griessinger

Bien sûr, il y a la maladie, celle à corps de Lewy. Mais c'est avant tout un roman d'amour qui conte l'histoire merveilleuse d'un homme et d'une femme: "Ils semblent qu'ils aient perdu toute objectivité l'un pour l'autre, qu'ils traversent l'existence comme un seul être". Et Marie Griessinger de réconcilier Platon et l'Androgyne. Son père, l'océanographe, l'Algérois à la peau salée, débarqué en 1969 à Tiputa, Polynésie Française, "était parti au bout du monde et y avait retrouvé ses racines", Elle. Elle, l'institutrice, l'Oranaise, aux yeux en amande, qui "A trente ans avait une vie sans histoire et ne se rendait pas vraiment compte qu'il lui manquait l'essentiel. Jusqu'à ce qu'il arrive". C'est donc l'histoire d'un coup de foudre. C'est un roman d'amour, dis-je. oui! Universel. L'amour simple et "innocent" d'une enfant pour ses parents et pour le monde qu'ils lui font visiter. Et l'auteure de puiser dans ses sentiments, la force d'affronter le mal qui s'inocule dans leurs vies depuis ce jour de 2008 où la maladie "est entrée chez nous sans être invitée. Elle n'a même pas eu la courtoisie de se présenter". Ils découvriront un peu plus tard, qu'elle se nomme" Démence à corps de Lewy", pathologie neurologique qui affecte les fonctions cognitives, cousine d'Alzheimer et de Parkinson. Son père, désormais enfermé dans son corps, plonge dans l'absence... et Marie Griessinger de prendre la plume, comme Shaekespeare faisant face aux vents, pour narrer l'enfance, ce paradis éternel, l'Eden fondateur. Pour témoigner, aussi, que face au bonheur fuyant, il demeure des trésors, des terres fertiles. 

Griessinger1

Sous la forme d'un journal, kaleidoscope, le quotidien est ciselé au rythme des souvenirs, telle la mémoire, traçant un portrait simple, lumineux, bouleversant de son père, de sa mère. Cent vingt pages qui nous transportent entre l'immobilité et le mouvement, le silence et la fureur, la colère et l'abandon. Face à l'impossibilité d'agir, il reste la force d'aimer. C'est donc cet amour que révèle "On reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait en s'en allant". Et si de larmes il est parfois question, elles sont moins le fruit de la tragédie que d'une seine compassion, tant la plume de Marie Griessinger emprunte la légerté à la profondeur.

Premier Roman. Très belle réussite... Bref, un régal!