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Photos volées, Dominique Fabre - l'Olivier

Jean a 58 ans et vient de perdre son boulot. Mais peu importe puisqu'il s'y ennuyait. "Que vas-tu faire maintenant ?" le questionne-t-on du matin au soir. Au début, les prud'hommes, la lutte pour obtenir gain de cause auprès de ses anciens employeurs, les virées rue de la Chaussée-d'Antin pour tenter d'apercevoir un ancien collègue. Puis Pôle emploi, les nouveaux "congénères" rencontrés au gré des réunions "CV" ou "mieux se vendre", les femmes célibataires sur Meetic. Et le retour à sa passion "d'avant" : la photographie. En mettant de l'ordre chez lui et dans sa vie, Jean exhume de vieux clichés. Sa mère, aujourd'hui disparue mais à qui il s'adresse souvent, son amour de jeunesse, son ex-femme, les amis perdus de vue ou retrouvés... Petit à petit, il se remet à fumer et se balade dans les quartiers qui ont marqué sa vie, son vieux Nikon autour du cou. De la gare Saint-Lazare à son appartement d'Asnières, de Neuilly à Nanterre, Dominique Fabre nous embarque sur les traces mélancoliques de son héros ordinaire. Où l'on rencontre des gens simples, sincères, où l'on s'attarde au café L'Oiseau bleu en attendant que l'heure de pointe soit passée gare Saint-Lazare, où l'on espère des lendemains meilleurs. Au fil du texte, telle une photo dans la chambre noire, la vie de Jean se révèle enfin. Tout en nuances et en contradictions un roman délicat, rond, au parfum agréablement suranné. Bref, un régal!

L'homme sans maladie Arnon Grunberg - Eho

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Architecte zurichois, Samarendra Ambani, fils d’immigrants indiens, se considère comme un « grand artisan du bonheur des autres ». Sa vie tranquille — un travail honnête, une charmante compagne, une bonne hygiène de vie — va virer au cauchemar lorsqu’il décroche le contrat d’un opéra à Bagdad. À peine arrivé dans la capitale irakienne, il est la cible d’une violence qui le dépasse. Il rentre chez lui brisé, mais ne retient pas la leçon. Quelques mois plus tard, il accepte le projet de construction de la Bibliothèque nationale de Dubaï. Lors de son séjour dans l’état du Golfe, Sam découvre que l’histoire se répète impitoyablement et qu’un passeport européen n’est pas une garantie de retour… L’Homme sans maladie (dont l’ironie corrosive du titre, clin d’oeil à Musil, reflète bien l’esprit du roman) est une analyse de notre époque. Grunberg dresse un bilan féroce de nos démocraties viciées par l’apparence trompeuse de la sécurité occidentale, des institutions corrompues des monarchies pétrolières et des délires pharaoniques de l’architecture  moderne – miroir de notre volonté de toute-puissance. Tel un Kafka contemporain, il entraine son héros, naïf et idéaliste, à travers des tribulations grotesques et cruelles, pour mieux le réduire en cafard d’une dérisoire comédie humaine. L'auteur décortique au scalpel les personnages, les lieux, les situations. Un roman qui engloutit le lecteur. La plume ciselée se veut au service d'une oeuvre où l'auteur conjugue avec brio tragédie et causticité. Tout à la fois grinçant, mordant, hilarant, déprimant... un livre fracassant! 

Madame Diogène, Aurélien Delsaux - Albin Michel

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Madame Diogène ne vit pas dans un tonneau mais dans un appartement transformé en terrier. Elle y a accumulé au fil du temps des tombereaux d’immondices dont les remugles ont alerté les voisins. Elle n’en a cure, elle règne sur son domaine, observe le monde de sa fenêtre, en guette l’effondrement et le chaos. Elle sait qu’autre chose se prépare. Plongée vertigineuse dans la folie, analyse minutieuse de la solitude radicale, ce premier roman d’Aurélien Delsaux explore avec une force et une maîtrise étonnantes un territoire aussi hallucinant qu’insoupçonné. Un premier roman qui se révèle une totale réussite où l'auteur évite les écueils et parle de la solitude, de la folie, de la vie avec force et poésie. Plaisir garanti!