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Plongée en apnée dans les rêves d'un jeune indien sur les terres anglaises, voile levé sur un Londres inconnu, récit d'initiation, personnages excentriques, capiteux, douteux, fielleux..., visite inattendue et surprenante de l'Inde aux travers de sa réalité, de son histoire, de sa tradition. "Le passé continu" se révèle un grand roman servit par une plume alerte, vive et souple, qui n'hésite pas à explorer les sentiments tus, les espérances inavouées ou déçues, les secrets du passé.

L'histoire? Celle de Ritwik Gosh, 22 ans, ayant quitté sa ville natale de Calcutta après la mort de sa mère, décide de s’établir en Angleterre dans les années 1990 avec l’espoir de repartir à zéro. Mais pour cela, Ritwik doit commencer par donner un sens à son passé, et surtout exorciser les relations dévorantes qu’il a entretenues avec sa mère, et qui lui ont laissé tant de cicatrices. Il va tenter sa chance à Oxford où il a obtenu une bourse d'études, déterminé à ne jamais retourner en Inde. 

Puis c'est Londres, à l'expiration de son visa d'étudiant, mais peu à peu son existence se délite dans les bas-fonds incertains de la ville, là où survivent les clandestins. Ritwik est logé chez une vieille dame de 86 ans, Anne Cameron, fragile et blessée, qui lui offre l’hospitalité en échange de soins dont elle a besoin. Parfois, il gagne également un peu d'argent en faisant un travail éreintant pendant la journée dans les fermes de fruits, exploité aux côtés d'autres immigrants illégaux. Pour conjurer sa solitude, il s’évade dans l’écriture, et imagine la vie d’une Anglaise établie au Bengale, Miss Gilby, qui enseigne l’anglais, la musique et les bonnes manières occidentales à l’épouse d’un notable bengali, bien avant la partition de l’Inde, à l'époque du Raj. Cette deuxième histoire est l'occasion pour Neel Mukherjee de décrire avec minutie cette période avec ces conflits interreligieux, la vie des nababs, les relations entre Anglais et Indiens.Une nuit, dans les environs peu sûrs de King’s Cross, Ritwik fait la rencontre du mystérieux Zafar bin Hashm, incroyablement riche, possible marchand d’armes. Ritwik pourra-t-il enfin trouver la rédemption à laquelle il aspire tant?

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Acclamé par la critique quand il a été d'abord publié en Inde en 2008, Le passé continu, premier roman primé, redéfinit l'énigme de l'arrivée dans ce qu'on a appelé la société multiculturelle. Il est également puissant dans sa description de l'Inde comme dans sa représentation de l'Angleterre, plein de compassion, écrit avec une implacable honnêteté, et explore avec talent les liens qu’entretient le héros avec le réel et l’imaginaire. La narration ambitieuse confronte les grandes questions de la fragilité humaine et les manifestations étranges de l'amour. Aussi Neel Mukherjee est-il impressionnant par sa virtuosité à alterner le passé et le présent dans l’itinéraire d’un jeune Indien déraciné, immigré à Londres, qui voudrait enfin pouvoir aimer.

Bref, un régal!