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Décidemment, Marie-Hélène Lafon se révèle une orfèvre de la langue. Qu'elle dissèque l'intime de "Joseph" ou qu'elle conte les petits riens, sa plume demeure savoureuse, cristalline, grâcieuse dans la pudeur. En chorégraphe de ses souvenirs, elle se raconte dans son nouvel opus "Chantiers" qui s'articule autour d'un Eden fondateur: La grammaire! "La grammaire commence avec le déchiffrement du monde, à l'école primaire; elle met de l'ordre et donne forme, elle rassure, elle fait barrage contre la menace, toutes les menaces; même si le mot ne plaide pas en faveur de la chose", confie-t-elle p.19. Et ainsi, de sa rémige, la voilà qui narre son enfance, fille de paysan du Cantal devenue docteur es lettres; elle étreint les objets quotidiens, savoure les expressions d'autrefois, blasonne le populaire, pétrit l'essence de ce qui l'a façonnée.

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Elle aime, rit, et si parfois elle brocarde cette enfance catholique et rurale, ce pays du Cantal, c'est pour mieux les célébrer. Elle convoque légèreté, nostalgie, douceur, risettes... pour nous balader dans les allées de ses jardins secrets. Echeveau dont ne sont jamais absents, Flaubert (le maître), Jules renard, Proust ou... Souchon.

Si l'auteure de "Pays" se confesse volontiers atteinte de chronalgie ou d'agendite, ces "Chantiers" dessinent le merveilleux portrait, pointilliste, d'une femme dont l'élégance n'a d'égale que l'essentiel de sa vie: la littérature!