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Je ne peux que m'associer à cet article de l'Express et m'écrier en choeur: "Quel pied, mais quel pied!"  Et oui, avec "Au revoir là-haut" de Pierre Lemaître, voilà un pavé qui pourrait bien connaître un destin à la Joël Dicker (on ne peut que lui souhaiter!!!!) où à la J-M Guenassia et son "Club des incorrigibles optimistes".

Donc, "Quel pied, mais quel pied!"  Pardon pour cette formule triviale, c'est juste le cri du coeur que nous inspire la lecture de "Au revoir là-haut", près de 600 pages impossibles à lâcher.Pierre Assouline,  juré du prix Goncourt, le considère comme "l'un des romans les plus puissants de la rentrée". De là à subodorer que ce pavé passionnant est bien placé pour recevoir quelque laurier... Ce ne serait que justice: franchement, Au revoir là-haut - hommage aux derniers mots écrits à sa femme par un soldat fusillé en 1914- confine au chef-d'oeuvre. 

lemaître1Son auteur, Pierre Lemaître, 57 ans, s'est fait connaître par ses polars, de "Robe de mariée" à "Cadres noirs", et s'il change de casaque pour cavaler dans d'autres tranchées, historiques mais pas que, sa grande maîtrise de l'art romanesque sidère du début à la fin. Impossible en effet de ne pas s'intéresser au sort de ses deux jeunes soldats, Albert Maillard, hyperémotif, et Edouard Péricourt, surdoué en dessin; l'un est issu d'un milieu modeste, l'autre d'une famille richissime. Ils font leur apparition dans une scène d'anthologie: ce 2 novembre 1918, tous deux réchappent miraculeusement de la "soudaine attaque de la cote 113", décidée sur un coup de tête par leur supérieur, le lieutenant Henri de l'Aulnay-Pradelle. 

Un sale type, ce Pradelle, comme tous l'appellent au mépris de sa particule, aristocrate désargenté, cynique, portant beau certes, mais moins soucieux de la survie de ses hommes que de redorer son blason. Albert et Edouard en savent quelque chose, sur le point d'être lâchement sacrifiés. Le premier doit la vie au second, qui pourtant s'en sortira plus mal, une jambe estropiée, le visage arraché par un obus, véritable gueule cassée. De retour à Paris, moyennant une audacieuse substitution d'identité qui fera passer Edouard pour mort au combat, Albert procure tant bien que mal de la morphine à son camarade au "visage évidé" afin d'atténuer ses souffrances. Mais il réalise à quel point les "démobilisés" sont devenus des parias dans une France plus soucieuse d'honorer ses morts que de s'occuper de ses survivants. La preuve par les projets de stèles commémoratives qui fleurissent à bon compte, tandis que Pradelle s'en met plein les poches avec son infamant commerce de cercueils trop petits. Mais ceux qu'on appelait "les mercantis de la mort", ces profiteurs d'une guerre "meurtrière au-delà de l'imaginable", ne l'emporteront pas au Paradis...  

Outre un scénario haletant dont l'auteur tire les ficelles avec un mélange de malice et de gravité, sous les auspices d'Alexandre Dumas, de Balzac comme deMichel Audiard, entre autres, ses personnages sont tous aussi irrésistibles les uns que les autres

Il paraît que Pierre Lemaître a prévu une suite. On s'en réjouit d'avance. 

Au revoir, là-haut, par Pierre Lemaître. Albin Michel, 570 p., 22,50 euros.

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