decoin

Décidement, à chaque lecture, la plume de Didier Decoin me séduit d'avantage. D'une encre sèche, brute comme la réalité, il sait dévoiler des mondes imaginaires où en observateur attentif, il explore l'âme humaine. Ses romans sont truffés de personnages excentriques et généreux transgressant, avec gourmandise, l'ordre établi, entraînant le lecteur dans les méandres des utopies de l'auteur. Et "Madame Seyerling" de souligner une fois encore se talent si particulier...

L'histoire? Celle d'Antoine Dessangles, narrateur angoissé de son nouveau roman. Ecrivain se sentant l'âme décapitée, il décide de poser définitivement son stylo. Personne ne le sait, surtout pas sa femme Isabelle et encore moins son éditeur à qui il continue de faire croire qu'il achève son roman "Emma et Anna" où il imagine qu'Anna Karénine, qui ne s'est pas jetée sous un train, et Emma Bovary, qui aurait simulé un empoisonnement, se rencontrent dans le buffet de la gare de Vienne. Ce qui se passe au-delà des choses concrètes, voilà ce qui intéresse Antoine, collectionneur "d'après".

Vide d'inspiration, il part: direction New-york à la recherche d'une certaine Mme Seyerling, dont il a découvert l'histoire par hasard; celle d'une énigmatique femme noire, dont la fille Laura a été condamnée à mort puis exécutée.

decoin1

Débute alors un deuxième roman qui brosse l'émouvant portrait d'une Américaine rebelle, amoureuse des jardins, ne survivant à son chagrin que pour visiter celui de Sissinghurst, en Angleterre, où la romancière Vita Sackville-West aimait venir méditer.

Comment Antoine aidera-t-il Mme Seyerling à réaliser son projet fou? C'est tout l'enjeu de ce roman charmeur, habilement construit, le plus personnel d'un Didier Decoin, maître de la fantaisie débridée et jongleur de mots savoureux chargés de montrer que l'avenir appartient à ceux qui n'abdiquent jamais leurs rêves libérateurs...

Un régal!