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Pendant l’année 2011, Mark Rothko (1903- 1970) devint le héros de Red, une pièce de théâtre à succès sur Broadway qui gagna six Tony Awards, tandis que, dans les maisons de ventes aux enchères, la cote de ses tableaux n’en finissait pas de monter, dépassant celle de ses collègues américains de la même période – Pollock, de Kooning, Newman, Still. Quant aux expositions de ses oeuvres, elles circulent dans les musées du monde entier, attirant un public de plus en plus enthousiaste. Né Marcus Rotkovitch à Dvinsk, dans l’Empire russe, il émigre à l’âge de dix ans aux États-Unis, emportant avec lui son éducation talmudique comme ses souvenirs des pogroms et des persécutions de son enfance.

Il a tout juste trente ans lorsqu’on lui offre sa première exposition individuelle et, dès les années 1950, il est célébré au MoMA, à l’Art Institute de Chicago, ainsi que dans les plus grands musées européens. Alors que le judaïsme n’a produit que très peu d’artistes plasticiens jusqu’au xxe siècle, l’héritage laissé par Rothko éclate sans conteste aujourd’hui. Son oeuvre la plus aboutie est sans aucun doute la chapelle Rothko, un lieu de méditation oecuménique à Houston, Texas. Voilà un ouvrage qui dévoile la trajectoire de cet artiste majeur qui fut également un érudit, un intellectuel, un éducateur et, bien sûr, un passeur, dont la dimension spirituelle reste ancrée dans la complexité et la richesse de sa propre généalogie.

telechargement*Pris habilement par la main par Annie Cohen-Solal, nous découvrons un Mark Rothko (1903-1970) qui chemine, d’étape en étape, vers ces peintures, plus polychromes que monochromes, généralement en deux parties qui se répondent chromatiquement et spirituellement. L’aboutissement d’un long travail de sape sur les voies de l’expression intériorisée. Lumineuse et d’apparence sereine, la peinture vibrante de Rothko cache une personnalité au parcours complexe. On l’oublie trop souvent, né Marcus Rotkovitch en Lettonie, le petit Juif de Dvinsk s’en est allé en Amérique à l’âge de dix ans. Fuyant pogroms et persécutions pour devenir américain sous le nom de Mark Rothko, le jeune homme n’aura pas une vie tellement plus réjouissante aux States. Il y abandonna ses études pour la peinture, et c’est elle qui l’aura momentanément sauvé des affres de la vie.

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Première expo à 30 ans et, à 47, une reconnaissance au MoMa, puis à Chicago, et enfin partout dans le monde. Mais, comme l’avait écrit Van Gogh, autre suicidé de la société, "La tristesse durera toujours", et Rothko, comme le pauvre Vincent, mit fin à ses jours.

Il avait 67 ans et, derrière ou devant lui, une œuvre d’une densité abstraite qui, 43 ans après sa mort, émerveille, éblouit, émeut de plus belle.

Le livre, bien documenté, sensible et attachant, d’Annie Cohen-Solat est une invitation à mieux cohabiter avec un artiste et une œuvre qui ciblent au cœur de l’être....

*La Libre