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On se retrouve au bar d’un élégant hôtel Bruxellois, sis dans le haut de la ville. Elle est assise dans un canapé rouge de style baroque, et un léger mal au dos renforce encore son allure modiglianesque. Elle est vêtue simplement : jeans, une paire de bottes, chemisier blanc et petit pull gris… rien d’ostentatoire, juste une distinction naturelle soulignée par une discrète élégance. Posture droite,  jambes croisées, souple chevelure grise, visage angulaire et regard perçant; elle semble distante, absorbée par son i-phone. Je m'approche d'elle, lentement. Elle relève la tête et d’un geste, d’un sourire, elle capte la lumière; illumine les lieux.

C’est la troisième fois que l’on a rendez-vous depuis « Elle s’appelait Sarah ». Est-ce le temps, ou la coupe de champagne- ?-, la voilà enjouée, rieuse, polissonne et espiègle, n’hésitant pas à digresser mais toujours  passionnée lorsqu’elle évoque son dernier opus « A l’encre russe »; roman gigogne, sans doute son livre le plus personnel. Un récit riche, construit, édifié comme un cabinet de curiosité, véritable livre à tiroirs, -oserait-on écrire à poupées russe ?- Un ouvrage bien différent de ses précédents mêlant habilement mystère des origines, quête identitaire et secret de la création littéraire. Au-delà, c’est aussi une réflexion sur la vanité, le sentiment amoureux, le deuil, le monde germanopratin, les coteries, le pouvoir, le succès et l’angoisse qu’il génère…

L’histoire ? Celle de Nicolas Duhamel qui, à vingt-quatre ans, renouvelant son passeport, découvre que son père, marin disparu en mer alors qu’il était enfant, n’est pas le fils de Lionel Duhamel et s’appelle en fait Koltchine. Nicolas s’interroge : pourquoi sa famille a-t-elle entretenu un tel mensonge ? Affecté par ces révélations, il se lance sur la piste de son passé, jusqu’à Saint-Pétersbourg. De cette enquête naît un roman, publié sous le pseudonyme de Kolt, qui rencontre un succès aussi inattendu que phénoménal. Après trois ans sous les feux des médias, d’Oslo à Singapour, celui qui se nomme désormais Nicolas Kolt s’est brûlé aux feux de la gloire mais pense néanmoins, grâce à son livre, en avoir fini avec les fantômes du passé. Pour tenter de retrouver l'inspiration, il fuit dans un palace toscan où son destin l'attend. Pourtant, au cours de sa villégiature dans ce paradis pour happy few, Nicolas verra s’accumuler orages et périls, défiler sa vie et se jouer son avenir.

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Que vous est-il arrivé il y a trois ans ?

«Je me suis rendue à la mairie de mon arrondissement pour une affaire banale : renouveler mon passeport. Or, si je suis née à Neuilly, mon père lui a vu le jour à l’Ile Maurice et ma mère à Rome. Dès cet instant, le fonctionnaire m’a demandé de prouver ma nationalité française. Pour ce faire, il m’a fallu retrouver des documents remontant jusqu’à mes arrière-grands-parents ! Une expérience troublante…».

Est-ce donc de la douleur d’une humiliation qu’est né ce livre ?

«En effet, avoir à prouver qui on est demeure très douloureux. Remettre en cause votre identité est une épreuve traumatisante! »

Que vous transformez en aventure …

«Certes, mais cela m’a surtout permis de renouer avec mes racines russes, de partir vers St-Petersbourg afin d’y retrouver ma famille et (re)tisser des liens avec cette part de moi-même ».

Et voilà donc la quête des origines, avec au centre la recherche d’un père. Celui-ci ressemble étrangement à votre oncle, non ?

«C’est vrai, mon oncle Arnaud de Rosnay, disparu en mer en 1984 et dont on a jamais retrouvé le corps. C’était un homme flamboyant, fantasque, fou, très sportif, une sorte de Gatsby. J’avais très envie de lui rendre hommage ».

Raison pour laquelle votre roman se révèle si personnel ?

«Personnel et très familial! J’ai pu ainsi apprendre à mieux me connaître et cercler certaines zones d’ombres que je n’avais pas suffisamment explorées. Aussi, j’ai pu travailler sur l’impossibilité du deuil».

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Ce livre parle beaucoup de vanité. Une confession ?

«J’espère que non. Mais il est vrai que les écrivains souvent son vaniteux face au succès. Comme le souligne l’un des personnages, les auteurs détiennent les clés du monde. Ils le recréent. Ils sont les empereurs d’un univers qu’ils dominent où ils sont les seuls à pouvoir donner et maîtriser la vie. Si l’on est un peu fragile, Il y a là de quoi devenir vaniteux. D’ailleurs j’en connais quelques-uns…»

Vous explorez également les raisons qui poussent à écrire. Pourquoi, prenez-vous la plume ?

«Au-delà des jeux de miroirs qui composent ce roman, le mystère de l’écriture en demeure un élément fondamental. Pourquoi écrit-on ? La seule raison qui devrait motiver un écrivain est le fait d’avoir quelque chose à dire, à transmettre. Il faut que l’auteur prenne des risques, invente des réalités, explore des univers personnels ou étrangers, torde certaines vérités. Ecrire, c’est se mettre en danger avec sincérité ! »