Here comes the sun... voici une petite sélection, le filet garni de la XXVème Heure, histoire de passer un été "littéraire" réussi:

Toute la lumière que nous ne pouvons voir, Anthony Doerr, Albin Michel

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Le roman par excellence! Véritable phénomène d’édition aux États-Unis, salué par l’ensemble de la presse comme le meilleur roman de l’année, le livre d’Anthony Doerr possède la puissance et le souffle des chefs-d’œuvre. Magnifiquement écrit, captivant de bout en bout, il nous entraîne, du Paris de l’Occupation à l’effervescence de la Libération, dans le sillage de deux héros dont la guerre va bouleverser l’existence : Marie-Laure, une jeune aveugle, réfugiée avec son père à Saint-Malo, et Werner, un orphelin, véritable génie des transmissions électromagnétiques, dont les talents sont exploités par la Wehrmacht pour briser la Résistance. En entrecroisant avec une maîtrise éblouissante le destin de ces deux personnages, ennemis malgré eux, dans le décor crépusculaire d’une ville pilonnée par les bombes, Anthony Doerr dessine une fresque d’une beauté envoûtante. Bien plus qu’un roman sur la guerre, Toute la lumière que nous ne pouvons voir est une réflexion profonde sur le destin et la condition humaine. La preuve que même les heures les plus sombres ne pourront parvenir à détruire la beauté du monde. Poétique, imagé, plume délicate et stylisée, envoûtant, sublime... Bref, IN-DIS-PEN-SA-BLE!

 Barcelona, Grégoire Polet, Gallimard

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 Sans doute, avec Armel Job, le meilleur auteur belge contemporain! Grégoire Polet tisse de sa plume lyrique et éclairée, un roman choral au coeur de l'électrique capitale catalane...Barcelone, pendant la crise de 2008-2011. Dans toutes les classes sociales, tous les quartiers, tous les destins à la fois. Un roman polyphonique, loin du récit franco-français rectiligne, monochrome et souvent mortifère. Grégoire Polet lui, quoi qu'il décrive, est un écrivain allègre. Le gai savoir, c'est son tempo, sa fibre. Du côté des puissants, Miquel Tarras, un député libéral, fait campagne contre Zapatero. Sa fille Begonya sera l'héroïne principale de la saga. Son bel avenir est tracé, elle doit partir à New York après avoir obtenu ses diplômes. Mais tout se déroulera autrement. Elle finira par créer un «un laboratoire d'utopie», tout en discutant de Lévi-Strauss, de Camu et de Teilhard de Chardin avec son père, leader littéraire du camp adverse. À travers le papillotement des trajectoires, la grande question qui taraude les personnages? Qu'est-ce qu'on fait d'une vie? Veronica, autre étudiante, stagiaire dans un journal, affronte le même problème et se retrouve en reportage aux quatre coins de la planète, là où ça barde. Du côté des marginaux, rue du Robador, on suit les tribulations d'un certain Chucho, rabatteur de prostituées pour un proxénète. Et tout l'éventail des positions intermédiaires vibrionne: artistes, journalistes, flics, intellectuels, profs, libraires, voisins, passants… Intello? Rébarbatif? Jamais! Car là est le génie de Polet: on n'est jamais perdu. *On laisse filer un personnage et 200 pages plus loin, il réapparaît. Comme dans la vie. La composition est d'une agilité espiègle. Amours, révélations, conversions, ruptures et vocations, indignations, télescopages. Certains partent, d'autres reviennent… Nul n'est tout à fait bon ni tout à fait méchant. Dialogues à tout va! Barcelone tournoie, accélère. Plus largement, Shakespeare, Le Greco, Gaudi, Velasquez et un magnifique faux Rubens sont des compagnons d'équipée. Grégoire Polet a des rubis dans la plume! Bref, un régal!

*Le Figaro

Les Luminaires, Eleanor Catton, Buschet-Chastel

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Quelque 980 pages voluptueuses! Les luminaires est une redoutable machine narrative construite avec une remarquable précision.Nouvelle-Zélande, 1866. En pleine ruée vers l’or, l’île voit débarquer sur ses côtes tout ce que la vieille Europe compte d’ambitieux et de désespérés. Parmi eux, Walter Moody, un jeune britannique ruiné bien décidé à trouver fortune accoste au port d’Hokitika, sur la côte Ouest, après un éprouvant voyage. Mais une étrange assemblée l’attend dans le petit hôtel où il a trouvé refuge. Là, dans une atmosphère des plus tendues, douze hommes du cru tiennent une réunion secrète pour tenter d’élucider des faits étranges qui agitent la communauté depuis plusieurs semaines. Un riche notable a disparu, une prostituée a tenté de mettre fin à ses jours, et on a découvert une immense fortune dans la maison d’un pauvre ivrogne, mort lui aussi. Moody succombe bientôt à l’irrésistible attrait du mystère et se retrouve plongé dans un entrelacs d’intrigues et de destins vertigineux. Formidable restitution des grands romans anglo-saxons du XIXe siècle, Les Luminaires est un pavé ambitieux dont la structure emprunte à l’astrologie pour livrer un inoubliable roman d’amour, une histoire de fantômes, de pouvoirs et d’énigmes insolubles campés dans une Nouvelle-Zélande ou la fièvre de l’or est reine. Une totale réussite!

Les Lance-Flammes, Rachel Kushner, Stock

kushnerLes Lance-flammes se révèle un roman aussi virtuose qu'audacieux qui retrace l’itinéraire d’une jeune motarde, adepte du land art et de la photographie, dans le New York des années 1970 et l’Italie des années de plomb. L'histoire? Reno a trois passions : la vitesse, la moto et la photographie. Elle débarque à New York en 1977 et s’installe à Soho, haut lieu de la scène artistique, où elle fréquente une tribu dissolue d’artistes rêveurs, narcisses qui la soumettent à une éducation intellectuelle et sentimentale. Reno entame alors une liaison avec l’artiste Sandro Valera, fils d’un grand industriel milanais qu’elle suit en Italie où ils sont bientôt emportés dans le tourbillon de violence des années de plomb. Un tour de force, un roman électrique au centre duquel Reno, jeune femme « en quête d’expériences », se construit face au miroir déformant de l’art et du mensonge.

L'innocence des bourreaux, Barbara Abel, Belfond

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L'indispensable, l'incontournable, la géniale... Barbara Abel! "L'innocence des bourreaux" conte une tranche de vie, une plongée au coeur de l'enfer, dans une supérette de quartier, où quelques clients font leur course, un jour comme tant d'autres. Parmi eux une jeune maman qui a laissé sa fille de trois ans seule à la maison devant un dessin animé. Seulement quelques minutes le temps d'acheter ce qui manquait pour son repas. Parmi eux, un couple adultère, parmi eux une vieille dame et son aide familiale, un caissier qui attend de savoir s'il va être papa, une mère en conflit avec son adolescent... Des gens normaux, sans histoire, ou presque. Et puis un junkie qui, à cause du manque, pousse la porte du magasin, armé et cagoulé pour récupérer quelques dizaines d'euros. Mais quand le braquage tourne mal et que, dans un mouvement de panique, les rôles s'inversent, la vie de ces hommes et femmes sans histoire bascule dans l'horreur. Dès lors, entre victimes et bourreaux, la frontière est mince. Si mince... Succession de courts chapitres, Barbara Abel construit un huis clos suffocant, d'une rare tension. En filigranes, le quotidien, les névroses, le courage, les faiblesses et toutes ces questions qui font la littérature.

Sucré, Salé, poivré, Mary Wesley, EHO

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Mary Wesley, c'est du venin "made in England", du Earl grey au cyanure! L'histoire? Hébé revient d’un voyage en Italie enceinte et sans mari. À seize ans, dotée d’une détermination sans faille, la jeune fille de bonne famille fait fi des règles de bienséance. Son entourage l’encourage à sauver les apparences en la précipitant dans un mariage de convenance ? Elle ne cède pas, prend en main sa destinée et prône l’infidélité comme fidélité à elle-même. Et au diable les censeurs. Mary Wesley vitriole la bourgeoisie britannique et sa rigoureuse étiquette, paravent de la mesquinerie. Plus impertinente que jamais, elle explore la liberté sexuelle et l’indépendance de la femme en s’affranchissant avant l’heure de préjugés tenaces. Le côté mamy immorale, l'intelligence des dialogues, les portraits vénéneux, la saveur de l'interdit... on en redemande! Bref, un pur régal!

Blue Velasquez, Marc Welinski, DC éditions

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Luc Wahlberg, musicien de jazz français installé aux États-Unis depuis trente ans, revient à Paris avec une obsession en tête : récupérer un tableau de Velasquez qui appartenait à son grand-père, Menahem Weintraub, marchand d’art parisien déporté en 1942 et mort en camp de concentration. Pour réaliser son projet, il se lie aux Kapinsky, une famille de marchands richissime qui domine le marché de l’art en ce début du XXIème siècle. Mais dans son obstination, Luc va enclencher un processus dramatique dont il sera la première victime. Deviendra-t-il le jouet d’un monde dominé par les passions, la vengeance, la soif de pouvoir et même parfois le crime ? Marc Welinski, passé maître dans l’art du thriller psychologique, dresse un portrait sans concession de ce qu’est devenu le monde de l’art en ce début de millénaire, avec ses excès, ses impostures, mais aussi ses désarrois et ses névroses. Et en toile de fond, l’histoire encore si récente de l’Occupation, dont les plaies restées béantes continuent de façonner nos destinées. Inspiré de faits réels, un thriller qui nous plonge au cœur du monde des marchands d’art, à travers le destin croisé de deux familles juives marquées par un passé trouble et tragique. Bref, allez-y sous peine de regrets éternels!!

Conte d'hiver, Mark Helprin, Livre de Poche

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Conte d’hiver commence sous la neige, un matin tranquille, dans les rues de New York. Un cheval blanc échappé de son écurie de Brooklyn trotte vers Manhattan. Son chemin va croiser celui d’un homme en fuite… Conte d'hiver est une ode à la ville que l'on traverse comme le temps, où l'on se promène à la fin du XIXe siècle et autour de l'an 2000. C'est un New York fantasmé, peuplé de personnages étranges et fascinants : un cheval qui vole, un tatoueur orphelin, une femme amoureuse des mots, un gang féroce et des hommes qui rêvent d' «une ville parfaitement juste». C'est aussi l'histoire d'un amour fou entre un voleur magnifique et une jeune fille fortunée qui, pour s'aimer, devront braver les conventions sociales et les limites de la mort. Il y a tout cela dans Conte d'hiver : la folie, le rêve, le fantastique, le comique, l'invention poétique. En retraçant la saga de la famille Penn, propriétaire de l'un des principaux quotidiens New-Yorkais, en suivant les aventures de Peter Lake, le génial mécanicien, bébé abandonné sur l'Hudson par des émigrants refoulés et recueilli par les Baymens un peuple assimilé aux Indiens et vivant sur le fleuve, Mark Helprin nous raconte le siècle sous un angle inédit... Se laisser aller dans ce conte c'est aussi accepter de retrouver son âme d'enfant, et surtout cette crédulité qui laissait notre esprit s'imprégner des histoires sans aucune barrière. Un roman inclassable sous l'influence de Philip K. Dick et Charles Dickens.

Lambeaux, Charles Juliet, Folio

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D'un roman Juliet a voulu célébrer ses deux mères : l'esseulée et la vaillante, l'étouffée et la valeureuse, la jetée-dans-la-fosse et la toute-donnéeLa première, celle qui lui a donné le jour, une paysanne, à la suite d'un amour malheureux, d'un mariage qui l'a déçue, puis quatre maternités rapprochées, a sombré dans une profonde dépression. Hospitalisée un mois après la naissance de son dernier enfant, elle est morte huit ans plus tard dans d'atroces conditions. La seconde, mère d'une famille nombreuse, elle aussi paysanne, a recueilli cet enfant et l'a élevé comme s'il avait été son fils. Après avoir évoqué ces deux émouvantes figures, l'auteur relate succintement son parcours. Ce faisant, il nous raconte la naissance à soi-même d'un homme qui est parvenu à triompher de la «détresse impensable» dont il était prisonnier. Voilà pourquoi Lambeaux est un livre d'espoir! Un regard clair et vrai, presque tendre. Un homme plein d'humanité et un écrivain talentueux. Avec une simplicité, une justesse et une délicatesse proprement lumineuses, Juilet livre un sublime roman d'apprentissage.

La part des Flammes, Gaëlle Nohant, EHO

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Mai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse rue Jean-Goujon à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers le comptoir n° 4, tenu par la charismatique duchesse d’Alençon. Au mépris du qu’en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l’assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d’Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles. Dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, la bonté de Sophie d’Alençon leur permettra-t-elle d’échapper au scandale ? Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l’incendie du Bazar de la charité. Enlèvement, duel, dévotion, La Part des flammes nous plonge dans le Paris de la fin du xixe au cœur d’une histoire follement romanesque qui allie avec subtilité émotion et gravité. Passionant, érudit, on ne lâche pas! Sans aucun doute le meilleur roman historique de cette année... Bref, un régal!