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*Paris, un soir de novembre 1958. Alors que la vie nocturne reprend ses droits, nous voici devant le Mars Club, repaire d’une poignée d’"expats" américains et de passionnés de jazz, située au fin fond d’une impasse, à cent-cinquante mètres des Champs-Elysées. C’est ici que nous attend "Lady" Billie Holiday.

Durant quelques nuits et quelques nuits seulement, l’ex-étoile new-yorkaise du jazz s’est livrée jusqu’à l’aurore dans cette petite boîte intimiste. Chaque soir, elle s’y produit, à l’état brut, tour à tour majestueuse et tragique, devant une poignée de fidèles parmi lesquels on retrouve Sagan, Bardot, Duke Ellington ou encore un certain Gainsbourg.

C’est cette dernière tournée européenne - épisode méconnu de la vie de Billie Holiday - que nous raconte Philippe Broussard dans "Vivre cent jours en un"(Stock). Dans ce livre construit comme un roman, l’auteur remonte, avec le talent d’enquêteur qui est le sien, la piste de "Lady Day" à travers l’Europe. Du Smeraldo de Milan au Teatro Gerolamo en passant par l’Olympia, nous accompagnons, de désastres en résurrections, une Billie Holiday au crépuscule de sa carrière mais toujours indomptable. Lester Young, Mal Waldron, Michel Gaudry, Art Simmons, le couple Butler… dans son sillage, on croise de nombreux "personnages", grands noms du jazz, témoins oubliés, ou tout simplement amis et confidents indispensables qui accompagnent une "Lady" minée par l’alcool et la drogue.

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D’anecdotes en découvertes, c’est toute une époque que nous fait revivre Philippe Broussard. Celle, troublante, de la fin des années cinquante où les artistes afro-américains fuyaient la ségrégation pour venir vivre de leur art dans le Paris des Sagan, Bardot et autre Vian.

Alors, tandis que l’obscurité s’installe, avant que le rideau ne tombe, il ne nous reste plus qu’à franchir les portes de ce Mars Club et nous laisser envoûter une dernière fois – petits veinards que nous sommes ! – par la voix délicieusement traînante de Billie Holiday.

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