L'Année dernière à Saint-Idesbald, Jean Jauniaux

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Idesbald est clochard à Bruxelles. Il s’abrite souvent dans une bibliothèque où, grâce à la bonne volonté d’un employé accueillant, il crée un blog et y écrit des histoires entendues ou inventées lors de ses errances. On y rencontre des protagonistes aussi inattendus que le roi des Belges, un grand-père survivant de la Grande Guerre, un petit garçon perdu dans l’Exposition universelle de 1958, une réfugiée rom sur les traces de Rimbaud … De sa plume ciselée, pointilliste, Jean Jauniaux se balade entre humour, nostalgie et humanisme. Et l'auteur de se livrer à un jeu d'errance, tissant, en kaleidoscope, une sorte de fil d'Ariane entre chaque histoire. Il excelle dans l'art de distiller, au fil des phrases, une forme de douceur où l'on s'installe avec bonheur. Bref, un régal!

Bilqiss, Saphia Azzeddine

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Dans un pays où la charia est strictement appliqué, Bilqiss, une jeune veuve, risque la mort pour avoir lancé l'appel à la prière à la place du muezzin. Mais face au juge et à la foule haineuse qui la condamnent, Bilqiss est demeure debout. Elle refuse de se soumettre, fustige les fanatiques qui n'ont que le nom d'Allah à la bouche alors qu'ils "l'ont semé": "vous adorez Dieu mais, Lui, Il vous déteste", leur lance-t-elle à la figure. Le juge est déstabilisé, la journaliste américaine qui suit l'affaire se révèle fascinée... Reste-t-il un espoir pour Bilqiss? Un livre qui se lit d'une traite, impossible à lâcher! La plume se veut vive, nerveuse au service d'une construction chorale suivant ainsi chaque personnage de l'intérieur découvrant ses faiblesses, ses trahisons...Ce plaidoyer contre l'obscurantisme, se veut aussi un vibrant hommage aux femmes. Et l'art de Saphia Azzeddine consiste à capter son lecteur, à le tenir jusqu'à la dernière ligne où, frappé par une conclusion magistrale, surprenante et inattendue, il refermera ce roman essouflé, épuisé... mais enrichi. Une absolue réussite!

Le Nazi et le Psychiatre, Jack El-Hai

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À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les hauts responsables nazis sont jugés à Nuremberg. Les Alliés veulent un procès exemplaire. Avant de passer en jugement, chaque prévenu doit être préalablement déclaré sain d'esprit et responsable de ses actes. Douglas Kelley, un jeune psychiatre américain, a carte blanche pour étudier le profil psychologique de Hermann Göring et d'autres chefs nazis. Il leur fait passer une batterie de tests et s'entretient avec eux pendant des heures. Göring le fascine, au point qu'il poussera son étude au-delà de sa mission initiale. En voulant s'approcher trop près de la bête sa vie bascule. Rentré aux États-Unis avant la fin du procès, il emporte avec lui toutes ses notes et ses études sur les chefs nazis. Hanté par son expérience, il se suicide douze ans plus tard en avalant une capsule de cyanure... comme Göring la veille de son exécution. L'historien Jack El-Hai est le premier à s'être plongé dans ces archives inédites et fascinantes. Il en a tiré un récit vertigineux où la réalité dépasse largement la fiction. Un incroyable descente dans les abîmes de l'humanité. Magistral! 

L'Âme Humaine, Oscar Wilde

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Ce petit opuscule confirme la force polémique étonnante de son auteur. Parsemé de ses habituels bons mots, de formules lapidaires et de paradoxes, on peut aussi y puiser maints épigraphes et exergues pour des dizaines d’ouvrages, tant ses observations sont concises et pertinentes (“Partout où l’homme exerce une autorité, une autre lui résiste” ; “Il n’existe qu’une classe dans la société qui pense plus à l’argent que celle des riches, et c’est celle des pauvres” ; “Tout ce qu’on peut dire d’un homme ne le souille pas : il est ce qu’il est” ; “La démocratie n’est que le matraquage du peuple par le peuple pour le peuple” ; ...S’attaquant avec bonheur aux tyrannies qui depuis longtemps entravent l’homme - l’État, l’argent et la machine -, Wilde fonde son espérance sur un christianisme mêlé de socialisme. S'il se montre sans doute naïf lorsqu'il argumente (avec brio) que l'avenir de l'Homme se trouve dans la disparition de la propriété privée; c'est surtout lorsqu'en esthète il croit, pour ce qui concerne le progrès de l’homme, à la force de l’art, qu’il place au sommet de toutes les activités humaines. Brillant!