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Avec son allure US de l'Indiana, ses bottes à boucles, sa chemise en jean's ouverte sur un torse puissant et dont les pans se meurent sur un pantalon de la même toile, Laird Hunt s'inscrit tant comme un disciple de Richard Ford (observateur critique) qu'un enfant de Gary, fasciné par le féminin. Et c'est encore un hommage aux femmes qu'il rend dans "Neverhome". Plongeant au coeur de la guerre de Sécession, il conte l'histoire de Constance, une épouse qui part au front en lieu et place de son époux. "J'étais forte, lui pas, ce fut donc moi qui partis au combat pour défendre la république" est cette phrase qui ouvre le roman et résonnera en filigrane des 260 pages captivantes de ce sublime roman au souffle épique et poétique. Poétique, oui!  car même plongée dans la géhenne, la plume de Hunt se révèle aussi puissante que délicate, aussi profonde que légère, aussi tranchante que nuancée...

hunt1Ainsi, dans la ferme de l’Indiana qui l’a vue grandir, Constance jouit enfin, auprès de son compagnon, d’un bonheur tranquille. Mais lorsque la guerre de Sécession éclate et que Bartholomew est appelé à rejoindre les rangs de l'armée de l'Union, c’est elle qui, travestie en homme, prend sans hésitation, sous le nom d’Ash Thompson, la place de cet époux que sa santé fragile rend inapte à une guerre qu’elle considère comme impensable de ne pas mener. Ayant perdu la trace de son régiment après une bataille féroce où elle a été blessée, Constance, la rebelle, dépouillée de son uniforme, reprend, au sein de paysages dévastés, le chemin de la ferme, guidée par l’amour infini qu’elle porte à son bien-aimé mais profondément hantée par la violence et l’étrangeté des aventures qui ont marqué sa périlleuse initiation à l’univers impitoyable des champs de bataille et à leurs sordides coulisses. Abondant en rencontres aux frontières du réel avec les monstres que la guerre fait des hommes et des lieux, ce roman magistral se veut une impressionnante méditation en forme d’épopée sur la fragilité des certitudes et l’inconstance de toute réalité. Sous le ton de la confession, on découvrira au fil des pages, une Constance plus préoccupée de ce qu'elle a fait en rentrant, et qu'elle a tu, que de la guerre elle-même. 

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Ode à la littérature, à la necessité d'écrire, à lien maternel, au rapport à l'absent,  "Neverhome" est sans aucun doute l'un des grands romans de cette rentrée 2015! Bref, un régal...