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"L'excellence de l'esprit est un perpétuel festin". C'est à cette citation biblique que nous convie Jordi Soler avec son nouvel opus: "Dis-leur qu'ils ne sont que des cadavres". 236 pages de pur régal! Sans doute l'un des meilleurs romans étrangers de cette rentrée 2013. Une plongée hallucinée sur les traces d'un grand poète, un roadmovie où planent les ombres d'Artaud et de Joyce. Une épopée lyrique où s'entrelacent confrontation des mythes, bacchanales littéraires, délires et folies...

Nous sommes en 1937, Antonin Artaud revient d'un long séjour en terre mexicaine où ils ne se contenta pas d'écrire des vers mais, surtout, multiplia les expériences hallucinogènes. A Paris, il fréquente assidûment les bars, s'ennivre, se perd... Au coeur de cette errance, il décide de partir pour l'Irlande afin de rendre à son propriétaire le bâton sacré de saint Patrick, qu'il croit détenir d'un sorcier cubain.

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Quelques cinquante ans plus tard, trois hommes se retrouvent à Dublin guidés par une même quête: retrouver le bâton sacré! Etrange trio que celui composé par cet écrivain perdu dans une ambassade, ce poète amoureux de son cheval, ce millliardaire excentrique. Outre un amour démesuré pour Artaud, ils partagent une même passion pour... la dive bouteille. Ensembles, ils se lanceront dans une aventure exaltée, un roadmovie azimuté où s'entrelacent coups de gueules, alcools, extravagances, visions psychotiques. Trois personnages démesurés, attachants, qui finiront par se perdre sur le chemin de leur convoitise. Des routes d'Irlande, de Mexico à Paris, ils découvriront que la littérature peut rendre fou!

Bref, l'auteur des "Exilés de la mémoire", de "La fête de l'ours" confirme ce talent si caractéristique aux grands conteurs. Servit par une plume cinématographique, limpide et cristaline, "Dis-leur qu'ils ne sont que des cadavres" se révèle une ode délirante et visionnaire à la littérature, une réflexion sur les mythes, une sorte de dépravation gourmande... Incontournable!