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Vendredi, 22 mai 1885, la rumeur se répand dans les rues de Paris, de France, de Navarre, d'Europe et de l'Empire anglo-saxon. "Victor Hugo est mort!". Le décès du grand homme se vit comme un événement retentissant tant par le pouvoir politique que par le peuple qui adule l'auteur "Des contemplations". En quelques heures, des funérailles nationales sont envisagées et l'entrée au Panthéon paraît une évidence. 

Mais alors que la manifestation qui entoure les obsèques devrait se révéler un événement fédérateur d'union nationale, elle se transforme en objet de tractations et de dissensions au coeur de la jeune République. Le gouvernement craint une récupération par les anciens Communards. La police redoute des débordements anarchiques. Les autorités se torpillent. Dix jours plus tard, le 1er juin 1885, deux millions de personnes se rassemblent de toutes parts. Les délégations de provinces de France et d’ailleurs se multiplient aux abords du chemin menant de l'Arc de Triomphe au Panthéon, emprunté par le corbillard des pauvres dans lequel souhaitait reposer l’écrivain.

Judith Perrignon réussit un véritable tour de force. Plongeant le lecteur dans les arcanes de ces heures historiques, elle narre avec brio les détails et les enjeux de cet événement unique dans l'Histoire. Jamais un écrivain n'avait déclenché de telles passions. Dans une fresque chorale, interrogeant les témoins oculaires, elle conjugue intime et épopée, entrelace mythe et réalité, convoque lyrisme et rigueur, transcende tragédie et poésie.

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Extrêmement bien documenté, jamais pontifiant, ce roman éclaire cette parenthèse historique décisive. De sa plume ample et pointilliste, l'auteure décortique les jours, les heures, les secondes... livrant un récit que n'aurait, sans doute, pas renié le défunt en personne. Et Olympio de susurrer: "Les champs n'étaient point noirs, les cieux n'étaient pas mornes. Non, le jour rayonnait dans un azur sans bornes, Sur la terre étendu, L'air était plein d'encens et les prés de verdures, Quand il revit ces lieux où par tant de blessures, Son coeur s'est répandu !"

Bref, un régal!