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 En ce début de printemps, deux auteurs publient leurs nouveaux opus. Et alors? Direz-vous. Pourtant! "Aux  anges" de Francis Dannemark et "Là où la lumière se pose" de Véronique Biefnot se révèlent un jeu de piste littéraire. Ces deux romans, que tout semble opposer, se rejoignent dans d'étranges circonstances: personnages qui se croisent, situations qui se répondent.. Normal, ils ont pratiquement été rédigé à quatre mains.

"Aux anges" se veut une comédie enlevée, so british, sur l'amitié, l'absence, les rencontres improbables et, surtout, l'Amour! "Là où la lumière se pose" conjugue le suspense haletant du thriller, la quête spirituelle et, là aussi,... l'Amour. Pour la XXVème Heure, Francis Dannemark et Véronique Biefnot se sont livrés à une conversation littéraire, intime et délicate où se dévoilent les confessions. 

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V.B. : Quelle est pour toi la partie la plus passionnante du travail d’écriture ?

 F.D. : Le moment où, après avoir rêvé et préparé une histoire, j’écris les premières pages et où je sens que ça y est, la route est bonne, je peux y aller…

F.D. :Et pour toi ?

V.B. : Le moment où tous les éléments de l’histoire que j’ai imaginée, et que j’ai rassemblés de manière chaotique dans ma tête ou sur papier, s’enchaînent bien, se tiennent et où rien ne semble gratuit.

Et la partie la moins agréable de l’écriture, s’il y en a une ?

F.D. : La relecture des toutes dernières épreuves, quand je connais le livre par cœur et que je le relis froidement. A ce moment-là, je trouve que ce que j’ai écrit est si plat, sans magie !

V. B. : Je vois très bien, c’est l’instant où on aurait envie de tout reprendre à zéro…

F.D. : C’est peut-être pour ça qu’on commence un autre livre… 

F.D. : Dis-moi, quelle serait pour toi la plus belle réussite en tant qu’auteur ?

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V.B. : Arriver à écrire une histoire simple et forte, que les lecteurs garderaient longtemps en mémoire.

F.D. : Un rêve que je partage volontiers ! En attendant, j’ai envie de te dire que dans Là où la lumière se pose et dans tes deux romans précédents (Comme des larmes sous la pluie et Les murmures de la terre), tu as réussi quelque chose de très rare : tu as créé un personnage qui reste dans la mémoire. Difficile de retenir tous les épisodes de cette histoire qui est très touffue, mais Naëlle est inoubliable !

 F.D. : Tes meilleurs souvenirs de lecture avant l’âge de seize ans ?

V.B. : Maupassant, Hugo, les sœurs Brontë, E. A. Poe, Dickens, Barjavel, Flaubert…

V.B. : Et toi ?

F.D. : Les aventures de Bob Morane (et, grâce à une de mes cousines, celles de Sylvie…, également chez Marabout), les souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol, la saga de Don Camillo, Boris Vian, Balzac, les poètes romantiques anglais (Keats, surtout)…

 V. B. : Tu dis souvent qu’on ne lit vraiment qu’à partir de la deuxième lecture. Quel est le livre que tu as relu le plus souvent ?

F.D. : Pour diverses raisons, mais toujours avec le même plaisir : Là où la lumière se pose.

F.D. : Et toi ?

V.B. : …pour des raisons assez similaires, Aux Anges, puisque nous avons retravaillé ensemble ces deux romans…

F.D. : … au point de faire se rencontrer nos personnages, d’ailleurs…

 V.B. : Depuis un certain temps, nous écrivons beaucoup ensemble…

F.D. : C’est le moins qu’on puisse dire. Il y a eu notre adaptation de mon Histoire d’Alice. Puis la nouvelle pour la revue Marginales…

V.B. : Qui a été traduite en anglais et reprise dans notre recueil Contact, notre premier e-book ! Et surtout il y a le roman que nous venons de terminer…

F.D. : … et celui que nous avons commencé !

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V.B. : Qu’est-ce qui te plaît le plus dans cette collaboration ?

F.D. : Tout ! D’abord, de ne plus écrire seul ! Je peux l’avouer maintenant : ça m’a toujours pesé. Et, pour être plus précis, de pouvoir aller ensemble de A à Z, des premiers balbutiements, en travaillant le scénario… jusqu’au moment de la promotion du livre… où, par exemple, nous nous interviewons mutuellement ;-)  A priori, je n’aurais pas cru cela possible. C’est une sorte de cadeau, n’est-ce pas ?

F.D. : Et toi ?

V.B. : J’aime l’harmonie dans laquelle nous travaillons : tout en empruntant parfois des chemins différents, nous nous retrouvons naturellement sur la même longueur d’onde. Et puis il y a le plaisir du travail d’équipe, que j’avais connu durant des années au théâtre… De plus, j’adore les légumes que tu cuisines pour notre pause de midi !

F.D. : Quels livres t’ont enthousiasmée récemment ?

V.B. : Moi qui ai servi le roi d’Angleterre de Bohumil Hrabal, L’amant sans domicile fixe de Fruttero et Lucentini (un autre duo d’auteurs), Joyce Carol Oates en général et, dans les best-sellers récents, L’affaire Harry Quebert.

V.B.: Tu as lu Joël Dicker ?

F.D. : Étant éditeur, je suis un peu dans la position du cuisinier qui ne va plus très souvent au restaurant… mais, pour le plaisir, je lis des biographies en anglais, pour le moment celle de Bill Evans et, avant ça, celle d’Irving Thalberg. À part ça, tu le sais, les romans de Hrabal et de Fruttero & Lucentini que tu cites sont parmi mes favoris !

 V. B. : La meilleure critique que tu puisses recevoir ?

F.D. : C’est le petit mot d’un lecteur inconnu qui, en quelques mots, me dit qu’il a passé un moment de paix ou de bonheur en compagnie d’un de mes livres. Et le mieux, c’est d’apprendre que ça a éclairé sa vie ou que ça lui a permis d’y changer quelque chose.

V.B. : C’est pareil pour moi ! Je pourrais ajouter que je suis heureuse quand un lecteur me dit qu’au-delà du moment d’évasion, mon livre a suscité en lui une réflexion ou une curiosité.

 F.D. : Qu’est-ce que l’écriture t’apporte de plus précieux ?

V.B. : La possibilité de raconter des histoires. Comme tu le sais, j’adore ça ! Et le fait qu’en quelque sorte, on raconte ces histoires à chaque lecteur en particulier, au creux de l’oreille, contrairement au théâtre et au cinéma, qui s’adressent à un public. Quand on écrit, c’est pour chaque lecteur individuellement.

 V. B. : Si tu devais présenter ton nouveau roman en moins d’une minute, que dirais-tu ?

F.D. : Bon… Allons à l’essentiel : ce sont des histoires d’amour ! Mais, pour être un rien plus précis, c’est l’histoire de deux amis qui se retrouvent après une très longue absence et qui, au cours d’un voyage, vont rencontrer une vieille comtesse extravagante qui va leur… ouvrir les yeux. Et leur montrer que la magie de la vie tient aux rencontres que l’on y fait – et à la capacité d’accepter ce qu’elles nous proposent de nouveau.

 F.D. : Si je te dis que Là où la lumière se pose n’est pas seulement un thriller ?

V.B. : La face la plus visible du roman, c’est son côté suspense. Mais fondamentalement, je crois que c’est une quête, à la fois identitaire et sentimentale. L’essentiel du roman (de la trilogie, à vrai dire) n’est sûrement  pas l’exposé glauque des épreuves que traverse Naëlle, mais clairement l’évocation de la force et de l’énergie qu’elle ne cesse de déployer pour aller vers la lumière et sauver ceux qui lui sont chers.  

F.D. : Et c’est aussi une merveilleuse histoire d’amour !

V.B. : Oui…!

 V.B. : Rêves-tu parfois des livres que tu es en train d’écrire ?

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F.D. : Bien sûr ! De mille manières. Ce serait long à raconter. Tout un roman…

F.D. : Et toi, est-ce que des rêves te donnent des idées d’écriture ?

V.B. : Oui, souvent. De courtes scènes, des ambiances. Des rêves qui donnent le ton de ce que je vais écrire.

 F.D. : Si je te dis que tu me fais penser à Schéhérazade ?

V.B. : Elle racontait des histoires pour sauver sa vie… Moi, j’en raconte pour vivre la mienne… ! (RIRES)