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Yates.... Richard Yates? Bon sang mais c'est bien sûr! Mais oui,  Di CAprio et Kate Winslet dans les Noces Rebelles, un film de Sam Mendes.... Et voilà, Hollywood remet à l'honneur un Grand, un Très Grand, de la littérature made in USA. Un incourournable dont se revendique tant Richard Ford, que Styron, John Cheever ou Raymond Carver.  Yates est un miniaturiste de l'univers ordinaire des gens de peu ou de rien.  Quelque chose comme du Updike asséché: la ville ou la banlieue pour décor et des hommes, des femmes équitablement voués au désastre, à des vies qui jamais ne se hissent à la hauteur de leurs rêves. "Un été à Cold Spring" se veut strictement réaliste, poignant, tendre, désenchanté.

L'histoire? Nous sommes à Long Island, fin des années 1930. Fils d'un officier en retraite et d'une mère neurasthénique, le très séduisant Evan Shepard n'a pas dix-huit ans quand il épouse Mary, une lycéenne "provocante", tombée enceinte peu après leur première sortie au cinéma. S'il se révèle un mécanicien prometteur, il est parfaitement dénué d'ambition tandis que Mary, elle, prépare son entrée à l'université dès la naissance de leur fille : elle veut devenir un " être à part entière ". Rapidement, c'est l'échec du couple, puis le divorce. Quelques années plus tard, une deuxième chance s'offre à Evan en la personne de Rachel Drake. Étonnamment douce, vertueuse et effacée, parfaite antithèse de Mary, elle est la fille de Gloria, une hystérique en mal d'amour et la soeur de Phil, un adolescent brillant, chétif et complexé. Evan et Rachel se rapprochent, se fréquentent, s'émoustillent et se marient pour, enfin, assouvir leur désir réciproque. Désargentés mais heureux, ils louent un appartement confortable loin de leurs familles respectives. Evan envisage même de reprendre ses études pour devenir ingénieur.

téléchargement (43)Mais leur insouciance n'a qu'un temps : l'écho de Pearl Harbor se propage bientôt jusqu'à eux, la guerre éclate, l'armée recrute et, comble de malchance, Rachel tombe enceinte. C'est l'heure des compromis. Sous prétexte de quelques économies, Gloria propose bientôt aux jeunes mariés de partager ensemble une maison à Cold Spring, petite bourgade cossue ou se côtoient paisibles parvenus et vieilles familles bourgeoises. C'est aussi là qu'habitent, fort opportunément, leur belle-famille, Grace et Charles Shepard, pour lequel Gloria ne peut cacher une violente inclination. Au cours d'un été, en 1942, toute cette assemblée de personnalités mal assorties et bien alcoolisées va cohabiter dans la grande demeure humide, amenée à devenir le théâtre des désillusions individuelles et collectives de ses hôtes...

Si ces banlieues résidentielles sont un chaudron de sorcière, Richard Yates en est le chantre sans illusions. "Un été à Cold Spring", écrit en 1986, six ans avant sa mort, est un roman brut, désenchanté, une gifle au ralenti. Les rêves sont une petite lueur dans la vie de ces personnages, mais leur réalisation appartient à d'autres, ceux d'en haut. On contemple, ravi et navré, l'étendue du désastre. «Il y avait toujours ce sentiment de profonde tristesse, voire d'inadéquation, sinon d'échec.», écrit-il. De sa plume délestée du superflu, Yates va à l'os, s'en rien omettre. Concentré sur le détail... Il voit tout et c'est terrible.

Un immense romancier à (re)découvrir!