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La plume envoûtante, circulaire, subtile et ciselée conte Pauline Dubuisson, condamnée à mort,à l'âge de 23 ans, pour meurtre. Et Jean-Luc Seigle de livrer un magnifique roman, profond, limpide, intelligent où la forme du "Je" emprunte à Simenon la conscience qu'il vaut mieux "Comprendre, ne pas juger" ...

L'histoire? Quand Pauline Dubuisson, étudiante en médecine, tue son ex-fiancé de plusieurs coups de révolver, elle n'imagine pas qu'elle va provoquer par ricochet du destin une autre mort, celle de son père qui se suicide après avoir appris son arrestation. Elle a 21 ans, est jetée en prison et attendra trois années pour passer, en 1953, aux assises de Paris, devant ses juges. Des témoins se souviennent qu'elle fut tondue à la libération pour avoir couché avec un médecin allemand. Elle n'avait alors que 16 ans.A l'issue du procès, Pauline Dubuisson devient, à 23 ans, la première femme contre laquelle le Ministère Public réclame la peine de mort pour un crime passionnel. Six années plus tard, elle est graciée, découvre le film de Clouzot "La vérité" et se voit incarnée par BB. Terrifiée, elle fuit la France pour le Maroc; tente de commencer, sous un faux nom, une nouvelle vie. Nous sommes en 1963. Jean, son homme, qui ne sait rien de son passé, lui demande de lier leurs destins. Que faire ? Dire non, pour ne pas révéler un secret? Dire oui, et avouer qui l'on est? C'est là, à cet instant, face au néant, que commence le roman de Jean-Luc Seigle. Et sous le regard de l'écrivain, Pauline livrera sa vérité, révèlera les silences et les rêves d'une femme dont l'époque à fait un monstre. Là où le jury condamna une jeune femme au visage fermé; là où les médias dessinèrent une calculatrice perverse, une collabo; là où Clouzot pointera ses mœurs légères; Jean-Luc Seigle reprend la trame, rebrousse chemin. Il interroge les rapports père-fille, il narre la guerre qui prit ses deux frères, il offre une nouvelle lecture de ce crime passionnel et confesse les grands silences du procès… Par petites touches, Pauline se dévoile, intelligente et nuancée. Et Jean-Luc Seigle de lui (re)donner l'apparence d'une femme humaine et sensible. Sans doute, victime elle-même d'un destin qui s'obstine.

seigle1Au-delà, c'est un travail tout en délicatesse auquel se livre Jean-Luc Seigle. Faisant oeuvre littéraire, il cherche sa propore vérité. Frôlant parfois la fascination, il met en lumière le parcours chaotique, éclaire la vérité. Soucieux de respecter les mystères et l'intimité d'une femme baffouée, il dévoile, comme une lettre d'amour, l'espoir d'un champ des possibles.

Conteur de talent, portraitiste doué de justesse, l'auteur de " En vieillisant les hommes pleurent" se révèle un humaniste interrogatif, posant sur les êtres et leurs destins un regard profond, nuancé, révélant un roman tout en finesse. Bref, un régal!