Au revoir là-haut, Pierre Lemaître, chez Albin Michel.

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«Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d'avantages, même après.»  Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu'amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts...

Fresque d'une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d'évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l'après-guerre de 14, de l'illusion de l'armistice, de l'État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l'abomination érigée en vertu.
Dans l'atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

L'invention de nos vies, Karine Tuil, chez Grasset

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Sam Tahar semble tout avoir : la puissance et la gloire au barreau de New York, la fortune et la célébrité médiatique, un « beau mariage »… Mais sa réussite repose sur une imposture. Pour se fabriquer une autre identité en Amérique, il a emprunté les origines juives de son meilleur ami Samuel, écrivain raté qui sombre lentement dans une banlieue française sous tension. Vingt ans plus tôt, la sublime Nina était restée par pitié aux côtés du plus faible. Mais si c’était à refaire ? À mi-vie, ces trois comètes se rencontrent à nouveau, et c’est la déflagration… « Avec le mensonge on peut aller très loin, mais on ne peut jamais en revenir » dit un proverbe qu’illustre ce roman d’une puissance et d’une habileté hors du commun, où la petite histoire d’un triangle amoureux se heurte avec violence de la grande Histoire en début de siècle.

Karine Tuil confirme et livre un roman étoffé doté d'une plume rare, intelligente, savoureuse... 

La servante du Seigneur, Jean-Louis Fournier, chez Stock

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*C'est peu dire que le malheur s'est acharné sur cet homme-là: deux garçons handicapésqui ont rejoind les anges. Il s'est séparé de leur mère et s'est brouillé avec elle après la publication de son livre sur eux, "Où on va Papa?" Sa compagne Sylvie est décédée. Reste sa fille, la benjamine, son "chef-d'oeuvre", aujourd'hui quadragénaire, qui s'est si bien occupée de ses frères aînés, qui s'est montrée si compatissante avec son père après la mort de Sylvie. Or Jean-Louis Fournier a "égaré" cette enfant chérie, voilà une dizaine d'années, depuis qu'elle a rencontré un certain Monseigneur, qui lui a fait rencontrer Jésus; il ne la reconnaît plus depuis qu'elle lui est apparue telle la "servante du Seigneur", pour reprendre le titre de ce livre poignant qu'il lui consacre. "Elle est entrée en religion, mais laquelle?" s'interroge ce père désemparé face à la métamorphose de sa fille. De drôle et charmante, elle est devenue grise et sérieuse. Elle s'est éloignée au prétexte de travailler et ne fait plus que prier. Elle voulait devenir artiste et n'a de cesse désormais d'être une sainte. Elle prône le dénuement et réclame de l'argent. Cette sorte d'épître filiale entre tendresse et rage, affection et incompréhension, où Jean-Louis Fournier alterne le "tu" et le "elle", témoigne avec éloquence de son désarroi. Si la tentation est grande de céder à la nostalgie pour retrouver l'enfant qu'il a perdue, l'écrivain ne renonce pas pour autant à son sens de l'humour...*l'express 

Bouleversant, interrogateur, fin, subtil, délicat... 

L'enfant de l'étranger, Allan Hollinghurst, chez Albin Michel

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« Elle fut déconcertée par la voix de Cecil, une voix qui parut s’approprier très vite et très résolument leur jardin, leur maison et le week-end à venir, une voix nerveuse, prompte, semblait-il, à proclamer qu’elle se moquait de qui l’entendait, une voix dont les intonations étaient teintées en outre d’un brin de moquerie et de la certitude de sa supériorité. »

Tout commence en 1913, dans le jardin d’une maison de campagne anglaise, lorsque le timide George Sawle invite pour le week-end son camarade de Cambridge : l’aristocratique, énigmatique et capricieux Cecil Valance. Ces jours dans la maison familiale et le poème qu’ils inspirent à Cecil vont changer leur destin. Et plus encore celui de Daphné, la jeune sœur de George. En ce printemps où rien n’annonce encore les proches bouleversements de l’Histoire, un pacte se noue secrètement entre ces trois personnages, point de départ d’une fresque saisissante à travers le siècle et les vestiges du temps. William Boyd le considère comme le plus grand styliste anglais contemporain. Alan Hollinghurst est un immense romancier, couronné par les prix les plus prestigieux, dont le Somerset Maugham Award pour La Piscine-bibliothèque et le Man Booker Prize pour La ligne de beauté. E--P-O-U-S-T-O-U-F-L-A-N-T!!!

La lettre à Helga, Bergsveinn Birgisson, chez Zulma

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« Mon neveu Marteinn est venu me chercher à la maison de retraite. Je vais passer le plus clair de l’été dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme que vous habitiez jadis, Hallgrímur et toi. » Ainsi commence la réponse – combien tardive – de Bjarni Gíslason de Kolkustadir à sa chère Helga, la seule femme qu’il aima, aussi brièvement qu’ardemment, d’un amour impossible.

Et c’est tout un monde qui se ravive : entre son élevage de moutons, les pêches solitaires, et sa charge de contrôleur du fourrage, on découvre l’âpre existence qui fut la sienne tout au long d’un monologue saisissant de vigueur. Car Bjarni Gíslason de Kolkustadir est un homme simple, taillé dans la lave, pétri de poésie et d'attention émerveillée à la nature sauvage.

Ce beau et puissant roman se lit d’une traite, tant on est troublé par l’étrange confession amoureuse d’un éleveur de brebis islandais, d’un homme qui s’est lui-même spolié de l’amour de sa vie. Voilà donc un petit chef-d'oeuvre pastoral, épicurien, sensuel et poétique.

Bref, un condensé de bonheur !