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Ca fuse! Ca virvolte! Les mots d'esprit s'entrelacent, les confidences aussi. Toute à la fois polissonne, sérieuse, grave, caustique, amusante... Sagan se livre dans "Je ne renie rien", recueil d'entretiens de 1954 à 1992. 

« Si tout était à recommencer, je recommencerais bien sûr, en évitant quelques broutilles : les accidents de voiture, les séjours à l’hôpital, les chagrins d’amour. Mais je ne renie rien. Mon image, ma légende, il n'y a rien de faux là-dedans. J'aime les bêtises, boire, conduire très vite. Reste qu'il y a des tas de choses que j'aime, comme la musique ou la littérature». Françoise Sagan, dans ces conversations assume tout : son regard sur l’amour, l’amitié, l’argent, l’écriture, les hommes et les femmes, les voyages, dessine une figure incroyablement cohérente et sincère à travers les années.

*Ecrire! Vingt romans, onze pièces de théâtre, cinq recueils de nouvelles, une correspondance imaginaire avec Sarah Bernhardt, des Mémoires (Avec mon meilleur souvenir et Et toute ma sympathie), des scénarios, des chansons même… Ce fut la grande affaire de sa vie. Ce que lui apportait l’écriture? « Le double plaisir de raconter et se raconter (…) C’est comme de marcher dans un pays inconnu et ravissant. Ravissant, mais parfois humiliant, quand on n’arrive pas à écrire ce qu’on veut.» Ce qu’elle espérait apporter à ses lecteur?«Je pense que, s’il y a cinq ou six personnes qui lisent mes livres et qui éprouvent un léger soulagement à reconnaître une voix qui apporte une solution plus ou moins apaisante, tendre ou lyrique, à leurs problèmes, ce sera toujours ça de gagné.» 

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Reconnaissant du génie à Proust, Sagan savait son talent, pratiquant «une littérature qui n’excède pas ses prétentions». «Je ne cherche pas à délivrer de message, à faire autre chose qu’écrire. Cela dit, la ­lucidité n’implique pas une modestie outrée. Je considère que j’ai du talent. Plus de talent que beaucoup de gens ne le disent. Mais peut-être moins que certains ne l’affirment».

Visionnaire aussi lorsqu'elle souligne: "L'imagination dépasse le respect humain. L'imagination, c'est la grande vertu, parce qu'elle agit sur tout, la tête, le coeur, l'intelligence. sans l'imagination, tout est perdu. c'est une vertu qui devient rare. Surtout dans se forme eacerbée qui est la gratuité. Gaiement et follement, la gratuité".

Quelque 245 pages de pur bonheur, d'intelligence, de subtilité, de lucidité, d'effronterie, d'audace, de courage, d'esquive,... de sincérité. Le petit monstre lève le voile. Emouvante, souvent; élégante, toujours. Bref, un régal!

*Le Monde