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Bon, heeeuuuuu, comment dire? Moi qui suis agnostique, je vais peut-être finir croyant car là je viens de vivre un miracle: deux heures trente plongé dans "L'ombre d'un homme", de Bénédicte des Mazery. Un miracle, dis-je!

D'une grande sobriété, servit par une plume limpide, claire, toujours respectueuse, ce roman conte l'amour, les sentiments, la guerre, l'horreur, lève le voile sur ces personnes dites "demi-juives" dont on parle peu, trop peu; explore la culpabilité, l'impossibilité d'oublier...

Cent-cinquante pages ténues, d'une grande pudeur et pourtant si puissantes. Point de pacotille, de superflu, seul l'éclat d'un solitaire qui grave à chaque phrase l'essence même d'un chef d'oeuvre!

L'histoire? Celle d'Alfred Vigneux: un vieillard trop grand, trop vieux, trop seul, hanté par le passé. Dans ses rêves, le fantôme de Charlotte, Charlotte Wiesenberg, son amour (secret) de jeunesse. Nous sommes au début des années quarante, Alfred ne voit le monde qu'au travers de la voix chaude et douce de Charlotte, la voisine de l'étage d'en-dessous. Jusqu'au jour où elle, son mari et son fils de trois ans sont envoyés au camp de Drancy. Elle sera ensuite séparée des siens et transférée dans un camp de travail, au centre de Paris, à Lévitan. C'est là, au coeur du 10ème arrondissement, qu'on regroupait les prisonniers qui n’étaient pas déportés vers Auchwitz en raison de leurs origines. Ils étaient chargés de trier les meubles, les objets saisis dans les appartements juifs et destinés à être expédiés à la population allemande, contribuant malgré eux à l’entreprise de destruction des nazis.

Quelques décénies plus tard, Alfred, géronte, passe un arrangement avec Adèle, jeune femme mariée et mère du petit Léo: un appartement contre un repas chaque soir. Très vite, l'enfant comprend qu'ils n'ont pas été choisis par hasard. Et, derrière cette relation particulière, se cachent des souvenirs lointains... 

Au fil des dîners, l’histoire familiale se révèle peu à peu, sous la pression du jeune garçon, bien décidé à en découvrir le secret. Mais le passé peut-il être réparé ? Et quelles traces les fautes commises ou subies laissent-elles sur les descendants ?... 

Un roman bouleversant ! Un Miracle. La plus belle découverte de la XXVème heure!

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Extraits

"Que reste-t-il d'une vie? Des moments, juste des moments qui reviennent comme des flash et que l'on peine à relier les uns aux autres".

"Ce qu'il reste au vieil homme finissant, c'est cette main ridée dans la sienne, ces yeux noirs dans lesquels il cherche, en vain, l'éclat rieur qui lui plaisant tant"

"Ce jour-là, Alfred Vigneux se lève à l'aube et le premier geste qu'il accomplit, c'est de tirer les rideaux. Dehors, la pluie martèle les pavés luisants; toute la nuit, il l'a écoutée tomber, dans l'attente du petit matin. Il appuie son front contre la vitre, laissant l'humidité le pénétrer et, comme à chaque fois, ce geste le renvoie à son enfance.

C'est aujourd'hui que tout commence".