bois dans la cheminée. 
Puis un jour, tout bascule, apparaît une petite sœur. Tout explose. Plus rien ne sera jamais pareil, les arbres et l'herbe n'ont plus la même couleur, le vent la même odeur, les vagues la même musique. Elle a le cœur plein de rage, déteste ses parents qui ont trahi son amour exclusif. Son désespoir est total alors qu'après trois fausses couches c'est un bonheur inespéré pour sa mère. Intelligente, elle obtient une bourse d'études et « fuit » dans une école privée, loin de chez elle. Elle se referme comme une huitre. Quelques années plus tard, cette petite sœur tant haïe, a un accident et tombe dans un coma apparemment irréversible, même si Moïra feint de croire le contraire.  Chaque jour, elle se rend à son chevet et lui parle malgré tout. Elle se raconte, les raconte, tente de comprendre cette haine qui l'a longtemps habité et la culpabilise tant !

fletcher1Elle nous décrit avec une délicatesse inouie tous ces petits moments de la vie, apparemment anodins qui séparent ou unissent deux êtres que la vie a rassemblée malgré eux. Elle nous raconte son adolescence. Toute sa vie, elle restera cette petite fille devenue grande. Elle est seule, seule avec ses affreuses lunettes en plastique, sa bourse d'études et ses pieds trop grands. Taciturne, brillante, elle travaillle, réussit ses études et rêve de… la mer ridée par la pluie, des vagues contre les quais, des mouettes. 

Quel délicat et émouvant portrait que celui de cet enfant solitaire et abandonnée. Que de détresse derrière cette froideur arrogante. Comme nous aimerions la réconforter. On ne cesse, les pages défilants, de penser à Jane Austen et son génie pour décrire l'âme humaine avec justesse et pudeur. Puis peu à peu la vie passe et cet enfant devenue une bonne épouse, bien en chair, l'amour aux lèvres, incapable de s'abandonner à l'amour des autres se réconciliera avec sa sœur… doucement.

Que dire de plus sinon qu'il y a des livres pour lesquels il n'existe pas de mots! Ah si ! Dire que ce roman est aussi et surtout l'un des plus bel hymne à la nature de la littérature occidentale contemporaine. Sa poésie est un enchantement qui touchera même les plus récalcitrants qui comme nous sont allergiques au moindre brin d'herbe ! Avec elle, vos journées se pareront des couleurs les plus somptueuses, elle nous réapprend à voir notre monde, un peu comme les impressionnistes. Elle rend toute leur sensualité aux petites choses du quotidien. Son livre n'est que lavande de mer, fous de bassans, odeurs de bois mouillé, vieux cordages humides. Même le vent chaud est parfumé de rêve !! Ce ne sont pas des phrases, ce sont des mélodies, douces, troublantes qui s'insinuent en vous, imperceptiblement, subrepticement.

Oui le talent existe encore, tout en pudeur!"

Gérard Collard (La Griffe Noire)