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Enoooorme coup de coeur! L'auteur de "Madame Rimbaud" sait nous séduire, en découvreuse de vie. Et, ainsi revient-elle dans son dernier roman "Pourquoi cette puissance...", explorant le monde des poètes maudits, contant l'incroyable parcours de Germain Nouveau, compagnon d'aventures de Rimbaud. Voilà un homme libre, beatnik avant l'heure, qui parcours les routes d'europe (Paris, Bruxelles, Londres...), ira jusqu'en Orient où il exercera divers métiers, traficotera dans les zones obscures..., avant de revenir dans son village natal varois de Pourrières.

L'histoire? Celle d'un poète donc, contée par un ami de la dernière heure tentant de transmettre à deux jeunes Parisiens ce qu’il sait de Germain Nouveau. Mais que sait-on des autres ? Le narrateur, comme tous les témoins, comme tous les « Je l’ai très bien connu », quand il ne sait pas, invente. Germain Nouveau avait décidé de consacrer sa vie à l’amour, à la poésie et à Dieu. Trois domaines qui relèvent de l’infini. Or, l’infini… De sorte qu’il vivra des amours bricolées, ne sera connu que de rares initiés et brûlera sa folie aux porches des églises de France et du Liban. Un temps à Paris, il fréquentera Charles Cros, Verlaine, divers cercles de poètes. En 1874, il accompagnera Rimbaud dans un mystérieux voyage à Londres. Il poussera ses curiosités de nomade jusqu’en Orient.

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Françoise Lalande livre un roman existentiel. Elle qui ne cesse de s'étonner des choix que font les Hommes, quelle est cette puissance qui pousse certains à explorer les chemins de traverse, le monde et ses secrets, et d'autres à demeurer immobiles? Un roman d’une liberté joyeuse, à l’image de son héros. On pense à François d'Assise...

De sa plume limpide, légère, sans cesse en mouvement, Françoise Lalande célèbre la poésie, la contemplation, le voyage, l'attentisme, l'amitié, l'indulgence, la patience...En filigrane, l'exploration du rapport à la mère et à son idéalisation... Un roman délicat, intelligent, savoureux, lumineux, passionant. Bref, un régal!

Extraits

"Toujours, c’est de son odeur dont nous nous souviendrons, ce jour-là, le 7 avril 1920, nous avons dit ce n’est pas normal, nous trouvions tous qu’il sentait mauvais quand nous le croisions sur la route, des effluves douçâtres annonçaient son arrivée, des fumets singuliers flottaient longtemps après son passage, mais ce n’était pas important, nous-mêmes nous ne fleurions pas tous la rose, c’est sûr, mais vraiment depuis quelques jours, on ne l’avait plus aperçu, sa maison commençait à trop fleurer le bouc, alors nous avons dit ce n’est pas normal, et nous en avons parlé au maire, comme si une inquiétude nouvelle nous rongeait, nous les habitants de Pourrières, le maire lui-même s’est montré préoccupé, une odeur comme celle-là, ce n’était plus de l’ordre de l’étable aux brebis, il y avait une nuance humaine dans cette odeur putride, c’était gênant, moins pour le nez que pour l’âme, vous comprenez ce que je veux dire ?" (p.9)

"Rien n'est plus étranger à l'homme que l'amour, j'entends par là que rien ne lui est plus mystérieux que ce sentiment qui nous enlève à nous-mêmes et s'il ne nous enlève pas à nous-mêmes , c'est qu'il n'est pas amour, il sera attirance, désir, cannibalisme, désir de tuer ou de dominer ou d'exploiter, ruse, intérêt, égoïsme ou vanité, et davantage encore, mais il ne sera pas amour". (p.102)

"Je suis persuadé que les êtres se divisent en deux catégories, la première, celle des enfances heureuses, la seconde, celle des enfances douloureuses, cela donne des êtres différents dans la vie, les premiers seront mieux armés, plus confiants en eux-mêmes, ayant connu l'amour d'une mère, ils seront aimés des femmes, les autres seront plus fragiles, à la poursuite d'une impossible compensation, mais certains d'entre eux trouveront leur force dans l'expression d'un art". (p.106)