hiver

Sans doute Thomas Hardy est-il l'un des derniers géants de la littérature anglaise du XIXè. Méconnu sur le continent, il demeure une icône insulaire "made in England". Il s'inscrit dans la veine de ces auteurs qui se virent confronté à une époque où se bousculaient les théories nouvelles, où la science pulvérisait les idées bibliques. Rares sont ceux qui, comme lui, ont exploré de manière aussi dense l'art du roman, articulant ses personnages entre poésie et réalité, les opposant à la nature, à la puissance religieuse, aux bouleversements sociaux. Au centre de son oeuvre? L'Homme, la Femme, l'Amour. De cette liberté, célébrée de sa plume au scalpel, naquit le scandale, divisant la société anglaise entre farouches opposants et éblouis...

Chistopher Nicholson s'offre une récréation, un plaisir feutré, contant les ultimes émois de cet escogriffe littéraire. L'histoire? Au coeur du Dorset, dans la maison qu’il a lui-même bâtie de ses mains, aux côtés de Wessex, son chien fidèle, et de Florence Dudgale, sa secrétaire et épouse en secondes noces, Thomas Hardy entre dans l’hiver de sa vie. L’auteur de "Jude l’Obscur" pense en avoir fini avec la passion quand une adaptation de Tess d’Urberville est montée au village. La jeune Gertrude Bugler, qui tient le rôle-titre, le charme et le fascine par son talent et sa fraîcheur. Sous le regard amer de son épouse qui souffre de la pesante atmosphère d’une maison isolée et encerclée d’arbres, Hardy vit les derniers souffles de la passion... Il a 84 ans. 

La plume se fait minutieuse pour décortiquer les rapports complexes d'un couple vieillissant, elle traduit avec une rare justesse l'allégresse d'un vieillard amoureux, elle se veut pointilliste pour décrire la nature et ses enchantements, mais également caustique, vénéneuse, spirituelle, humoristique...

Sublime roman, finaude tragi comédie, servit par une excellente traduction... Une totale réussite. Bref, un régal!

Lucien d'Azay présente HIVER de Christopher Nicholson