keynes

John Maynard Keynes (1883-1946) fut un économiste majeur, dont la théorie est revenue en force récemment. Mais il fut aussi directeur de théâtre, exploitant agricole, collectionneur d’œuvres d’art, diplomate et dandy. Il eut des amis à la mesure de ses talents, réunis dans le groupe de Bloomsbury, qui comptait des écrivains comme Virginia Woolf et David Garnett ou Vitta Sackville-West. Les deux textes présentés dans ce petit opuscule étaient destinés à son cercle de proches, et n’ont été publiés, à sa demande, qu’à titre posthume.

Dans le premier, Keynes, alors membre de la délégation britannique et conseiller du premier ministre Lloyd George, raconte les tractations qui précédèrent la signature du traité de Versailles, en 1919. Elles portaient pour l’essentiel sur l’approvisionnement en nourriture de l’Allemagne, défendu par ceux qui avaient des porcs à vendre, au nom de la compassion et… de la lutte contre le bolchevisme. Keynes est limpide, élégant, irrésistible. Ce Dr. Melchior : un ennemi vaincu, raconte avec verve et talent les coulisses. Il livre une description rare et passionnante de l'art de la négociation diplomatique, qui se lit comme un petit roman. 

Mes premières convictions évoque sa jeunesse, Cambridge autour de 1900, les origines de Bloomsbury. Ce sont les années d'apprentissage d'un esprit libre... Il revient sur ses convictions de jeunesse, cette frivolité brillante qui traduisait son point de vue sur le monde allègrement « immoraliste». Un regard jubilatoire sur des temps fondateurs où Keynes, pur génie du XXème siècle, se montre définitivement attachant.

Au-delà, il se révèle un homme d'une très grande culture. Il savait tenir la plume pour relater des souvenirs, brosser des portraits, raconter des faits historiques. On le voit dans ces deux récits qu'il lut devant ses amis du groupe de Bloomsbury ; dont il était l'un des piliers, avec Virginia Woolf qui admirait les dons littéraires qu'il révélait dans ces occasions. Bref, un régal!