fottorino

L'homme est un conteur, un raconteur. Un vrai, un talentueux. De ceux qui inventent des histoires ou narrent les leurs. De la famille aux amours blessés, Eric Fottorino sait trouver sans ostantation le chemin des émotions justes, des sensations perdues, des souvenirs oubliés. *Pas facile pour autant de se mettre dans la peau d'un gamin de 13 ans des années 1970 - celui qu'il fut peut-être ? -, d'épouser son langage enfantin, de faire ressurgir ses sentiments adolescents. Guidé par une plume limpide, l'écrivain se garde de toute facilité, stimule l'acuité de son regard, sa lucidité, sa cruauté parfois. Décrivant les vacances atlantiques de Marin et Lisa, 10 ans, une fillette de milieu plus bourgeois mais de parents plus tordus, dont le jeune héros est vaguement amoureux, Fottorino nous ramène dans la France provinciale encore joyeuse de la fin des Trente Glorieuses, dont il sait à merveille retrouver l'esprit, le sel. On y croise un oncle haut en couleur et généreux, des adultes pittoresques, ou mystérieux, ou pervers... De quoi susciter les curiosités, dégoûts et révoltes de deux amis. Mais Le Dos crawlé n'est pas qu'initiation à l'ambiguïté des choses et des gens, il dit aussi la découverte du désir, l'apprentissage du sexe et du mal. On dit que ça s'appelle « grandir ». Bref, un régal!

*télérama