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Chez David Lodge, le campus novel (roman universitaire) n'est pas seulement un motif romanesque traditionnel, mais un art, un morceau de bravoure. Lodge pointe de façon savoureuse les mœurs du milieu enseignant, à l'heure des colloques et de la mondialisation des savoirs. Mais Un tout petit monde est avant tout un livre culte, comme l'écrit Umberto Eco dans sa préface, d'un humour infini, admirablement construit et d'une acidité réjouissante. Il suffit, dès les premières pages, de suivre « la réception au sherry » en compagnie de Persse McGarrigle, spécialiste de T.S. Eliot et rendu fou par les nichons - pardon : les « dômes du temple » - d'Angelica Pabst, pour être conquis...

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L'histoire? Elle commence par une question: Où sont les campus d'antan où des professeurs de lettres besogneux erraient comme des âmes en peine entre les salles de cours, la bibliothèque et la salle des professeurs, l'intelligence en jachère, le coeur en sommeil ? Le jumbo-jet, les médias ont changé tout cela, arrachant les universitaires d'aujourd'hui à leur solitude, les amenant à communiquer avec de lointains collèges à l'autre bout du monde. L'ère du campus global est arrivée et ses liturgies favorites sont les congrès. Celui de Rummidge, par exemple, où nous retrouvons Philip Swallow et le bouillant Américain Morris Zapp. Ils seront entourés de deux jeunes universitaires brillants: la ravissante Angelica Pabst, dont tout le monde cherche à s'attirer les bonnes grâces, et le naïf Persse McGarrigle, un jeune poète irlandais qui n'a jamais entendu parler de structuralisme et qui compte bien sur elle pour l'initier! Bref, les innombrables professeurs de littérature anglaise qui peuplent ce roman ne cherchent pas tant à satisfaire leur soif de savoir qu'à assouvir leur immense besoin d'amour. 

Sous la baguette de David Lodge, la littérature est le prétexte de rencontres hilarantes, et la planète se rétrécit comme par magie pour devenir une sorte de grand livre, peut-être cette anthologie de tous les livres dont rêvait Borges dans "La Bibliothèque de Babel".

Irrésistible de drôlerie, réaliste jusqu'à la crudité, le livre de David Lodge est surtout délicieusement mais parfaitement méchant comme savent l'être les oeuvres des grands moralistes... Un régal!